Ambiance indescriptible à Dakar

Comme en 2022, tout un peuple a réservé un accueil digne de ce nom à ses champions d'Afrique. D'un itinéraire qui est parti de la commune de Patte d'Oie jusqu'au palais de la République, en passant par la corniche, chaque kilomètre parcouru lors de la parade victorieuse est venu rappeler à quel point toute une nation a tenu à célébrer ses braves Lions.
Une foule immense, une marée humaine. Dire juste cela comme ça relève de l'euphémisme pour décrire tout ce beau monde venu accueillir ses champions, hier. Même si les statisticiens et autres friands de chiffres pourraient plus tard nous en dire plus, pour l'heure, le record de 2022 est peut-être battu. De la ligne de départ (Patte d'Oie) à l'arrivée (palais de la République), partout la même liesse populaire a été réservée aux doubles champions d'Afrique.
“À tout seigneur, tout honneur”, comme dirait l'autre, ou “kou def Lou reuy am Lou reuy”, comme dirait le président Abdou Diouf, repris par l’actuel chef de l'État, Bassirou Diomaye Diakhar Faye, avant-hier nuit, en prononçant ses premiers mots après le triomphe des hommes de Pape Thiaw.
Entre klaxons et bruits de moteurs, l'escadron des deux-roues a fait régner une ambiance rarement égalée dans les rues de Dakar. En ce jour de fête, tout excès pouvait presque être toléré. À côté des motards, un océan de supporters sur les trottoirs, parfois entre les voitures, avait fait le choix de marcher à pied.
À coups de sifflets et d'autres vuvuzelas sud-africaines, la horde d'inconditionnels des Lions de la Teranga continuait de battre le macadam. L'ambiance était à son comble. Au milieu de cette marée humaine, plusieurs véhicules. Mais celui, sinon le seul, qui attirait vraiment l'attention, c'est ce grand car tout vert à deux niveaux sur lequel étaient visibles les deux étoiles et la mention “Champions d'Afrique”.
Le tout avançait doucement, quasiment au rythme des supporters venus très nombreux. Du haut de ce pavé droit, le staff et bien sûr les joueurs. Depuis ce sommet, à tour de rôle, chacun exhibait le trophée pour communier brièvement avec le peuple. “Pour rien au monde, je n'aurais raté cette occasion. Déjà en 2022, quelques circonstances avaient motivé mon absence. C'est le moment de féliciter encore l'équipe nationale. C'est un honneur de vivre ce genre d'émotions”, se montre reconnaissant un des supporters.
Juste à côté de lui, un autre se remémore la toute première étoile. Abdoulaye, qui nous vient tout droit de Colobane, s'est même permis une petite comparaison. “En 2022, c'était l'euphorie, la première étoile et tout, mais je suis prêt à parier que cet accueil que nous vivons actuellement est aussi grandiose qu'il y a 4 ans, voire plus”.
La célébration de cette deuxième étoile, ce sont aussi ces posters grandeur nature à l'honneur des champions en titre : Mamadou Sarr, Iliman Ndiaye, Gana Gueye, El Hadj Malick Diouf, etc., avec des messages comme “domou HLM”, venus rappeler que chaque quartier est venu fièrement accueillir sa star locale.
Au niveau de la corniche, un petit changement de programme s'est opéré. Car le convoi qui devait initialement transiter par le Musée Léopold Sédar Senghor a décidé d'emprunter la rue menant au ministère de la Santé. Les supporters, pris au dépourvu, ont grondé un peu. Mais cette petite fausse note n'a entaché en rien l'accueil.
A partir de cette étape, certains commençaient à rebrousser chemin. “Je pense qu'on peut s'arrêter ici et aller continuer la cérémonie devant le petit écran”, lance ce soutien dans l'anonymat, visiblement épuisé d'avoir marché pendant tout ce temps. Bandeau sur la tête, au poignet, le maillot estampillé Sadio Mané, Médoune, lui, est étudiant. Comme bon nombre de ses camarades, il a dû attendre plusieurs tours d'horloge avant le passage du convoi, aux abords de l'Université Cheikh Anta Diop.
“J'étais déjà là en 2022, je me réjouis d'être témoin encore une fois d'une telle liesse populaire. Nous sommes profondément reconnaissants vis-à-vis de nos vaillants Lions, nos ambassadeurs. Ils ont tout donné sur le terrain durant tout le tournoi pour nous apporter ce deuxième sacre. Ce n'est qu'en les accueillant comme il se doit que nous pourrons faire preuve de gratitude à leur égard”.
Pendant que le convoi triomphal prenait toujours le même rythme vers le palais, la foule fondait un peu plus. Plusieurs kilomètres à pied, ça use…
Cependant, la leçon reste la même : comme en 2022, lors de cette première Coupe d'Afrique des nations, la nation toute entière est reconnaissante. Il y a de quoi être fier : ces Lions, sous la houlette de Pape Bouna Thiaw, ont été plus que braves.
MAMADOU DIOP






