Publié le 11 Nov 2023 - 10:19
Les comptes de Almamy Bocar LA CHRONIQUE DU VÉTÉRAN

L’armée des ombres et des défaillants

 

Secret de Polichinelle

La divulgation, à travers les réseaux sociaux et la presse d’informations générales, ces jours derniers, d’un rapport administratif portant sur l’état de santé d’un prisonnier célèbre, a remis sur la sellette l’obligation de confidentialité que requiert le traitement de tout document administratif ainsi que le devoir de veiller à la protection des données personnelles ou privées concernant chaque citoyen.

À nouveau, des fuites dans la presse font état de l’interpellation de deux hauts fonctionnaires de l’Administration pénitentiaire par les autorités de la police judiciaire pour soupçons de viol de document et de secret professionnel concernant cette affaire. La justice devra suivre son cours pour qu’au final, qu’on sache le véritable mot de la fin.

Mais tout de même, ce énième épisode de diffusion de rapport ou de décision administrative concernant le traitement d’une affaire sensible laisse apparaître la politisation de plus en plus grande qui sévit au sein de la Fonction publique. De nombreux fonctionnaires et agents de l’État n’arrivent plus à faire le distinguo entre l’obligation de servitude et le devoir de réserve qui leur incombent comme agents de la Fonction publique et leur qualité de militants engagés dans une formation politique partisane. Fussent-ils de l’opposition ou du pouvoir.

Cette dérive, déjà perceptible sous le long règne d’Abdou Diouf, s’est beaucoup accentuée sous le magistère d’Abdoulaye Wade avec sa décision sur l’octroi du droit de vote aux hommes et femmes en uniforme. L’entrée de la politique dans les casernes des forces armées a agi comme un accélérateur auprès de nombreux hauts fonctionnaires de toutes les administrations et services de l’État avec une vigueur particulière auprès les hauts fonctionnaires des Impôts et des Domaines et du Trésor public qui, eux, fournissent le plus gros contingent de dirigeants de partis politiques actuels.

Ainsi, depuis la première alternance et le début des années 2000, la presse n’a jamais été autant servie en révélations de scandales, de diffusions de documents officiels ou administratifs avec tous les risques de dérapage que charrie la manipulation ou l’intoxication à des fins politiques ou privées avec ces ‘’fuites’’ de documents présentés comme officiels. La sonnette d’alarme sur les dérives du viol du secret professionnel, de l’obligation de confidentialité s’attachant à tous les dossiers administratifs, qu’ils soient estampillés ‘’Secret, Confidentiel’’ ou pas aurait dû être tirée depuis belle lurette.

Le laxisme des autorités et l’éternel ‘’Masla’’ en cours dans notre société nous ont entraînés dans des situations aussi dangereuses que celle de l’ex-capitaine Touré de la gendarmerie dans l’affaire Adji Sarr-Ousmane Sonko ou l’affaire de la commande d’armes pour les eaux et forêts auprès d’un sulfureux marchand d’armes africain avec toutes les conséquences que ces deux affaires ont entraînées sur la détérioration du climat politico-social depuis 2021.

Car, il ne faut jamais oublier une chose et surtout avec les possibilités qu’offrent les nouvelles technologies actuelles : tout document peut être, aujourd’hui, imité, falsifié, tronqué.

De nouvelles règles et une nouvelle conduite devraient être adoptées en tenant compte de l’évolution du temps et des mœurs qui, depuis 1960 à l’avènement de la première République du Sénégal, a rendu obsolètes la doctrine d’origine de l’éthique administrative et des règles de bonne conduite de nos fonctionnaires.

Les petits mystères de la présidentielle (3)

Deux acteurs politiques souffrent d’un manque de solidarité sur le chemin des élections du 25 février prochain.

Le premier se nomme Ousmane Sonko. Depuis son retour de Ziguinchor où il était allé chercher refuge pour ne pas faire face à Adji Sarr à la barre du tribunal de Dakar, il fait le yoyo entre la prison de Sébikhotane et le pavillon VIP de l’hôpital Principal en clamant assez souvent qu’il use de la grève de la faim pour revendiquer ses droits et réclamer sa libération.

Chose étonnante, alors que depuis près de trois ans, presque toute la camarilla de l’opposition, hormis Abdoul Mbaye, Thierno Alassane Sall et Barthélemy Dias, se rangeait soigneusement derrière lui comme des enfants sages, subitement, tout ce beau monde semble être devenu aphone et absent dans le concert des rares encore défenseurs de Sonko. D’ailleurs, même dans les rangs de l’ex-parti de Sonko, le silence est de plus en plus assourdissant et des opportunistes comme Guy Marius Sagna creusent leur sillon en allant à la collecte de signatures et de financement auprès de la diaspora et des investisseurs politiques. À croire que l’infortune d’Ousmane Sonko fait l’affaire de beaucoup de personnes dans son parti, parmi ses alliés et dans l’opposition. N’eût été la « société civile politique’’ d’Alioune Tine et de Seydi Gassama, le célèbre prisonnier de Sébikhotane n’aurait que ses épouses et ses avocats pour le défendre.

