Publié le 13 Mar 2026 - 16:03
FOOT - ÉQUIPE NATIONALE

Le “soldat” Mamadou Sarr

 

Champion d’Afrique avec les Lions à la CAN 2025, Mamadou Sarr n’a pas oublié la finale du 18 janvier face au Maroc. Titularisé pour la première fois dans cette compétition, à la place de Kalidou Koulibaly, le jeune défenseur central de Chelsea relate, dans un entretien avec Onze Mondial, les péripéties qui ont jalonné cette rencontre historique, de la préparation au jour du match, jusqu’au sacre.

 

Bientôt deux mois après le sacre du Sénégal à la Coupe d’Afrique des nations (CAN) 2025, au Maroc, les images de la finale face au pays organisateur restent fraîches dans les mémoires. Dans un entretien accordé à Onze Mondial, Mamadou Sarr revient sur les épisodes qui ont marqué ce match aux multiples rebondissements.

Pour sa première CAN avec les Lions, à seulement 20 ans, le défenseur central de Chelsea a dû faire preuve d’une forte mentalité lorsque le coach a fait appel à lui. Privé de son capitaine et patron de la défense, Kalidou Koulibaly, blessé et suspendu pour cumul de cartons, Pape Thiaw devait faire un choix fort : aligner Abdoulaye Seck, joueur expérimenté ayant l’habitude de suppléer l’absence des titulaires, ou reconduire Mamadou Sarr, qui a remarquablement pris la place de Koulibaly après sa sortie sur blessure (23e). En dépit de sa jeunesse et de son manque d’expérience à ce niveau de la compétition, le coach lui a fait confiance en le titularisant à côté de Moussa Niakhaté pour la finale contre le Maroc.

Ce sera sa première titularisation à la CAN, après deux entrées en jeu (contre le Bénin à la 3e journée et la demi-finale face à l’Égypte). Malgré l’enjeu de la rencontre, l’ancien capitaine de Strasbourg ne s’est pas laissé gagner par la pression. « À partir du mercredi soir, après l’Égypte, je prépare ma finale sereinement, comme un match classique, même si c’est une finale. Il y avait un peu de stress forcément, car j’entre dans le tournoi assez tard », a-t-il confié.

En bon professionnel, le fils de Pape Sarr s’était déjà préparé dans sa tête. « J’étais attentif à chaque match en me disant que si je devais entrer, il fallait que je sois prêt. C’est ce qu’il s’est passé, Dieu merci. Du mercredi soir au samedi matin, j’étais toujours pareil. Je n’ai pas changé mon alimentation, ni mon sommeil. J’avais un bon rythme durant toute la compétition et j’ai maintenu ce rythme. »

Pour éviter d’être perturbé dans sa concentration, le joueur a dit s’être enfermé dans sa bulle. « Je m’étais promis une chose : ne pas trop regarder les réseaux sociaux. Je ne faisais pas attention à ce qui se disait. Je recevais des messages d’amis, mais le reste, je ne regardais pas tellement. Je ne voulais rien changer à mon quotidien de la compétition », a-t-il indiqué. Il s’était mis dans la tête que c’était « juste un match ».

Sarr a assuré n’avoir demandé conseil à personne, même pas à son père qui a joué la finale de la CAN 2002 avec les Lions. « Mon père est aussi passé par là, il a déjà joué une finale de CAN en 2002. J’ai échangé avec lui par SMS, mais on n’a pas parlé de la finale, seulement d’affaires personnelles. Il savait que si on commençait à trop parler du match, le stress allait s’accumuler », a-t-il expliqué.

Sadio Mané : « No stress frérot »

Grâce à cette introspection, Mamadou Sarr a pu garder la tête froide, même si, a-t-il reconnu, le jour du match « le stress commence à monter de plus en plus ». « Franchement, ça ronge ! », a-t-il dit. Son état d’esprit contraste avec la sérénité des cadres. « Le matin du match, je suis venu prendre le petit-déjeuner, chose que je fais très rarement quand le match est en soirée. Quand je suis descendu, il y avait Sadio (Mané) et Gana (Gueye) qui étaient tranquilles. Sadio m’a regardé et m'a dit : ‘No stress frérot’. J’ai changé cette habitude, car j’avais vraiment faim ; j’avais peut-être dormi trop tôt la veille ou mangé trop tôt, je ne sais pas, mais j’avais très faim. Donc je suis allé au petit-déjeuner. Sadio m’a chambré en me disant : ‘Ah Mamad, tu descends maintenant !’ »

Il n’est pas donné à n’importe qui de remplacer Kalidou Koulibaly. Mais le jeune défenseur central n’avait pas à supporter seul ce poids. Il pouvait compter sur ses aînés comme Moussa Niakhaté. « Dans le vestiaire, je suis à côté de Moussa Niakhaté et d’El Hadji Malick Diouf. Moussa me prend et me dit : ‘Tranquille, aujourd’hui ! Si c’est chaud, tu fais péter le ballon, et sinon, tu fais comme tu sais faire’. Puis Kouli (Kalidou Koulibaly) vient me voir et me dit : ‘Tout le monde va venir te parler parce que c’est un match important, mais joue ton football, tu as les qualités. Si tu es là, c’est parce que tu as le niveau’. »

En dépit des péripéties qui ont marqué la partie, Mamadou Sarr est resté solide dans sa tête et sur ses jambes. Même après l’ouverture du score dans les prolongations par Pape Gueye, il ne s’est pas enflammé pour autant. « On mène au score, moi derrière, j’étais encore plus déterminé… Dans ma tête, je suis un soldat, je vais à la guerre, dans les tranchées, comme à l’époque. »

À la fin de la rencontre, le Sénégal a remporté sa deuxième étoile, Mamadou Sarr prend une revanche sur l’histoire et rend justice à son père, Pape Sarr, qui a perdu la finale en 2002 face au Cameroun, aux tirs au but.

LOUIS GEORGES DIATTA

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