Abdourahmane Diouf carte sur table

Difficultés d’approvisionnement de la Senelec, désaccords avec BP, incertitudes autour du développement de Yaakaar-Teranga, le ministre de l’Energie et du Pétrole passe à l’offensive et apporte des éclairages aux nombreuses questions des Sénégalais.
La Senelec a une capacité de production installée de près de 2 400 mégawatts. Comment se fait-il qu’elle peine à satisfaire un pic de 1 400 mw ? Ils sont nombreux les Sénégalais à se poser cette question. Lors du déjeuner de presse organisé hier par le ministère de l’Énergie et du Pétrole, le directeur général de la Senelec est largement revenu sur la question. En sus des maintenances de routine qui étaient planifiées pour certaines machines, il évoque surtout des problèmes de trésorerie provoquées par le renchérissement des coûts des hydrocarbures.
Le DG a rappelé que la Senelec se base généralement sur des éléments bien précis pour faire ses prévisionnels : le nombre de clients, les investissements prévus par la Senelec, les hypothèses de prix sur le marché…. “Il faut savoir que les seules ressources dont nous disposons sont les paiements des clients. Depuis décembre 2025, les prix de l’électricité ont diminué alors que les prix d’approvisionnement ont explosé à cause notamment de la guerre en Iran”, a-t-il expliqué.
Aujourd’hui, selon lui, les ressources ne suffisent plus pour prendre en charge les dépenses ; et c’est l’Etat qui va compenser cet écart. “En attendant le paiement de cette compensation, c’est la Senelec qui doit trouver les ressources propres pour assurer son approvisionnement”, souligne le DG Papa Toby Gaye.
Monsieur Gaye est aussi revenu sur certaines interpellations portant sur l’utilisation des énergies renouvelables. Pour lui, le Sénégal a fait des progrès importants dans ce domaine, même s’il reste encore assez dépendant des énergies thermiques (70%). Malheureusement, selon lui, cette production en énergie renouvelable a certaines contraintes. “Ces centrales qui produisent de l’énergie renouvelable ne produisent qu’entre 7H et 16H. Or, la pointe c’est à partir de 22H – 23H. Tout ce qu’on produit en termes de renouvelables ne participe pas à la pointe”, a-t-il expliqué.
Les limites du renouvelable
Le problème principal avec le renouvelable, selon lui, ce sont les difficultés de stockage. Ce dispositif n’existe pas avec les actuelles centrales, parce qu’ils coûtaient chers. En 2027, Senelec va installer 460 mw d’énergie renouvelable qui seront accompagnés cette fois de batteries de stockage.
Aujourd’hui, la situation revient progressivement à la normale mais la situation reste assez précaire à en croire les différentes interventions. Dans le court terme, il ne faut surtout pas s’attendre à une baisse des prix. Seule l’arrivée du gaz local et la souveraineté énergétique pourraient permettre d’aller vers une baisse significative des prix de l’électricité, renseigne le DG de Senelec qui estime que ça pourrait être le cas en fin 2027 avec la centrale de Gandon.
Tout sur l’es négociations avec BP
Par rapport à cette utilisation du gaz domestique, le Premier ministre avait souligné lors de sa déclaration de politique générale des désaccords majeurs avec l’opérateur BP. Hier, le directeur des hydrocarbures, Ibrahima Noba, est largement revenu sur ce différend. Selon lui, le contrat de recherche et de partage prévoit une obligation pour toutes les compagnies d’approvisionner en priorité le marché domestique, tant que le pays en exprime le besoin. “Si toute la production peut être consommée sur le marché local, elle devrait être dédiée exclusivement au marché local. C’est un point qui a été sécurisé dans les contrats de manière très claire”, a-t-il précisé d’emblée.
Dans le cadre du projet GTA, renchérit Monsieur Noba, le modèle convenu était basé essentiellement sur l’exportation du GNL 2,5 millions de tonnes par an, mais également de pouvoir alimenter le marché local en gaz naturel sec. Pour pouvoir se servir de ce gaz, le Sénégal devait mettre en place le réseau gazier qui doit se connecter à la plateforme ; ce qui n’est pas encore le cas.
“En attendant la mise en place de cette infrastructure, le Sénégal a exprimé le besoin d’avoir accès à du GNL via cette disposition de l’article 15 du CRP. BP conteste l’application de cette disposition. Pour lui, le DSO ou l’obligation d’approvisionner le marché local concerne exclusivement le gaz naturel sec, c’est-à-dire le gaz qui doit passer par le réseau gazier. Elle estime que le gaz liquide est exclusivement dédié à l’exportation. Nous pensons que c’est une lecture erronée de l’article 15 du CRP et c’est un des différends que nous avons”, explique le directeur des hydrocarbures.
