Publié le 7 May 2025 - 12:38
Canad

Ces formations qui piègent les étudiants internationaux

 

De plus en plus d’étudiants découvrent, une fois arrivés au Québec, que leur formation ne leur permet ni d’obtenir un permis de travail post-diplôme, ni de faire une demande de résidence permanente. Une réalité mal connue, souvent liée à des choix faits sans information complète.

Depuis plusieurs mois, un nombre croissant d’étudiants internationaux découvrent, souvent trop tard, que la formation qu’ils ont suivie au Québec ne leur donne pas accès au permis de travail post-diplôme, ni à la résidence permanente. Ces situations, fréquentes et mal comprises, sont le résultat d’un enchevêtrement de règles, de réformes récentes et parfois d’une mauvaise orientation dès le départ.

Le cas de cette étudiante admise à une formation en cuisine d’une durée de 1 300 heures en est un exemple parlant. Son objectif était de compléter son diplôme par une attestation de spécialisation professionnelle (ASP), afin d’atteindre le seuil de 1 800 heures exigé dans le cadre du Programme de l’expérience québécoise (PEQ) pour la résidence permanente. Or, une nouvelle réglementation met un frein à cette stratégie : lorsqu’un programme de base n’est plus admissible au permis de travail post-diplôme (PTPD), le fait de le compléter par un ASP peut faire perdre l’éligibilité au PTPD. Autrement dit, en voulant se rendre admissible à la résidence permanente, l’étudiant risque de perdre le droit de rester temporairement au Canada pour y travailler.

Cette règle touche particulièrement les secteurs retirés de la liste des programmes prioritaires, comme certains DEP en cuisine, en esthétique ou encore en bureautique. Ces formations, bien qu’encore offertes, ne donnent plus automatiquement droit au permis de travail post-diplôme. Une réalité que peu d’étudiants connaissent à l’avance.

Il est essentiel ici de distinguer deux choses. Le permis de travail post-diplôme dépend d’abord de l’établissement fréquenté : celui-ci doit être un établissement d’enseignement désigné (EED) reconnu par les autorités canadiennes. Ensuite, le programme lui-même doit être admissible. La durée de la formation (900, 1 200 ou 1 800 heures) n’est pas un critère en soi pour l’obtention du PTPD. Il est donc possible d’obtenir un permis de travail post-diplôme après une formation de 900 heures, pourvu que l’établissement et le programme soient reconnus.

En revanche, pour entamer une démarche de résidence permanente via le PEQ, le Québec exige que la formation suive un minimum de 1 800 heures, complétée d’une expérience professionnelle dans le domaine étudié. Nombreux sont ceux qui pensent pouvoir combiner un DEP court avec un ASP afin d’atteindre cette exigence. Mais cette combinaison, aujourd’hui, peut mettre en péril le statut légal de l’étudiant si la formation de base ne respecte plus les critères du PTPD.

Autre élément préoccupant : le rôle de certaines agences d’orientation, notamment en Afrique francophone, qui inscrivent des étudiants dans des écoles sans vérifier l’admissibilité réelle des formations. L’étudiant découvre alors, une fois arrivé au Canada, qu’il n’a pas droit au permis post-diplôme, et se retrouve dans une impasse : il ne peut ni travailler légalement après ses études, ni accéder à l’immigration permanente, sauf à reprendre une nouvelle formation dans un domaine ou un établissement admissible.

Ces situations entraînent non seulement une grande détresse psychologique, mais aussi des pertes financières considérables. Plusieurs étudiants se retrouvent contraints d’accepter des emplois précaires, hors de leur domaine, ou de quitter le pays. D’autres tentent de recommencer à zéro, souvent sans accompagnement.

Face à ce constat, l’information reste la première arme. Les étudiants doivent impérativement vérifier que leur établissement figure sur la liste des EED, que le programme donne droit au PTPD, et que la formation choisie est cohérente avec un objectif éventuel de résidence permanente. Ils doivent aussi se méfier des raccourcis proposés par certaines agences, qui privilégient leurs commissions à l’intérêt réel de l’étudiant.

La réglementation canadienne évolue rapidement, et il est essentiel que les candidats à l’immigration étudiante comprennent les impacts de chaque réforme. Ce qui était valable en 2022 ne l’est plus forcément aujourd’hui. Dans ce contexte, mieux vaut prendre le temps de s’informer que de perdre des années à tenter de réparer une orientation mal planifiée.

 

Par Khady SAMB

Étudiante au Québec, doctorante en anthropologie médicale

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