Publié le 9 Jan 2024 - 02:12
LES COMPTES D’ALMAMY BOCAR

La chronique du vétéran Goodbye M. Le Président

Success story Il y a quarante-trois ans de cela, soit pas loin d’un demi-siècle au soir du 31 décembre 1980, le défunt président Léopold Sédar Senghor annonçait sa démission à la tête de l’Etat. Cette adresse du Président de la République à la Nation comme le veut le protocole républicain faisait entrer, ainsi, le Sénégal dans une nouvelle étape démocratique. Celle de l’alternance au sommet de l’Etat avec la passation des pouvoirs entre un Président et son successeur. Le pays va franchir une étape nouvelle dans l’alternance avec le retrait prochain du Président Macky Sall au profit d’un successeur qui sera lui désigné par les urnes là où Senghor s’était fait remplacer par un dauphin constitutionnel qu’il avait lui-même nommé comme Premier Ministre plus de dix années auparavant. Ainsi, si le poète-Président avait démissionné de son propre gré en cédant la place à un dauphin qu’il s’était librement choisi, l’ingénieur-Macky Sall, lui, se retire après avoir bouclé deux mandats successifs et fait organiser une élection où les urnes vont désigner celui qui sera appelé à devenir le 5e Président du Sénégal indépendant. Une nouvelle alternance va, ainsi, faire son apparition sous nos cieux après celle du « dauphinat » senghorien et celle de la victoire au second tour entre un Président sortant et son challenger en l’an 2000 et en 2012. En respectant à minima les règles du jeu démocratique, Macky Sall va, ainsi, faire mieux que Senghor et Abdou Diouf car lui n’a ni dauphin constitutionnel ni subi une défaite pour quitter les ors du palais de la République. Les conjectures pourront toujours se faire sur les causes ou les raisons qui ont pu amener Macky Sall à se vêtir des plus beaux habits de lumière d’un démocrate et d’un républicain en refusant de céder à deux tentations : celle de s’éterniser au pouvoir en tentant un coup de force constitutionnel mais aussi celle consistant à vouloir imposer sa volonté à tout un peuple par le choix d’un dauphin constitutionnel. Son remplaçant à la tête de l’Etat lui devra d’avoir fait organiser des élections libres et transparentes. Le Président sortant met la barre, ainsi, à un niveau très élevé que son remplaçant et les autres acteurs politiques sont tenus de ne pas faire tomber à un niveau inférieur à cette norme démocratique que le pays va franchir le 25 février prochain. Ainsi, pourrait-on croire qu’à l’instar de pays comme les USA, la France ou le Nigéria, dorénavant il n’y aura plus un Président de la République occupant le devant de la scène plus de dix ans. Et que donc, l’alternance au sommet de l’Etat va devenir la règle élémentaire au pays de Ndiadiagne Ndiaye. Cette posture de Macky Sall qui s’inscrit en parfaite harmonie avec ses trois prédécesseurs va-t-elle être une exception dans le futur ? Il faut, déjà, relever qu’après douze années de magistrature suprême, la sortie de l’enfant de Fatick a surpris et dérouté plus d’un, car celle-ci est plus élégante que celles d’Abdou Diouf et Abdoulaye Wade battus au second tour et de Senghor qui, lui, a imposé son dauphin avant de partir. Néanmoins, il faut dire que l’élégante sortie de Macky Sall le 02 avril 2024 pourrait aussi lui ouvrir des perspectives de retour en 2029. Ce qui fait dire à certains que pour le cas Macky Sall, 2024 ne serait qu’un au-revoir. L’Histoire nous dira s’il y a un Medvedev dans l’affaire ou si un come-back est possible comme avec Lula au Brésil. Les petits mystères de la Présidentielle (9) Les politiciens sénégalais sont-ils en passe de laver à grandes eaux la Justice sénégalaise ? Les premières délibérations du Conseil Constitutionnel sur la validation des parrainages ont dérouté plus d’un parmi les observateurs et les analystes politiques les plus catégoriques. La tournure que prend la validation des collectes de signatures ne paraît pas s’inscrire dans les conjonctures et les prédications annoncées ici et là avant que le Conseil Constitutionnel n’entre en jeu. A l’allure où les choses ne se dessinent, nul ne serait étonné que plus d’une dizaine de candidatures soient finalement retenues pour la compétition finale du 25 février à venir, même si, au passage, des egos politiques vont se dégonfler. Notre magistrature, longtemps, décriée au point de subir toutes sortes d’avanies, de critiques et même quelquefois d’insultes et d’accusations fallacieuses, depuis plusieurs années, prouve par ses actes et décisions, depuis le jugement du Tribunal de Ziguinchor en passant par les décisions de la Cour Suprême et du Tribunal de Dakar, qu’elle ne sacrifie qu’au Droit et ne semble être amarrée ni à gauche ni à droite ni avec le pouvoir ni avec l’opposition. Car l’accélération des contentieux judiciaires et les décisions qui en découlent font un tel yo-yo que l’on comprend qu’à chaque énoncé des décisions d’une instance de la Justice le pouvoir comme l’opposition sont tous surpris. Maintenant, ce dont il faudrait s’assurer sont les conséquences que les décisions finales du Conseil Constitutionnel pourraient provoquer sur le reste du processus électoral. Est-ce que le processus de vote (bulletins, urnes, nombre d’inscrits par bureau, mandataires, etc.) est dimensionné pour recevoir un nombre maximum de candidats ? Ainsi, est-ce que l’on pourrait avoir un vote sur une seule journée avec un nombre de candidats égal ou supérieur à dix ? Ou égal ou supérieur à vingt, etc. ? Un proverbe tchadien dit que « si vous devez sauter vingt trous et ne tomber finalement qu’au dix-neuvième, il vaudrait mieux pour vous que vous tombiez dès le premier trou. » A méditer. Abdoulaye Bamba DIALLO

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