Publié le 24 Jan 2026 - 01:43
LETTRE OUVERTE AU PRÉSIDENT DE LA FIFA

Finale de la CAN 2025 : Quand l’impartialité devient un impératif politique mondial

 

Monsieur le Président,

La finale de la Coupe d’Afrique des Nations 2025 entre le Sénégal et le Maroc ne relève plus aujourd’hui du seul champ sportif. Elle est devenue un dossier politique, institutionnel et symbolique, dont la gestion par la FIFA engage directement sa crédibilité, son autorité morale et sa capacité à garantir l’égalité de traitement entre les nations du football mondial.

Le Sénégal a remporté cette finale sur le terrain. Ce fait est établi, incontestable et homologué. Pourtant, au lieu de consacrer ce résultat et d’en tirer les enseignements nécessaires, votre institution semble s’orienter vers une lecture exclusivement répressive, ciblant unilatéralement le vainqueur, tout en éludant les causes structurelles et les responsabilités premières qui ont conduit à la tension observée lors de cette rencontre.

Une telle posture ne serait pas seulement injuste. Elle serait politiquement lourde de conséquences.

En effet, la crise née de cette finale ne trouve pas son origine dans un quelconque refus de l’ordre sportif par le Sénégal, mais dans une accumulation de décisions arbitrales controversées, perçues comme déséquilibrées, et dans un environnement organisationnel manifestement défaillant. En faire abstraction revient à nier une réalité documentée, filmée, analysée et désormais reconnue bien au-delà du continent africain.

À cet égard, l’intervention de la presse internationale marque un tournant majeur. Des médias européens influents et réputés pour leur rigueur éditoriale ont publiquement dénoncé ce que la FIFA semble refuser de nommer : un arbitrage défaillant, des décisions déterminantes favorisant une partie, et un climat général contraire aux principes fondamentaux de neutralité et de fair-play. Ces prises de position ne relèvent ni de l’émotion ni du militantisme ; elles constituent un acte d’alerte institutionnelle.

Plus grave encore, des observateurs indépendants ont mis en lumière des comportements incompatibles avec les standards internationaux : interférences répétées autour du match, incidents protocolaires sans précédent, atteintes à la dignité du vainqueur, pressions symboliques et médiatiques, et une instrumentalisation manifeste de l’événement sportif. Ces faits, passés sous silence dans les premières communications officielles, posent une question centrale : la FIFA est-elle prête à reconnaître ses angles morts lorsqu’ils concernent l’Afrique ?

Monsieur le Président,

En droit comme en diplomatie, le silence sélectif vaut position politique. Sanctionner le Sénégal sans établir clairement les responsabilités arbitrales et organisationnelles créerait un précédent dangereux : celui d’un football international où la puissance institutionnelle prime sur la justice sportive, et où l’Afrique reste sommée d’accepter ce que d’autres continents ne toléreraient jamais.

Cette affaire s’inscrit par ailleurs dans un contexte géopolitique évident. Le Maroc est candidat à l’accueil d’événements majeurs, notamment dans le cadre de la Coupe du monde 2030, qu’il ambitionne de coorganiser et dont il souhaite accueillir la finale. La CAN 2025 devait servir de vitrine. Or, la finale Sénégal–Maroc a produit l’effet inverse, suscitant interrogations, critiques et inquiétudes au sein même des pays partenaires de ce projet.

La FIFA ne peut ignorer que ses décisions dans ce dossier seront lues comme un signal politique fort :

  • soit celui d’une institution indépendante, capable de résister aux pressions et de corriger ses propres défaillances ;
  • soit celui d’une organisation prisonnière de rapports de force, prête à sacrifier la justice sportive sur l’autel de considérations stratégiques.

Il ne s’agit plus ici de protéger une équipe ou d’en sanctionner une autre. Il s’agit de préserver l’architecture morale du football mondial. Une sanction injuste aujourd’hui affaiblirait durablement la confiance des fédérations africaines, des joueurs et des opinions publiques dans les instances internationales.

L’Afrique ne demande pas de privilège. Elle exige l’égalité. Le Sénégal ne réclame pas l’impunité. Il demande la vérité. Et la FIFA ne peut prétendre gouverner le football mondial sans assumer pleinement ses responsabilités.

L’histoire du sport retiendra ce moment comme celui où la FIFA aura dû choisir entre la facilité institutionnelle et la justice universelle. Ce choix vous appartient. Ses conséquences dépasseront largement le cadre de la CAN 2025.

Veuillez agréer, Monsieur le Président, l’expression de notre considération, aussi respectueuse qu’exigeante, à la hauteur des responsabilités historiques qui sont aujourd’hui les vôtres.

Elimane Abdoul FALL

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