La ville tricentenaire de Saint-Louis en liesse

La vieille cité de Ndar n’a pas dormi la nuit du dimanche. Dès le coup de sifflet final du match Sénégal–Maroc (1–0), la ville s’est transformée en une immense fête populaire. Dans la fanzone installée dans les jardins du pont Faidherbe, les cris de joie, les klaxons et les chants ont résonné jusque tard dans la nuit.
Habillés en maillot national, drapeaux aux couleurs vert, jaune et rouge en l’air, visages maquillés, les supporters de l’équipe nationale du Sénégal ont fêté le deuxième sacre du Sénégal dans les différents quartiers de la ville.
L’ambiance était déjà électrique bien avant le coup d’envoi de la finale. Dès 16h, la fanzone était pleine à craquer. Plusieurs centaines de supporters, jeunes et moins jeunes, se sont rassemblés autour du grand écran dressé pour la circonstance, dans une atmosphère de ferveur et de fraternité. « On savait que ce serait un grand match, mais on ne s’attendait pas à une telle intensité et à un arbitrage partial », s’exclame Lamine Sow, étudiant à l’Université Gaston Berger, drapeau du Sénégal sur les épaules.
« Quand le Maroc a obtenu injustement un penalty à la dernière minute des arrêts de jeu, on a eu très peur. Mais nos Lions ne lâchent jamais. C’est pourquoi, quand Pape Guèye a fusillé le portier marocain pour marquer le seul but du match, j’ai pleuré de joie. Alhamdoullilah, malgré les combines arbitrales en faveur du Maroc depuis le début du tournoi, Dieu est avec le Sénégal et nous a donné la deuxième étoile en quatre finales », a-t-il poursuivi.
Après le coup de sifflet final, la fanzone des jardins du pont Faidherbe s’est vidée en quelques minutes, pour mieux se répandre dans les rues. Des cortèges improvisés ont envahi les artères de la ville, tambours, sifflets et vuvuzelas à la main. Des motos pétaradantes et des voitures transportaient des groupes d’amis brandissant des drapeaux. La circulation était à l’arrêt dans toutes les grandes artères, mais personne ne s’en souciait. Tout Saint-Louis célébrait ensemble.
« Toutes les victoires ont été belles, mais celle contre le Maroc en finale a un goût particulier. C’est la plus belle victoire de notre histoire. On a souffert, on nous a volé un but régulier, mais nos joueurs ont montré du courage et du caractère. Ce soir, c’est tout le pays qui a gagné », crie Momar Ndiaye avant de se mêler à une ronde de jeunes qui scandaient « Sénégal rek ! Sénégal rek ! Ndam rek ! ».
Une marée humaine dans les rues de Saint-Louis
Pour parer à toute éventualité, les autorités locales et les forces de l’ordre avaient prévu un dispositif spécial pour encadrer la fête. Aucun incident majeur n’a été signalé. Les familles étaient nombreuses à participer à la célébration, preuve du caractère populaire et pacifique de la liesse. « L’ambiance est incroyable, mais tout se passe dans le respect. C’est ça, l’esprit de Saint-Louis. Même les anciens sont sortis pour chanter et danser. Ce soir, tout le monde est jeune », souligne la dame Ndéye Fatou Diagne, accompagnant ses deux nièces de 12 et 8 ans au rond-point Isra.
Pour beaucoup, cette victoire dépasse le cadre sportif. Elle symbolise l’unité, la persévérance et la fierté nationale. Dans les propos des supporters, la reconnaissance envers l’équipe et le sélectionneur Pape Thiaw revient souvent. « Le coach national est un héros. Il a montré à la face de l’Afrique que c’est un guerrier et un grand technicien. Grâce à lui, on est pour la deuxième fois champions d’Afrique. C’est un modèle pour notre génération », jubile Nathalie Coly, élève au lycée Charles De Gaulle.
Hier, Saint-Louis s’est réveillée fatiguée mais heureuse. Les rues sont toujours décorées de drapeaux, et les conversations tournent toutes autour du match. D’ailleurs, il est annoncé qu’une grande parade des supporters serait organisée avec l’international Ismaila Sarr pour célébrer le sacre des Lions.
Au-delà du trophée, cette victoire a ravivé l’amour du pays et la fierté d’être sénégalais. Comme le résume Lamine Sow, encore ému : « Ce n’est pas juste une victoire au foot. C’est une victoire du cœur. Le Sénégal a montré au monde qu’il est fort, uni et plein de vie. »
IBRAHIMA BOCAR SENE, SAINT LOUIS