Ainsi, me revient en mémoire une réflexion d’un responsable du PDS après un meeting du F24 à la place de la Nation : ‘’Sonko va comprendre plus tard et trop tard que tous ceux qui l’entourent ne font que le conduire à l’abattoir en le confortant dans cette posture de radicalisation.’’

La lecture que ce vieux routier de la politique sénégalaise se faisait de l’odyssée de Sonko étant que ses dossiers judiciaires avec Adji Sarr et Mame Mbaye Niang allaient lui barrer la route pour la Présidentielle, éliminant ainsi le prétendant le plus sérieux parmi l’opposition et que donc cela allait libérer le passage à tous ses faux amis souteneurs du moment, me disait-il.

Avait-il vu juste ? Actuellement, au sein de l’opposition, il n’y a même plus de pétition de principe, encore moins d’engagement sur le terrain pour réclamer la libération de Sonko et sa participation à la Présidentielle de 2024. Il est vrai que le travail d’Hercule que requiert la collecte de signatures pour le parrainage est aussi harassant et prenant que tenter d’escalader le Kilimandjaro avec un sac de mil de 50 kilos sur la tête.

Le deuxième enfant solitaire du landerneau politique est un Premier ministre nommé Amadou Ba, dauphin tardivement désigné du président Macky Sall et candidat officiel de la coalition Benno Bokk Yaakaar pour la Présidentielle de février 2024.

Normalement, un compétiteur comme lui, bénéficiant d’un tel parrainage et d’une coalition aussi large ne devrait pas se sentir esseulé sur le champ politique. Et cela est pourtant le cas. Le président Macky Sall lui a donné des munitions en le confirmant comme Premier ministre et en l’autorisant à effectuer ses tournées économiques préélectorales. Et c’est là où le bât blesse. Car visiblement, rares sont  les ténors du parti présidentiel ainsi que ceux des partis alliés comme le PS et l’AFP qui se font distinguer par leur ardeur ou leur engagement sur le terrain pour le soutien du candidat officiel du président. Seuls les militants de base sont, eux, toujours là en plus des petits ténors locaux et des professionnels de l’opportunité à l’accueil du candidat durant ses tournées préélectorales.

Abdoulaye Daouda Diallo et ses partisans qui ont été bien servis dans le nouveau gouvernement et à l’Assemblée nationale, à l’image d’Abdou Mbow, Mame Mbaye Niang ou Abdoulaye Diouf Sarr, Mansour Faye et tant d’autres ténors du parti présidentiel, paraissent faire le service minimum, laissant ainsi à Amadou Ba et à ses collaborateurs de la Primature et quelques griots célèbres le travail d’occupation et d’animation sur le terrain.

Mais le cas le plus intrigant et le plus mystérieux est celui de Benoît Sambou. Officiellement, il est le responsable national chargé des élections à l’APR. Et pourtant, il vient de mettre sur pied un mouvement de soutien à Ziguinchor et vient d’envoyer un gros caillou dans le jardin du gouvernement. Dans l’exposé des motifs ayant donné naissance à son mouvement, il réclame à l’État sénégalais le retour des dessertes maritimes entre Dakar et Ziguinchor, suspendues depuis la tentative d’insurrection liée au jugement de l’affaire Ousmane Sonko-Adji Sarr, alors qu’il sait, pertinemment, en tant que ministre d’État, président de la Commission du dialogue des territoires les raisons ayant conduit l’État à demander l’arrêt provisoire de cette liaison maritime. Car mieux que quiconque, le responsable des élections de l’APR et de Benno Bokk Yaakaar connaît les raisons liées à la sécurité publique et à la sûreté de l’État qui ont entraîné à cette prise de décision de la suspension des deux navires assurant la liaison Dakar - Ziguinchor.

Ce jeu dangereux auquel s’adonnent les ténors de  l’APR et les alliés de Benno Bokk Yaakaar, qui est un pari risqué, pourrait s’avérer mortel pour tous. S’ils font perdre Amadou Ba, l’Ofnac aura du pain sur la planche, comme l’a déjà rappelé le président Macky Sall. Et comme l’ancienne CREI qui avait été fatale aux wadistes à la chute du ‘’Pape du Sopi’’ avec comme trophée de guerre principal Karim Wade, l’Ofnac se fera un plaisir de se régaler avec les mackystes.

Et, donc, si jamais Amadou Ba s’en sort sans les réfractaires de la majorité actuelle et gagne, il ne leur devra rien.

À nouveau, je me rappelle cette réflexion du défunt Ousmane Tanor Dieng : ‘’Il vaut mieux être remplaçant d’une équipe qui gagne la finale et la coupe plutôt que d’être le meilleur joueur du match, mais jouant dans le camp de l’équipe perdante.’’

Cela s’appelle le réalisme.

Abdoulaye Bamba DIALLO

 

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