La guerre de trois

Entre altercations, violences verbales, bataille procédurale, les trois principales forces politiques se mènent une guerre sans merci, qui risque de dégénérer.
L'Alliance pour la République ne compte pas jouer les seconds rôles sur l'échiquier politique national. À travers son groupe parlementaire Takku Wallu, le parti de Macky Sall joue pleinement son rôle de troisième voie. Ni Pastef ni Kiiraay que ses responsables essaient de renvoyer dos à dos. À l'avant-garde de ce combat, il y a le député Abdou Mbow qui ne rate aucune occasion pour fustiger ce qu'il considère comme un échec des deux camps.
Lors du vote, hier, de la proposition de loi n° 39/2026 relative à la santé en milieu carcéral, le député est revenu à la charge, estimant que l'Assemblée n'avait même pas à délibérer, à cause de la crise qui secoue le régime et qui rend impossible la possibilité de légiférer dans le calme et la sérénité. « On a convoqué une session extraordinaire pour absolument rien. Il était question de statuer sur trois propositions de lois et un projet. Mais on ne peut rien faire, parce que les deux se mènent une guerre. Ce n'est pas sérieux dans ces conditions de prétendre légiférer pour les détenus », a-t-il soutenu.
Pastef, regrette-t-il, est même allé jusqu'à refuser le vote de la loi sur les cartes d'identité biométrique, qui sont indispensables pour les citoyens. « Tout ce qui intéresse ces gens ce sont les luttes de pouvoir. Nous avons besoin de calme et de sérénité dans ce pays et en particulier dans ce parlement. On ne légifère pas dans la colère ; on ne légifère pas dans l'imbroglio ; on ne légifère pas dans le tâtonnement », fustige le parlementaire, qui dénie à Pastef son appartenance à l'opposition.
L'APR ET PASTEF : annonces croisées de plaintes pour violence
Finalement, sa requête a été rejetée par la majorité de Pastef qui a estimé qu'il n'y a pas lieu à sursoir aux travaux. Mais la bataille s'est prolongée dans les couloirs entre un député de Pastef du nom d'Ousmane Fall et le député Abdou Mbow en compagnie de son collègue non inscrit Thierno Alassane Sall. La scène a été filmée par les députés de l'opposition qui accusent Monsieur Fall d'insultes publiques.
Sur la TFM, Abdou Mbow a livré sa version : « Comme d'habitude, Thierno et moi avions pris la parole pour dire ce que nous pensons. Par la suite, nous nous sommes retirés et ce député nous a suivis dans les couloirs. Il nous a abreuvés d'injures, allant même jusqu'à tenter de nous agresser. Pastef est un danger pour la République, ces gens ne connaissent que la violence. »
Pour lui, ce n'est pas la première fois. Depuis le début de cette législature, l'opposition souffre de ces insultes. Le 3 décembre 2025, la présidente du groupe Takku Wallu avait écrit pour dénoncer de telles pratiques, a relevé le député Mbow, qui craint le pire : « C'est depuis qu'ils sont à l'Assemblée qu'on voit certaines pratiques. Si ça continue, nous craignons le pire ; nous craignons qu'ils attentent à la vie d'une personne. J'interpelle le ministre de l'Intérieur pour que des décisions soient prises avant que l'irréparable ne se produise. »
L'affaire risque d'ailleurs de prendre une autre tournure, puisqu'aussi bien l'APR que le groupe parlementaire Takku Wallu ont menacé de porter l'affaire devant les tribunaux. Ils dénoncent des actes barbares inqualifiables.
KIIRAAY : la procédure comme arme
Le groupe Pastef les Patriotes n'a pas tardé à réagir en rejetant la faute sur le député de l'APR. « … Le député Abdou Mbow porte en lui les germes et l'héritage de violence dont ont fait montre les députés de l'APR dans les précédentes législatures. Les images sont là pour illustrer ses provocations répétées d'aujourd'hui dans l'hémicycle », accusent Pastef. Après avoir fait son show médiatique dans l'hémicycle, poursuit le communiqué, Abdou aurait exporté les invectives dans les couloirs de l'Assemblée jusqu'à créer une altercation avec le député Ousmane Fall.
« La retenue de ce dernier et celle de plusieurs députés Pastef ont permis d'éviter que l'incident ne dégénère en confrontation », se défendent les poulains de Sonko, qui dénoncent « une attitude de provocation permanente, consistant pour le Groupe Takku Wallu à substituer l'affrontement au débat et les invectives aux arguments ».
« La stratégie sous-jacente est celle de la minorité ultra violente, multipliant les invectives et insultes pour asseoir une existence politique face à la majorité, et surtout de jeter le discrédit sur toute la quinzième législature qui est en train d'assumer pleinement ses missions constitutionnelles », fustigent Ayib Daffé et ses collègues.
La dissolution de plus en plus probable
Même s'il ne dispose pas de députés dans cette législature, Kiiraay reste l'absent le plus présent. Attaqué de toutes parts, le Parti de Diomaye s'est encore invité à cette guerre totale. Pour Pastef, il est évident que le Groupe Takku Wallu essaie d'épargner le pouvoir Kiiraay en place pour jeter tout son venin sur le groupe Pastef, dans une stratégie délibérée de sabotage de la session extraordinaire et des différentes initiatives législatives en cours.
« On a l'impression qu'il y a une coalition Kiiraay-APR contre Pastef. Le premier essaie de bloquer notre travail à travers l'arme de l'irrecevabilité, tandis que l'APR joue au perturbateur des travaux. On ne les voit même pas lors des débats ; cette coalition nous allons les combattre », fulminait le président du Groupe.
Pendant ce temps, Kiiraay, à travers l'Exécutif, multiplie également les assauts contre ses deux adversaires. D'une part, il débauche massivement des maires de l'APR et responsables de Pastef ; d'autre part, le parti présidentiel se bat sur le terrain législatif pour enrayer toutes les initiatives législatives qui ne requièrent pas son assentiment. À date, l'Exécutif a bloqué plusieurs propositions de lois dont le dernier en date est la réforme du code pétrolier. La majorité avait d'ailleurs riposté en renvoyant un projet présenté par l'Exécutif et relative à la carte d'identité biométrique.
C'est dans ce contexte que le parlement devra se pencher prochainement sur les très attendues lois de finances rectificative (2026) et initiale (2027). Une folle ambiance qui risque de précipiter le pays vers des situations de blocage et qui rend très plausible la dissolution de l'Assemblée nationale le 2 décembre prochain.
MOR AMAR






