Publié le 8 Aug 2025 - 17:01
RECONNU COUPABLE DE DIFFUSION DE FAUSSES NOUVELLES ET DE PROPOS CONTRAIRES AUX BONNES MŒURS  

Assane Diouf condamné à quatre mois de prison ferme 

 

Le tribunal correctionnel de Dakar a tranché dans l’affaire Assane Diouf. Relaxé de l’accusation d’offense à une autorité assimilée au président de la République, l’activiste a néanmoins été reconnu coupable de diffusion de fausses nouvelles et de propos contraires aux bonnes mœurs. Condamné à quatre mois de prison ferme, déjà purgés, il retrouve aujourd’hui la liberté. 

 

Assane Diouf, celui que beaucoup considèrent comme un lanceur d’alerte controversé, a été relaxé du chef d’accusation d’offense à une personne exerçant tout ou partie des prérogatives du président de la République. En revanche, il a été reconnu coupable de diffusion de fausses nouvelles et de propos contraires aux bonnes mœurs. Une condamnation à quatre mois de prison ferme a été prononcée, peine déjà purgée durant sa détention préventive de plus de cinq mois. Une issue que ses avocats qualifient de ‘’satisfaisante’’, lui permettant ainsi de retrouver sa famille après un long séjour en prison.

Lors de l’audience du 17 juillet, le ministère public avait requis deux ans de prison, dont six mois ferme, estimant que les propos tenus par Assane Diouf dans une vidéo en ligne ciblaient clairement le Premier ministre, même s’il ne l’avait pas explicitement nommé. L’activiste avait évoqué des accusations de corruption, de favoritisme et fait allusion à des cadeaux présumés reçus par une personnalité politique, sans jamais citer de noms. Il avait aussi mentionné l’affaire Adji Sarr.

Face aux magistrats, Assane Diouf a nié avoir ciblé le Premier ministre nommément, tout en reconnaissant certaines expressions utilisées, comme ‘’jegou takussan’’. ‘’Je suis un homme libre, un citoyen qui parle pour le peuple’’, a-t-il déclaré, ajoutant qu’il ne faisait que poser des constats. Il s’est défendu avec fermeté : ‘’Visionnez la vidéo. Vous ne me verrez jamais accuser Ousmane Sonko de viol. Je n’ai cité personne.’’

Le procureur, lui, a une tout autre lecture des faits. Pour lui, la vidéo est sans équivoque. Il reste convaincu que le contenu implique directement le chef du gouvernement. Il pointe des accusations graves comme le viol, le mensonge et la corruption proférées sans preuve, et martèle que l’activiste a délibérément visé une haute autorité publique, bénéficiant d’une forme de protection légale, même si cette protection est moindre que celle conférée au chef de l’État. Il insiste sur le caractère ‘’indécent’’ des propos, soulignant une atteinte aux bonnes mœurs et à la stabilité institutionnelle.

La défense a adopté une ligne offensive. Selon elle, les fondements juridiques des poursuites sont fragiles, voire inexistants. ‘’Il n’a pas cité de nom et le Premier ministre n’est pas une autorité bénéficiant d’un régime spécial de protection comme le président de la République’’, a dit l’avocat de la défense.

Sur la question des fausses nouvelles, l’avocat a indiqué qu’Assane Diouf a tenté de prouver ses dires, notamment en évoquant des réparations effectuées sur le véhicule qu’il accuse avoir été offert, mais en a été empêché par le juge d’instruction. ‘’La procédure est donc incomplète’’, souligne-t-il.  Maitre Barro, un des conseils du prévenu,  a fait cas du climat politique et judiciaire du pays : ‘’Il faut cesser de poursuivre tout citoyen pour un propos tenu en ligne. L’activisme n’est pas un crime. Le tribunal doit avoir le courage de renvoyer Assane Diouf des fins de la poursuite.’’

Malgré ces plaidoyers, le juge a rejeté la demande de mise en liberté provisoire avant le délibéré. Après plusieurs mois de détention, Assane Diouf recouvre enfin la liberté.

MAGUETTE NDAO

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