Publié le 20 Jun 2024 - 10:30
KOLDA – AFFRONTEMENTS À MÉDINA GOUNASS

Les dessous d’une vieille rivalité

 

Le calme est revenu dans la cité religieuse de Médina Gounass, située dans le département de Vélingara, à l’est de la région de Kolda. Les récents affrontements entre les communautés al pulaar et foulacounda ont fait un mort et 82 blessés, dont cinq atteints par balle. Les tensions remontent à plusieurs décennies.

 

Des routes désertées et jonchées de pierres, des boutiques et des magasins vandalisés, des maisons incendiées, des sapeurs-pompiers qui tentent par-ci, par-là de circonscrire les flammes. C’est le décor amer que l’on a constaté à Médina Gounass, ces 72 dernières heures. Une ville fantôme devenue méconnaissable.

Il est 10 h, en ce mardi 18 juin. La cité religieuse, distante de Kolda de 159 km par la route, est devenue le théâtre d’affrontements entre la communauté toucouleur et celle des Foulacounda. Ici, la tension est palpable.

‘’Nous n’osons plus sortir, au risque d’être attaqués par les Toucouleurs. Ils ont attaqué sans répit et sans cesse. Depuis la Tabaski, nous avons déjà enregistré des blessés’’, raconte Saidou Baldé, un des talibés du marabout des Foulacoundas.

Du côté des Toucouleurs, c’est la même peur qui anime également Thierno Amadou Ba. ‘’Vraiment, ce sont les Foulacoundas qui sont toujours les premiers à nous attaquer. C’est pourquoi nous ripostons et cela cause toujours des blessés. Vraiment, c’est regrettable, mais nous n’avons pas le choix. Nous ne pouvons pas nous laisser faire jusqu’à nous faire tuer’’, raconte, de son côté, Amadou Ba.

En effet, en l’espace de quelques minutes, Médina Gounass est devenue un Far West où la vie n’a tenu qu’à un fil. Pendant deux jours, la commune a vécu au rythme des affrontements entre habitants. Mais dès le coucher du soleil, la ville devenait fantôme. Un silence saisissant troublé uniquement par les cris de certains animaux et des insectes.

L’appel du ministre Jean-Baptiste Tine

Au vu de la gravité de la situation à Médina Gounass, l’État a dépêché le ministre de l’Intérieur et de la Sécurité publique. Sur place, Jean-Baptiste Tine a rencontré les deux guides religieux avant d’appeler au calme et à la paix. ‘’J’ai visité les deux khalifes des deux communautés au nom du chef de l’État Bassirou Diakhar Diomaye Faye, du Premier ministre et de l’ensemble du gouvernement pour appeler au calme, à la paix, à la sérénité et à la retenue, en attendant d’ouvrir les enquêtes pour voir exactement ce qui s’est passé et apaiser la situation ici à Médina Gounass’’, a déclaré Jean-Baptiste Tine à l’issue de ses audiences.

Une visite et un appel suivis d’effets, puisque le calme est revenu, hier mercredi, à Médina Gounass. Dans un communiqué, les services du général Tine informent que les blessés ont été bien pris en charge au centre de santé de Médina Gounass et au centre hospitalier régional de Tambacounda, et que beaucoup d’entre eux sont déjà retournés chez eux.

Ils ajoutent que l’État a pris toutes les dispositions utiles et nécessaires afin de garantir la sécurité et le bon ordre dans la cité religieuse de Médina Gounass. ‘’Le gouvernement réitère son appel au calme et à la retenue afin de sauvegarder la paix sociale. Mais il restera intransigeant contre les fauteurs de troubles, de quelque bord qu’ils soient. À cet effet, il a été procédé à des interpellations et une enquête a été ordonnée, afin que le droit soit dit dans toute sa rigueur’’, informe la note.

Malgré le calme qui est revenu, après les appels à la paix du ministre de l’Intérieur et des deux guides religieux, la peur règne à Médina Gounass. ‘’Nous voulons que l’État renforce les éléments de la sécurité pour sauver nos vies. Nous sommes très inquiets de jour comme de nuit avec nos enfants et nos femmes’’, demande un septuagénaire qui joint sa voix à l’appel au calme.

Des tensions anciennes

Les habitants invitent l’État à trouver une solution durable à leur problème qui date de 1979, afin de sortir la cité religieuse de cette crise et de permettre aux populations de retrouver définitivement la paix. D’autant que les inimitiés sont profondément enfouies dans les cœurs au sein des deux communautés belligérantes.

Même si on tient de source sécuritaire que les derniers événements ont été causés par les incidents en marge de la prière de la Tabaski, avec l’attaque du cortège du khalife général de Médina Gounass, Thierno El hadj Ahmadou Tidiane Ba, à coups de pierres.

D’ailleurs, à la lumière de ces événements sanglants, il apparaît qu’énormément d’armes à feu circulent dans la cité religieuse. Selon nos informations, chaque famille à Médina Gounass dispose d’une ou de plusieurs armes, en prévision d’éventuels affrontements entre ces communautés al pulaar et foulacounda.

Si les tensions sont latentes, depuis quelques décennies, l’avènement du régime de Macky Sall a contribué à les exacerber. Car, selon nos sources, Médina Gounass a été l’épicentre du pouvoir sortant. Les anciens dirigeants ayant mis beaucoup de moyens pour soutenir la communauté et en faire un levier de pouvoir. Ce faisant, cela a contribué à aiguiser les appétits. Dans la mesure où s’y dispute le pouvoir entre les héritiers de sang et les légitimistes.

