Dégradation de l’environnement et flux financiers illicites

L’addition est lourde. Près de 195 milliards de dollars sont perdus chaque année en Afrique du fait de la dégradation de l’environnement, des flux financiers illicites et de l’exploitation non durable des ressources. Le chiffre, issu de la note conceptuelle du 5e Forum africain sur les entreprises et les droits humains, a été rappelé mardi à Dakar par le ministre de la Justice, à l’ouverture de la rencontre.
Derrière cette facture économique se cachent surtout des conséquences très concrètes pour les populations. Le ministre a évoqué le pêcheur confronté à la diminution de ses prises, l’éleveur privé d’accès à l’eau ou encore l’enfant exposé à un air pollué.
« Ces pertes ne sont pas seulement économiques. Elles ont un visage », a-t-il souligné. Réunis autour du thème « Réaliser le droit à un environnement propre, sain et durable grâce à une conduite responsable des entreprises », les participants au forum planchent sur les moyens de mieux encadrer les activités économiques susceptibles d’avoir des conséquences sur les droits humains et l’environnement.
Le Sénégal entend notamment renforcer son dispositif dans ce domaine. Depuis 2023, les autorités travaillent à l’élaboration d’un Plan d’action national sur les entreprises et les droits humains, dans le cadre d’un processus associant institutions publiques, entreprises, syndicats, société civile, collectivités territoriales et experts. Une attention particulière est accordée aux secteurs sensibles, notamment les industries extractives. Le document a franchi l’étape de la validation technique en septembre 2025. Il doit désormais faire l’objet d’une validation politique.
...Cette démarche prend une importance particulière au moment où le Sénégal entre dans l’ère de l’exploitation de ses ressources pétrolières et gazières. Pour le gouvernement, il s’agit de faire en sorte que ces ressources profitent aux générations actuelles sans compromettre les droits des générations futures. Pour le ministre, l’existence de normes ne suffit toutefois pas. Encore faut-il permettre aux personnes et communautés affectées d’obtenir réparation. « Un droit sans juge reste une promesse », a-t-il déclaré.
Le ministère entend ainsi faciliter l’accès aux juridictions pour les communautés concernées et renforcer la formation des magistrats et auxiliaires de justice sur les questions liées aux entreprises, à l’environnement et aux droits humains. Les mécanismes non judiciaires de plainte doivent également être davantage encouragés. Le ministre refuse par ailleurs d’opposer protection de l’environnement et attractivité économique.
« Une prospérité qui ignore les droits humains et l’environnement n’est pas durable », a-t-il affirmé. Pour lui, une entreprise qui respecte les communautés et l’environnement contribue au contraire à installer la confiance et la stabilité nécessaires à l’investissement. L’enjeu du forum est désormais de transformer ces principes en mesures concrètes. Car, comme l’a résumé le Garde des Sceaux : « Nos enfants ne retiendront pas nos déclarations. Ils nous jugeront à l’eau qu’ils boiront, à l’air qu’ils respireront, à la terre qu’ils cultiveront. »






