Le piège contractuel de Thiaw prolonge la crise

Rupture coûteuse, refus de paiement de l'État et épée de Damoclès juridique : la Fédération sénégalaise de football traverse une zone de doutes inédite, alors que les éliminatoires de la CAN 2027 approchent à grands pas. Le licenciement de Pape Thiaw pourrait laisser une addition particulièrement salée dans les caisses de l'instance fédérale. En refusant d'assumer les engagements financiers pris avec l'ancien sélectionneur, le ministère de la Jeunesse, des Sports et de la Culture laisse la FSF seule face à ses choix contractuels.
L'État décline toute responsabilité financière
Selon les informations de Sud Quotidien, le ministère de tutelle a adressé une notification formelle à la Fédération. L'État refuse d'agir en qualité de tiers-payeur au motif que le bail de trois ans signé par Pape Thiaw n'a jamais reçu l'approbation préalable des autorités administratives. Sans cette validation formelle, la tutelle estime qu'elle n'a pas à éponger l'addition.
Pourtant, les sommes négociées à l'époque restent vertigineuses. Paraphé en pleine Coupe du monde pour un poste à temps partiel, ce contrat garantissait au technicien un salaire mensuel de 30 millions de FCFA, assorti d'une prime à la signature de 120 millions de FCFA et de 1 % sur les primes versées par la FIFA.
Le pactole en cas de licenciement
Au-delà de ces montants, c'est le cadre juridique du texte qui interpelle. Le contrat ne contenait aucune clause limitative liée aux résultats sportifs ou à d'éventuelles fautes graves. Plus encore, la FSF s'était engagée à lui verser huit mois de salaire d'indemnité en cas de rupture anticipée, quel qu'en soit le motif.
Cette clause prive aujourd'hui l'instance fédérale de toute marge de manœuvre. Si la position du ministère reste inchangée, la Fédération devra régler seule ces indemnités sous peine de s'exposer à un contentieux lourd devant les instances disciplinaires de la FIFA.
Recrutement bloqué : l'équation financière introuvable
Cette impasse plombe directement les ambitions de la FSF pour la succession du technicien. Bien que les noms d'Hervé Renard et de Patrick Vieira circulent avec insistance, leurs exigences financières dépassent largement le budget initial.
L'équation devient complexe pour la Fédération : il paraît difficile de convaincre la tutelle de financer le contrat d'un entraîneur international de renom alors qu'elle rejette déjà les engagements pris pour le sélectionneur sortant. Sans l'appui financier de l'État, la marge de négociation de la FSF apparaît quasi nulle.
Menace au TAS et urgence du calendrier
Pour couronner le tout, le Tribunal arbitral du sport de Lausanne doit rendre d'ici le 21 août sa décision sur le recours de Mady Touré, candidat battu lors des dernières élections fédérales. Mady Touré conteste la régularité du scrutin et réclame son annulation pour des faits présumés de fraude. Une décision en sa faveur fragiliserait l'ensemble des actes posés par l'exécutif actuel, y compris la nomination du futur patron du banc.
À moins de deux mois du coup d'envoi des éliminatoires de la CAN 2027, le football sénégalais se retrouve à la croisée des chemins, pris entre l'urgence des résultats, un vide institutionnel menaçant et une crise financière inédite.
Toujours est-il que c'est la campagne américaine qui continue de laisser des séquelles dans le football sénégalais. Cette crise, si rien n'est fait dans l'urgence pour colmater les brèches en attendant, risque de replonger le football sénégalais dans des moments d'instabilité. Aujourd'hui, après quasiment une bonne décennie couronnée d'excellents résultats, voilà que les vieux démons forcent leur retour au-devant de la scène, offrant un piètre spectacle d'abord aux inconditionnels du football sénégalais.
MAMADOU DIOP