Le casse-tête du prix
Ces problèmes d’interprétations se répercutent surtout sur le prix que le Sénégal doit payer s’il veut accéder au GNL. BP propose un prix qui s’approche plus des prix du marché alors que le Sénégal veut acquérir au prix FOB. “En se référant aux dispositions de l’article 15, il est stipulé que le prix d’achat doit être au prix FOB, c’est-à-dire le prix au niveau de la plateforme de GTA qui est largement plus compétitif…. Si le prix est à 100 dollars par exemple, au niveau de GTA, le GNL coûte 9,5 dollars par MMBtu. Or, sur le marché international, le prix est évalué entre 20 et 22 dollars par MMBtu. C’est un autre problème que nous avons avec BP qui nous propose un prix qui serait proche de ces prix du marché international”, renseigne le spécialiste, non sans préciser que les négociations se poursuivent.
Il faut noter que le Sénégal espère 9 cargaisons de GNL d’une capacité de 170.000 m3. Monsieur Noba a rappelé qu’une cargaison de GNL a une capacité de 170.000 m3. “Nous attendons 9 cargaisons de ce type pour alimenter nos centrales”, a-t-il précisé. A en croire le ministre, des dispositions ont été prises pour entrer en possession du gaz le plus rapidement possible, dans un délai de 9 mois.
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YAAKAAR TERANGA L’IGE activée, le dossier s’emballe Le ministre et ses services sont également revenus sur le dossier Yaakaar Teranga. A propos des 55 millions de dollars réclamés par l’Etat, le directeur général de Petrosen, Thierno Seydou Ly, a soutenu que l’opérateur avait pris des engagements précis. “Il faut savoir qu’il y a différentes phases dans le cadre d’un contrat pétrolier et gazier. À chaque période, l’État fixe des engagements minimaux de travail et des engagements financiers. Ce sont des obligations contractuelles que l’opérateur doit respecter. Et à la fin de chaque période, l’État vérifie le niveau d’exécution de ces engagements. Si les engagements ne sont pas respectés, l’Etat se réserve le droit d’exiger le paiement des pénalités”, a expliqué Monsieur Ly. Pour lui, Kosmos avait pris des engagements lors de la prolongation de son contrat en 2024, des engagements qui se chiffrent à 55 millions de dollars. A la fin du délai contractuel, il est tout à fait normal que des évaluations soient faites. La compagnie devrait payer au prorota des engagements non réalisés. Le ministre a, pour sa part, informé que le président de la République a saisi l’Inspection générale d’État qui est en train mener ses enquêtes. Il a déjà été auditionné dans le cadre de cette enquête au même titre que plusieurs autres responsables. Précision de Thierno Seydou Ly Toujours à propos de Yaakaar Teranga, le ministre du Pétrole assume un changement de paradigme. L’État est en effet en train de chercher des partenaires pour développer ce gisement stratégique après le départ de Kosmos. Il a annoncé que des décisions devraient être prises au 1er trimestre 2027 et qu’il y a déjà plusieurs manifestations d’intérêt. “Jusque-là, l’orientation a été de développer le bloc par nous-mêmes. Nous nous rendons compte que ce n’est pas faisable. Au lieu de laisser les ressources, il faut faire preuve de réalisme. Nous avons besoin de partenaires pour les développer et nous y travaillons. Notre objectif est de signer le maximum de contrats pour l’exploitation des 104 blocs à pourvoir, en préservant nos intérêts”, a souligné Abdourahmane Diouf qui a rejeté les accusations selon lesquelles ce bloc fait partie des 5 blocs donnés à la compagnie italienne ENI pour des études. A ceux qui soutiennent que Petrosen devrait opérer lui-même les blocs, le DG de la boîte objecte que cela suppose non seulement des capacités financières, mais aussi des capacités techniques et autres qui ne sont pas forcément disponibles, surtout en offshore. “Opérer c’est avant tout supporter des risques qui sont énormes. L’ambition c’est de devenir opérateur dans les prochaines années. L’onshore est une opportunité pour permettre à Petrosen de commencer à exercer ce rôle. Nous sommes dans une industrie très risquée et il faut y aller avec prudence”, prévient le DG Thierno Seydou Ly. |
Par Mor Amar






