Publié le 13 Jul 2021 - 18:22
GREVE DES TRANSPORTEURS D’AFTU

Les mille et un tracas des usagers et des personnels de l’Aftu

 

Un matin pas comme les autres pour les Dakarois. Ils subissent la colère des transporteurs des bus de transport en commun communément appelés ‘’Tata’’. En effet, après quatre jours d’alerte en portant des brassards rouges, les personnels de l’Association de financement des professionnels du transport urbain (Aftu) ont démarré, hier, une grève de deux jours, afin de remédier à leurs conditions de travail qu’ils jugent mauvaises et dénoncent des abus de leurs patrons.

 

Le constat est unanime ! Pas de bousculades au niveau des bus Tata, pas d’embouteillages à la sortie de la gare de Petersen.  Tous les moyens de transport aux couleurs bleu et blanc ne roulent pas. Ils sont là, garés, sans chauffeurs. Ces derniers avec leurs collègues receveurs, ont décidé de croiser les bras, hier et aujourd’hui. Ils réclament de meilleures conditions de travail. Ce qui devrait commencer par la signature de contrats.

La grève du personnel d’Aftu semble avoir pris de court les usagers. Beaucoup n’étaient pas au courant de la décision. Il leur était difficile de rentrer chez eux. Dans l’enceinte de la gare de Petersen, des usagers à la recherche de moyens de transport errent. Ils semblent perturbés, perdus. Ils sont obligés de se tourner vers les cars ‘’Ndiaga Ndiaye’’ qui ne desservent pas cependant toutes les destinations. Hommes et femmes, jeunes et adultes forment des groupes, selon les destinations, attendant un moyen de locomotion.

Yaya Badji, habitant à Keur Mbaye Fall, dit être surpris par cette grève. ‘’Comme d’habitude, je suis venu pour rentrer à Keur Mbaye Fall et c’est ici que j’ai su qu’ils sont en grève. Je prenais habituellement la ligne 55. Aujourd’hui, je suis en train de voir un autre moyen de transport’’, déclare-t-il. Un autre voyageur errant d’un bout à l’autre de la gare estime qu’il est du droit de ces travailleurs d’exiger de meilleures conditions. Ainsi, il comprend très bien leur mouvement d’humeur. Seulement, trouve-t-il, il ne faut pas perdre de vue l’intérêt général. Il est dommage que ce genre de situation survienne à de pareils moments de veille de fête. ‘’Que les responsables essayent de trouver un terrain d’entente. Il le faut surtout avec l’approche d’un évènement comme la Tabaski où l’affluence est importante’’, suggère-t-il.

Mariama Diallo, l’air perdu, tourne en rond pour trouver un car ‘’Ndiaga Ndiaye’’. Vêtue d’une robe rouge-bordeaux, le teint clair, elle également se dit surprise par la grève. ‘’Je regrette énormément d’être venue à Petersen aujourd‘hui. Je prenais habituellement les bus pour me rendre à Rufisque. Là, je ne sais que faire. Je suis obligée de prendre les ‘Ndiaga Ndiaye’ que je ne supporte pas du tout’’, regrette-t-elle.

Fatigués de se balader de gauche à droite sans trouver un véhicule pour rentrer, certains ont décidé de se poser pendant un moment pour se reposer. C’est sous le regard de quelques travailleurs d’Aftu regroupés ici pour sûrement apprécier les effets de leur grève. Après d’âpres négociations, Modou Diouf a accepté finalement de se confier. ‘’Ce travail est énormément dur. On démarre tous les jours à 4 h du matin pour ne descendre qu’à 21 h et c’est sans compter avec les embouteillages. On arrive généralement chez nous aux alentours de 00 h, parce que nous habitons en banlieue’’. Allongé sur les chaises d’un bus de la ligne 55, habillé d’un caftan beige, ce chauffeur ajoute qu’‘’avec ces heures de travail, il nous est impossible de prendre soin de nos familles, encore moins de nos épouses’’. Moustapha Diouf, chauffeur de la ligne 29, ajoute : ’’Depuis 2007, je travaille dans ce domaine, mais nos conditions de travail sont exécrables. La plupart des accidents de circulation survenus et incriminant les bus Tata sont dus à la fatigue des chauffeurs. Car nous n’avons pas suffisamment de temps pour nous reposer et d’échanger avec la famille.’’

Au-delà des heures de travail, ces derniers dénoncent également leur non-prise en charge, en cas d’accident. D’après eux, ‘’il n’y a aucune couverture maladie. Même en cas d’accident, tu n’as pas le droit de passer la nuit à l’hôpital, sauf si tu acceptes de payer pour le reste’’. ‘’Un jour, un de nos collègues a fait un accident sur l’autoroute à péage. Nous en avons parlé au patron et il a clairement dit qu’il n’a pas de quoi payer la prise en charge médicale de son chauffeur, encore moins lui assurer une prise en charge juridique. C’est nous qui avons collecté des sommes pour lui payer un avocat’’, se désole Moustapha Fall, receveur à Aftu.  ‘’C’est juste pour le premier jour qu’ils acceptent de prendre en charge nos frais médicaux et après, pour les tickets et les passements, toutes les charges nous reviennent‘’, ajoute Pape Lô, receveur des lignes 55 et 27.

  Très remonté contre les propriétaires des bus, ce jeune homme soutient ‘’qu’il n’y a aucun avancement dans ce métier, car les salaires ne sont pas stables. Pis, la paie journalière est maintenant devenue la tendance’’. En effet, le problème de salaire et d’embauchement a été également l’un des points à ‘’revoir’’. Ils affirment que l’essentiel des chauffeurs et receveurs ne sont pas bien payés et le reste se contente d’un travail de journalier. ‘’Pour les chauffeurs, c’est 100 000 F et 50 000 ou 75 000 F pour les receveurs. Et pour ceux qui ne sont pas embauchés, c’est 5 000 F que le conducteur perçoit par jour et 2 500 F pour le caissier. Et cette somme ne nous sert à absolument rien du tout. Cela ne peut même pas satisfaire nos dépenses à la maison’’, détaille Pape Lô qui signale que ‘’s’ils sont capables d’acheter des bus, c’est grâce à nous. Donc, qu’ils nous rendent la monnaie de la pièce’’.

C’est dans ce même sillage que s’inscrivent les propos de Moustapha : ‘’Ce ne sont que les transporteurs qui trouvent leur bonheur dans ce secteur. Personne d’entre nous n’est capable d’épargner 100 000 F CFA l’an. Chaque année, ils s’achètent deux à trois bus, alors que nous qui leur donnons cet argent n’arrivons même pas à nous acheter un écrou.’’ 

‘’Nous sommes incapables de baptiser nos enfants comme il se doit, par faute de moyens. Quand quelqu’un doit fêter la naissance de son fils, c’est nous qui l’assistons financièrement pour qu’il puisse s’acheter un mouton et les nécessités pour la cérémonie’’, souligne toujours le chauffeur de la ligne 29.

ARAME FALL NDAO (STAGIAIRE)

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