Publié le 24 Jun 2026 - 08:45
RÉVISION CONSTITUTIONNELLE  

Samm Sunu Senegaal alerte et plaide pour un référendum

 

La révision constitutionnelle en débat au Sénégal dépasse le cadre d’un simple ajustement juridique et soulève des enjeux majeurs d’équilibre des pouvoirs. Face à ces transformations jugées structurantes, Cheikh Oumar Sall, membre de Samm Sunu Senegaal, appelle à un référendum afin de garantir une légitimité populaire directe.

 

La réforme constitutionnelle en cours au Sénégal alimente un débat politique et institutionnel d’ampleur. Pour Cheikh Oumar Sall, membre de Samm Sunu Senegaal, les changements envisagés vont bien au-delà d’un simple ajustement juridique. Ils touchent, selon lui, au cœur de l’architecture de l’État, à l’équilibre des pouvoirs et aux fondements de la légitimité démocratique. Dans une analyse approfondie, il appelle à un recours au référendum afin de permettre au peuple sénégalais de se prononcer directement sur ces transformations majeures. D’emblée, l’analyste insiste : la révision en discussion ne saurait être considérée comme une réforme technique. « Nous sommes face à une véritable reconfiguration de l’architecture institutionnelle de l’État », affirme-t-il. Si l’article 103 de la Constitution encadre les modalités de révision, autorisant une adoption par voie parlementaire ou référendaire, Cheikh Oumar Sall estime que la nature des changements impose une validation populaire. Dès lors que l’organisation des pouvoirs publics est concernée, la légitimité démocratique ne peut, selon lui, être contournée.

Parmi les innovations majeures figure la transformation du Conseil constitutionnel en Cour constitutionnelle. Une évolution qui pourrait, selon l’auteur, renforcer le contrôle juridictionnel et élargir les compétences de l’institution, notamment en matière électorale et politique. Mais cette mutation soulève une interrogation centrale : celle du mode de désignation des juges. « Celui qui détient le pouvoir d’interpréter la Constitution détient une part essentielle du pouvoir politique », souligne-t-il. Pour lui, l’indépendance de la future Cour dépendra directement des mécanismes de nomination qui seront retenus. Autre point sensible : le renforcement des prérogatives du Premier ministre. Cheikh Oumar Sall observe un possible transfert progressif de responsabilités de la Présidence vers la Primature. Une évolution qui, selon lui, pose un problème de cohérence démocratique.

« Le Président est élu au suffrage universel, contrairement au Premier ministre. Si l’essentiel de l’action publique relève de ce dernier, c’est à lui que reviendra le bénéfice politique des résultats », analyse-t-il. Une situation qui pourrait, à terme, brouiller les lignes de responsabilité politique au sommet de l’État. La réforme prévoit également d’interdire au Président de la République de diriger un parti politique pendant son mandat. Si Cheikh Oumar Sall salue le principe, il questionne son application. Pourquoi cette exigence ne s’appliquerait-elle pas au Premier ministre ou au président de l’Assemblée nationale, eux aussi détenteurs de pouvoirs institutionnels significatifs ? « Plus le pouvoir s’élargit, plus la neutralité doit s’élargir avec lui », plaide-t-il, appelant à une cohérence globale dans l’organisation des institutions.

L’analyse rappelle également les limites posées par le Conseil constitutionnel, notamment sur la forme républicaine de l’État, le mode d’élection du Président et la limitation des mandats. Autant de principes intangibles qui doivent, selon lui, encadrer toute réforme. Par ailleurs, le renforcement du rôle du Parlement, autre axe de la révision, n’est pas sans risques. Si un contrôle accru peut favoriser la transparence, Cheikh Oumar Sall met en garde contre d’éventuelles dérives : pressions politiques sur la justice, instrumentalisation des commissions d’enquête ou confusion entre vérité judiciaire et vérité politique.

Au-delà des institutions, l’auteur appelle à une réflexion sur le mode de représentation des citoyens. Il critique notamment certaines limites du système actuel et plaide pour des circonscriptions davantage ancrées dans les réalités territoriales. « La qualité du pouvoir commence toujours par la qualité de la représentation », insiste-t-il, estimant qu’un lien plus étroit entre élus et citoyens renforcerait la responsabilité politique. Pour Cheikh Oumar Sall, les prochaines élections locales constitueront un test grandeur nature de cette nouvelle architecture institutionnelle. Elles permettront d’évaluer l’impact concret des réformes et la capacité des forces politiques à s’implanter durablement. À l’horizon 2029, plusieurs scénarios se dessinent : stabilité au sein de l’exécutif ou recomposition des rapports de force politiques.

En conclusion, Cheikh Oumar Sall lance un appel direct au président Bassirou Diomaye Faye. Si la Constitution autorise une adoption parlementaire, il estime que les enjeux actuels exigent un recours au peuple. « Lorsque les révisions touchent au cœur même de la République, le recours au peuple devient un devoir », affirme-t-il. Pour lui, soumettre la réforme à référendum ne serait pas un aveu de faiblesse, mais une preuve de confiance dans la souveraineté populaire. « Les grandes réformes gagnent en solidité lorsqu’elles sont validées par les citoyens », conclut-il, rappelant que « les nations se construisent par les textes, mais se consolident par la confiance entre l’État et son peuple ».

Ndeye Diallo (Thiès)

Section: