Publié le 13 May 2026 - 23:40
BAMAKO AU BORD DE LA PARALYSIE : BLOCUS, PÉNURIES ET GUERRE ÉNERGÉTIQUE.

Le sabotage de Manantali : un tournant dangereux dans la crise malienne

 

En plus du redoutable blocus imposé progressivement autour de Bamako, le JNIM a désormais franchi une nouvelle étape dans sa stratégie d’asphyxie du Mali en procédant au sabotage de la ligne de transport électrique de Manantali. À travers cette opération, les groupes armés cherchent manifestement à plonger progressivement le pays dans l’obscurité, à désorganiser davantage la capitale et à accentuer la pression psychologique sur les autorités comme sur la population.

Dans un contexte déjà marqué par l’isolement progressif de Bamako, une rupture prolongée de l’alimentation électrique aurait des conséquences extrêmement graves sur la vie quotidienne, l’économie, la sécurité et le moral collectif. Il ne s’agirait plus simplement d’une panne technique ou d’une difficulté énergétique passagère, mais d’un facteur supplémentaire d’asphyxie urbaine, de paralysie administrative et de fragilisation politique.

La coupure d’électricité toucherait en priorité les services vitaux : hôpitaux, centres de santé, laboratoires, pharmacies, chaînes de conservation des médicaments, réseaux de télécommunication, banques, stations-service, administrations publiques ainsi que certaines infrastructures sécuritaires. Sans alimentation électrique stable, les capacités opérationnelles de l’État se réduiraient considérablement, donnant l’image d’un pouvoir incapable d’assurer les besoins les plus élémentaires de sa propre capitale.

Cette situation aggraverait également la crise économique déjà étouffante. Les commerces, boulangeries, ateliers, marchés, chambres froides, petites industries et l’ensemble des activités dépendantes de l’électricité seraient soit paralysés, soit contraints de fonctionner à l’aide de groupes électrogènes dans un contexte où le carburant devient lui-même rare, coûteux et difficile à acheminer à cause du blocus. Le pays se retrouverait alors confronté à un double étranglement : d’un côté, des voies d’approvisionnement perturbées ou coupées ; de l’autre, une incapacité croissante à produire, transformer, conserver ou distribuer les biens essentiels.

Les conséquences sociales seraient immédiates et potentiellement explosives. Hausse vertigineuse du coût de la vie, pénuries alimentaires, difficultés d’accès à l’eau potable dans plusieurs quartiers, ralentissement des communications, multiplication des frustrations populaires et montée du sentiment d’abandon. Dans une capitale déjà plongée dans l’inquiétude et les rumeurs, l’obscurité prolongée pourrait renforcer la peur collective, favoriser les actes de criminalité, accentuer les tensions sociales et nourrir une perte de confiance progressive envers les autorités.

Sur le plan psychologique et politique, une rupture durable de l’électricité à Bamako aurait une portée symbolique extrêmement lourde. Elle donnerait le sentiment que la capitale malienne n’est plus seulement confrontée à une menace extérieure ou périphérique, mais qu’elle commence elle-même à se désorganiser de l’intérieur. Une capitale bloquée, économiquement étouffée, privée d’électricité et plongée dans l’incertitude envoie un signal particulièrement inquiétant à la population, aux acteurs économiques, aux partenaires régionaux ainsi qu’aux chancelleries étrangères.

Le pouvoir pourrait continuer à affirmer que la situation est maîtrisée, mais une ville qui peine à s’éclairer, à s’approvisionner et à fonctionner normalement raconte une réalité beaucoup plus préoccupante : celle d’un État dont les capacités vitales s’érodent progressivement sous les effets combinés de l’insécurité, du blocus, de l’épuisement économique et de la guerre psychologique

Samir Moussa
Lundi 11 mai 2026 .

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