L’ascension fulgurante d’un magistrat intraitable

Issu de la promotion 2005 du Centre de formation judiciaire, présenté comme un proche de Ousmane Diagne (ancien ministre de la Justice), le procureur Saliou Dicko a été propulsé sous le feu des projecteurs à la faveur de l’affaires des homosexuels qui continue de défrayer la chronique. Retour sur le parcours discret de celui qui est devenu la terreur des gays, lesbiennes et autres délinquants financiers.
On aurait pu imaginer un rigoriste, quelqu’un de très à cheval sur les principes moraux et ou religieux, un homme austère et puritain, intransigeant sur les questions de mœurs comme l’homosexualité. Ce proche avertit : “Il n’en est absolument rien. Dicko est plutôt un homme très simple, comme vous et moi. Sa seule boussole reste la loi. Il n’est ni un ayatollah ni un donneur de leçon”, souligne notre interlocuteur, très moqueur.
Né le 14 avril 1978 à Gandiaye dans la région de Kaolack, Saliou Dicko a longtemps évolué à l’abri des regards. Même en pleine tempête judiciaire dans l’affaire Sweat beauté (2021-2024), il s’est contenté de faire son job, sans grand bruit. En homme de refus, sa posture n’a pas toujours été en accord avec les désidératas de la hiérarchie. “Je ne peux pas entrer dans certains détails, mais dans l’affaire Sweat beauté, il a eu à s’opposer à des injonctions, en tant qu’avocat général. Ce n’était pas directement lié à l’affaire de viol, mais sur des dossiers connexes. Cela lui avait valu une affectation à Saint-Louis”, témoigne un de nos interlocuteurs.
Pour lui, Dicko n’est pas un homme de compromission. “Ce que je puis assurer, c’est que ce n’est pas un procureur que l’on peut manipuler. Il ne fait pas des choses pour plaire à la hiérarchie ou à quiconque. Quand il n’est pas d’accord, il dit non”, souligne la source.
Issu de la promotion 2005 du Centre de formation judiciaire, l’enfant de Gandiaye fait l’actualité depuis plusieurs semaines. Malgré les pressions qui fusent de toutes parts, il reste droit dans ses bottes. Pour Mame Matar Gueye, le parquetier rassure et réconforte tous ceux qui se sont toujours battus contre le fléau que constitue l’homosexualité. “Nous sommes réconfortés de savoir que nous ne sommes plus seuls. Enfin, nous voyons un procureur qui prend en charge nos doléances, qui ne sont pas les doléances de JAMRA, mais de la société sénégalaise dans son ensemble. Nous nous en réjouissons vivement. Nous prions et pour le procureur, et pour le commandant de la Brigade de recherche de la gendarmerie de Keur Massar, Abdou Aziz Gningue”, témoigne le responsable de l’ONG JAMRA, à l’avant-garde de cette lutte de plusieurs décennies.
À ce titre, Monsieur Gueye se souvient de plusieurs affaires qui ont connu des enterrements de première classe par le passé. Parmi ces dossiers qui ont eu à secouer la République, il y a l’affaire du mariage des homosexuels à Mbao qui avait suscité un grand bruit en 2009. Ils ont été libérés au bout de quelques jours de détention. Idem pour le mariage gay célébré la nuit du 25 décembre 2015 dans une école à Kaolack. “Ces derniers avaient été pris en flagrant délit par les hommes du commissaire Bocandé… Ils ont aussi été libérés après seulement quelques jours”, rappelle Monsieur Gueye.
Pour lui, cette impunité n’a fait qu’encourager le développement de ces dérives qui frisent désormais la provocation. Ce que le procureur Dicko est en train de faire, témoigne Mame Matar Gueye, contribue à apaiser les rancœurs et les sentiments de frustration des populations. “Je prie le Tout Puissant de continuer à assister ce brave procureur avec son bras armé le commandant Abdou Aziz Gningue. Nous prions que le Tout Puissant les protège. Parce qu’il y en a qui sont en train de faire des pieds et des mains pour que ces dossiers soient enterrés. Nous ne devons pas les laisser seuls dans cette résistance qu’ils sont en train de mener”, plaide-t-il.
