Face au chaos, redéfinir les missions de nos Armées ?

Il y a deux ans, dans une entrevue réalisée avec Seneweb, j'avais indiqué que nous devions, dans le cadre d'une préparation de nos Armées, re-définir le type de menaces à notre Sécurité nationale, à travers un Document stratégique pour à la fois adapter la formation de nos militaires aux nouveaux types de menaces et les doter en équipements nécessaires à leur mission, en vue de notre autonomie stratégique.
Javais indiqué que le risque en approvisionnement énergétique, qui conduisait à des chocs exogènes, était en voie de règlement grâce au gaz et au pétrole; que pour moi la menace sécuritaire (Jihad) même réelle, venait en deuxième position devant la menace environnementale. Nous perdons chaque année l'équivalent d'un terrain de football en couvert végétal et nous perdons dans le même temps un mètre de côte que nous ne retrouverons plus jamais à cause d'une érosion violente : des îles et des villages disparaissent de la carte ou sont menacés de disparition.
Au Nord du pays, le fleuve, qui marque la frontière avec la Mauritanie, fond littéralement par certains endroits, faisant descendre en meme temps le tracé de la frontière vers le Sud. Voilà pourquoi jai insisté sur un tracé GPS de nos frontières avec les autres pays, qui evidemment, comprennent le sens de cette proposition.
Dans quelques années, nous serons dans l'obligation de corriger à la baisse notre superficie nationale, alors que nous devons tout à nos côtes, qui permettent notre positionnement stratégique et notre ouverture économique.
En somme, notre principale menace est environnementale. Il convient d'ajouter à ce qui précède, le rapport du GIEC 2022, que chacun peut consulter, et qui presente le Sahel comme la région du monde la plus vulnérable aux changements climatiques, avec des épisodes pluvieux courts, mais violents avec des inondations meurtrières, des déplacements de populations. Tout ce qui nous arrivera, même l'exode massif de nos jeunes que nous tentons de freiner, découle de ces problématiques environnementale, avec une pression sur les ressources disponibles et "La tragédie des communs" dont parle Hardin. Ces menaces, combinées aux chaleurs extrêmes, pourraient faire baisser la production agricole de l'ordre de 10% d'ici à quelques décennies. Nos vaillants paysans ne pourront plus travailler pendant les mêmes durées, la température dépassant les 50 degrés sur des axes comme Kidira-Kayes.
Javais échangé avec la chefferie militaire, sensibilisé nos autorités sur la réalité de ces menaces et leur nécessaire anticipation. J'avais même proposé l'enseignement de l'élaboration de la politique de défense et de la politique industrielle de défense au CHEDS, parce que notre élite politique et militaire en est dépourvue, alors qu'il nous faudrait une approche prospective dans l'élaboration des documents stratégiques de Défense. Une Armée, mais c'est aussi valable pour un Etat, c'est de l'intervention. Mais cest avant tout de la Connaissance-Anticipation.
L'idee était d'associer chefs militaires qui connaissent la realite du terrain et décideurs qui votent les Lois de programmation militaire (LPM), à une meilleure comprehension des enjeux. J'étais prêt à dispenser cet enseignement gratuitement, alors que directeur memoire à l'Iris, le général Patrich Charaix, me faisait la même proposition pour intervenir au Congo. Mais nous sommes dans un pays où l'intelligence est devenu un crime.
La situation est telle aujourd'hui, qu'il faudrait que le Génie militaire se mette à l'œuvre pour apporter une solution définitive à ces problèmes qui deviendront récurrents avec des conséquences meurtrières. Les ressources annoncées pourraient être en partie mises à la disposition du Genie militaire.
Toutes les fois où nos armées ont été mises en avant, comme dans les réalisations du PUDC en zones frontalières Est, elles ont su reagir convenablement. Mais il faudrait réadapter ses missions intérieures et sans doute suppléer dans le domaine de l'amenagement du cadre de vie, des politiciens devenus carents et peu crédibles.
Souleymane J. DIOP- Philosophe
Analyste en Stratégie internationale de niveau 7,
diplôme de l'Iris option DEF-SEC
Diplômé en Géopolitique des energies (IRIS)
Titulaire d'un Master de l'institut préparatoire à l'administration générale (IPAG) En ingénierie de la Transformation des organismes publics (DAUPHINE)
PHDc en Sciences Politiques (UCAD) De Negociation mastery (Harvard
Business School).