Une situation complexe qui a fini de transformer la cité en une véritable poudrière. Et la dernière sortie des partisans de l’actuel khalife augure de lendemains incertains. Ils accusent l’autre partie d’avoir tendu un guet-apens à leur khalife et avancent la thèse de la jalousie pour expliquer l’attaque.

De plus, ils se sont offusqués de la présence du capitaine Seydina Oumar Touré, actuel DG l'Agence d'assistance à la sécurité de proximité (ASP), dans la délégation du ministre. Car ils affirment qu’il est contre leur khalife. 

Leur porte-parole va plus loin, en insinuant que les autorités actuelles ont pris fait et cause pour l’autre camp. Notamment sa série de questionnements sur l’état de la vitre blindée de la voiture du khalife, les pierres jetées dans la maison du khalife, malgré la présence de la gendarmerie. Il exige une enquête pour situer les responsabilités et connaître ce qui se cache derrière cette attaque.

82 blessés, dont cinq atteints par balle

En attendant, le bilan des affrontements reste terrible. Le mardi 18 juin, 16 blessés, dont cinq atteints par balle, ont été enregistrés, selon le médecin-chef du centre de santé de Médina Gounass. ‘’Nous avons reçu 16 blessés pris en charge au niveau du centre de santé. Parmi ces blessés, quatre ont été évacués à l’hôpital de Tambacounda. Ce sont des blessés par balle avec des plaies perforantes. Il y a également un autre blessé par balle qui vient d’arriver. Nous attendons de les évacuer à Tambacounda’’, confiait le docteur Alassane Ba, le lendemain de la Tabaski.

En plus de ces 16 blessés du mardi, 66 autres ont été enregistrés le jour de la Tabaski. ‘’Pour la journée d’hier (lundi), poursuivait-il, nous avons eu à prendre en charge 66 blessés. Nous avons eu à évacuer quatre autres blessés graves à l’hôpital régional de Tambacounda parmi les 66 enregistrés. Ces patients référés à l’hôpital de Tambacounda souffrent de traumatismes crâniens et de polytraumatismes. Nous avons juste mis en condition suturée pour arrêter les saignements, avant de les envoyer à Tambacounda’’.

Le patron du centre de santé de Médina Gounass déplorait, cependant, un décès. ‘’Il s’agit d’un enfant. Son corps est toujours à la morgue, en attendant la décision des autorités judiciaires pour les besoins d’autopsie’’.
D’ailleurs, face à la tournure des événements, les autorités sanitaires de Kolda ont pris la décision de renforcer le centre de santé de Médina Gounass en ressources humaines et en médicaments, pour assurer une prise en charge correcte des patients. ‘’Des dispositions sont prises pour les renforcer rapidement en ressources humaines, notamment en infirmiers et en médecins. Nous sommes en train de faire le point et des agents vont les rejoindre rapidement pour étoffer l’équipe et qu’ils puissent travailler dans de bonnes conditions’’, renseignait le directeur régional de la Santé de Kolda.

NFALY MANSALY

Section: 
MIGRANTS SÉNÉGALAIS AU MAROC
CAISSE DE SÉCURITÉ SOCIALE
ENSEIGNEMENT : L’État rationalise les instances administratives
ALIOUNE NDOYE, MAIRE DE DAKAR PLATEAU : ‘’Si l’État veut qu’on arrête, qu’il nous le notifie de manière officielle’’
KOLDA / DANGER PONT DE HILÈLE : Des boulons volés, le gouverneur lance la traque
ESCROQUERIE ET CHARLATANISME : Le marabout récidiviste a promis de démultiplier les 150 millions d'un mareyeur
ARRESTATION DE MAMADOU BILLO BAH ET D’OUMAR SYLLA EN GUINÉE : L’association Tournons la page Sénégal broie du noir
NOMINATIONS DU NOUVEAU RÉGIME : Quand et qui pour Matam ? 
PLACE DES FEMMES DANS LES FORCES ARMÉES : Ces défis qui attendent le Sénégal
SAISIES RECORD DE COCAÏNE À KOUMPENTOUM : En 5 mois, la douane a mis la main sur 721 kg de cocaïne  
MOBILITÉ INNOVANTE AU SÉNÉGAL : Des véhicules 100 % électriques arrivent
PASSATION DE SERVICE : La feuille de route du nouveau DG du Cices
Kafountine
RÉFLEXIONS SUR UNE BIENNALE DE L’ART AFRICAIN CONTEMPORAIN REPORTÉE : Le  OFF du Dak’ART 2024 du LebergerdelîledenGor : LA LIBERTÉ DE SE DÉPLACER
EXPLOSION DE BONBONNES DE GAZ 90 % des cas sont dus à la qualité des brûleurs
PROJET EFFORT À THIÈS : La quête de l’emploi décent pour les femmes et les jeunes
DRAME À KAFFRINE : Le policier se serait tiré une balle dans la tête
Accident tragique
Crise au Sahel
POUR ÉVITER LES TRANSITIONS ANTIDÉMOCRATIQUES EN AFRIQUE : Wanep implique les jeunes dans la réflexion