« C’est devenu une affaire de santé publique »
Des sources proches du parquet confirment cette volonté de personnes haut placées qui s’activaient pour stopper la machine mise en branle par le procureur intraitable. “Entre nous, s’il acceptait certaines pressions, il allait abandonner ces poursuites depuis longtemps. Au départ, dès les premières arrestations, des gens avaient assuré certaines personnes convoquées qu’elles allaient être libérées après audition. C’était sans connaître le procureur Dicko. C’est un homme de mission qui se soucie très peu des postes qu’il occupe. On le présente comme un c…”, insiste la source.
Pour Mame Matar Gueye, l’objectif de JAMRA n’a jamais été de diaboliser ou de mener la chasse aux sorcières à qui que ce soit. Ce dont il s’agit, c’est de barrer la route à ces malfrats qui ne se contentent plus de s’adonner à des comportements déviants. Ils se sont jurés de propager ce mal dans la société et c’est devenu un vrai problème de salubrité publique. “Ils ne se limitent plus à leurs pratiques abominables. Ils entreprennent maintenant d’élargir leur champ d’influence en créant des groupes WhatsApp, en piégeant des jeunes en leur promettant monts et merveilles, profitant de leurs situations de vulnérabilité, avec l’appui de bailleurs étrangers. Si on ne prend pas des mesures, ils vont détruire notre jeunesse, parce qu’ils ont beaucoup de moyens grâce à ces lobbys.”
Avec le procureur Dicko, se réjouit-il, le combat a pris une dimension inédite. “On les traque jusque dans les groupes WhatsApp pour démanteler les réseaux, ce qui est inédit. Nous avons donné tout ce que nous avions comme éléments aux autorités en qui nous faisons entièrement confiance…. Ce n’est plus une affaire de religion ou de morale, c’est devenu une affaire de santé publique. C’est devenu un impératif de les combattre. Le procureur tient compte de toutes ses dimensions et nous l’encourageons”, souligne le responsable à l’ONG JAMRA, qui estime que la traque est loin de s’épuiser.
“En 2019 déjà, je vous disais que les couches les plus inattendues, les plus insoupçonnées, sont dedans. Je vous disais qu’il y a des journalistes, des personnes proches de khalifes généraux, des acteurs du showbiz…. Vous en doutiez mais je pense que maintenant tout est clair. Et je puis vous dire que ce n’est pas fini. Pour les journalistes, nous en avions identifié 11. Pour le moment on en est à 5. Je pense aussi que prochainement, ce sera au tour des lesbiennes”, informe Matar Gueye.
Pour attester du niveau de gravité de la situation, il affirme que la plupart des personnes interpellées sont aussi poursuivies pour pédophilie. “Sur la cinquantaine d’arrestations, la moitié est poursuivie non seulement pour homosexualité, mais aussi de pédophilie, selon les résultats de l’enquête”, rapporte-t-il, félicitant les enquêteurs, en particulier leur chef, le procureur Saliou Dicko.
Sorti du CFJ en 2005, ce dernier a été nommé juge suppléant dans le ressort de la Cour d’Appel de Dakar par décret n°2006-205 du 02 mars 2006. Affecté dans un premier temps au tribunal de Dakar comme substitut du procureur de la république par intérim, il rejoint son premier poste en tant que titulaire au tribunal départemental de Bambey. Poste qu’il cumule avec celui de substitut au tribunal régional de Dakar. Il servira tour à tour à Kaolack et Saint-Louis avant de revenir à Dakar, où il a eu à occuper le poste d’avocat général.
Présenté comme un proche de l’ancien ministre de la Justice, il est devenu procureur plein de la très stratégique juridiction de Pikine Guediawaye, où il est en train de faire un excellent boulot d’après de nombreux témoignages.
MOR AMAR







