Publié le 27 Mar 2026 - 14:18
TRANSPORT - CROISSANCE DÉMOGRAPHIQUE ET URBANISATION CROISSANTE  

Les voies d’eau comme solution

 

Considérer les fleuves et les lacs africains non seulement comme des écosystèmes naturels, mais comme de véritables "technoscapes" essentiels à l’économie et au développement social. C’est un changement de paradigme proposé lors de la première journée de l’atelier international intitulé "Voies d’eau d’Afrique", au Musée Théodore Monod – Ifan.

 

L’Institut fondamental d’Afrique noire (Ifan-CH.A. Diop), en partenariat avec la Goethe Universität Frankfurt et le Centre Point Sud de Bamako, a accueilli, hier, la première journée de l’atelier international intitulé "Voies d’eau d’Afrique", au Musée Théodore Monod. L’événement a réuni des experts internationaux autour de plusieurs thématiques. L'idée est d'offrir un accès à des données et analyses essentielles sur les enjeux du transport fluvial en Afrique de l’Ouest et au-delà.

À cette occasion, un constat a été partagé par des chercheurs : face aux défis constamment croissants du transport sur le continent, dus notamment à la croissance démographique et à l’urbanisation galopante, il existe un manque assez remarquable en matière de recherche sur le transport fluvial et les mobilités liées à l’eau. "Les études qui ont été faites sur le transport, dans le domaine des sciences sociales et humaines, ont notamment été dominées par le sujet des transports routiers", déclare Peter Lambertz, un anthropologue qui travaille au centre d'anthropologie culturelle à l'université de Bruxelles.

Un deuxième objectif consiste à démontrer, par le prisme de l'anthropologie, de l'histoire et de la géographie, que les populations locales déploient depuis longtemps des solutions complexes et dynamiques. Selon Peter Lambertz, bien que ces pratiques soient le fruit d'une évolution historique propre aux acteurs de terrain, elles restent souvent méconnues ou mal comprises par les experts du développement arrivant avec des modèles extérieurs. "Notre ambition est donc de valoriser et de traduire ces savoirs locaux afin de les diffuser auprès d'un plus large public", indique l'anthropologue.

Dans le contexte actuel, avec une croissance démographique rapide et une urbanisation croissante, est-ce que le transport par voie maritime constitue une alternative contre les embouteillages sur les routes ? Peter Lambertz explique que cela dépend fortement du contexte et de l'environnement dans lequel l’on se trouve. "Les routes peuvent être construites un peu partout, mais les voies fluviales, justement, non. Il faut quelque part une sorte de présupposé environnemental", dit-il.

Il explique que dans de grandes villes comme Lagos et Kinshasa, il y a des voies d'eau qui ne sont pas toujours suffisamment exploitées. "Kinshasa, l’une des mégapoles d’Afrique, connaît de graves embouteillages, alors que la voie fluviale (le fleuve Congo) n’est pas exploitée pour relier, par exemple, l’aéroport au centre-ville", soutient M. Lambertz. Il attire ainsi l'attention sur des solutions liées à l'eau, des solutions un peu méconnues et pas encore étudiées.

Pour sa part, Issa Fofana, le co-directeur de Point Sud, un centre de recherche sur le savoir local, déclare : "Cette thématique est très peu débattue en milieu scientifique. Bien qu'on parle de mobilité en Afrique, elle n'est pas véritablement intégrée dans les différents systèmes de mobilité dans les villes africaines, dans les milieux ruraux, etc." Pourtant, poursuit M. Fofana, les milieux naturels, comme les cours d’eau, les lacs et les mers, font partie intégrante des communautés et des vies.

"Je pense qu'en prenant en compte les différents modes de transport, de déplacement, comme les voies d'eau, cela peut beaucoup aider en termes de mobilité et de durabilité dont on parle", indique-t-il, notant une certaine passivité à voir ces différents cours d'eau comme des infrastructures à part entière.

BABACAR SY SEYE

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