Publié le 23 Sep 2015 - 00:23
« RSP FORCE ONE »

Ouaga, capitale de la fiction politique ou la saga des soldats comédiens

 

Il  s’autoproclame président, tient en haleine le monde politico-militaire et civil, occupe les medias, fait déplacer des chefs d’État, fait exécuter l’hymne national pour ses hôtes et décide de quitter le pouvoir après 72h. C’est Général Diendéré qui est le réalisateur de ce de cette tragicomédie. Comme si nous y étions au cinéma…

 

Nous aimons le cinéma burkinabé avec son paysage africain, ses mythes et ses rites, autant nous détestons les scenarii dramatiques et les parades portés à l’écran par les soldats du régiment de la sécurité présidentielle (Rsp).

Après le fameux coup d’état de Compaoré et l’assassinat du capitaine Thomas Sankara, de vrais-faux réalisateurs à l’image du Général Gilbert Diendéré sortent subitement de l’anonymat pour s’emparer de la télévision et du pouvoir, devenant des acteurs de leur propre film.  Il met le pays dans le chaos alors que le peuple s’oppose  à son intronisation forcée.  Un forcing qui a fait près de 10 morts et 113 blessés parmi les manifestants. Et l’ami de Blaise Compaoré prétend remettre Burkina sur les rails à travers cette déclaration : «  Nous sommes passés à l’acte pour empêcher la déstabilisation du Burkina ». Cet alibi du Général putschiste ou plutôt la trame, annonce le début du film « Rsp force one » dont le synopsis met en exergue le kidnapping du président Michel Kafando, son Premier ministre Zida et les membres de son gouvernement en plein conseil des ministres.  Les ravisseurs prennent le palais s’adjugent du trône et assurent la transition de la transition…avant de décider de laisser la place à une autre transition.

On se croirait à Hollywood pour ne pas dire au Fespaco en déroulant ce scenario tragi-comique. En effet, cela ne peut arriver que dans une fiction politique digne des épisodes de 24 h chrono ou de scandal  d’Olivia Pop.

Gilbert a été malheureusement bien inspiré par les terroristes mis en évidence dans ces fictions politiques étrangères qui sont loin de ressembler aux sulfureuses épisodes burkinabe tels que  commissariat tampy, Taxi brousse, et aux belles séquences de Yaba , Laada (la tradition) déroulées jusque-là  par les génies du 7 art africain.

Ce longiligne Diendéré va certainement  inspirer les réalisateurs adeptes de la comédie et de la fiction politique. Ce fut le cas avec capitaine Dadis Camara qui a donné une idée à l’humoriste français Fabrice Eboué réalisateur du film le Crocodile du Botswanga qui a travers cette production caricature les dictateurs africains.

Nous voilà entrain de suivre le film le plus sordide du  « cinéma  politique » africain réalisé par l’homme contesté du peuple burkinabé. A l’endroit du conseil des ministres l’homme justifie le mobile de « son crime » en déclarant « vous avez bouffé…Vous avez empêché les autres de bouffer…Nous aussi nous allons bouffer… » Faut-il en rire ou en pleurer ? C’est ça le pouvoir ? Gilbert le comprend ainsi en quittant la caserne pour intégrer le système politique du pays des hommes intègres.

Mais comme disent les enfants cinéphiles, le chef de bandit meurt toujours au dernier épisode. Ainsi cet élément du très craint Régiment de la Sécurité Présidentielle (RSP) « n’aura bouffé » que le temps d’une folie « pouvoiresque », son règne ne durerait que 72 heures. Cette armée du Palais selon les recommandations de la Charte d la transition doit être dissoute. Maintenant le Général demande-t-il un accord pour en fin bouffer ? C’est peut-être le der de Diendéré puisqu’il va refiler l’écharpe présidentielle aux civils à la suite des médiations entreprises par les Présidents Macky Sall et Yaya Boni et d’intenses négociations  avec les  différents  acteurs  de  cette  impasse  politique  aux  forts  relents  de  farce  de  mauvais gout. Le jury composé par les membres du balai citoyen va décerner alors à  Diendéré  la  palme  de la farce, mieux le caméléon de Yenenga après avoir visionné, commenté et annoté son film inscrit dans le Festival des Piètres Acteurs et Comédiens (Fespaco).  Clap !  

Ibrahima Benjamin DIAGNE

 Journaliste-politique

 Doctorant en Gestion des produits télévisuels

 

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