Publié le 4 Aug 2026 - 17:15
PROFIL - ANAKÉ

Quand la Casamance fait vibrer le reggae

 

Entre traditions, panafricanisme et conscience sociale, le jeune artiste fait de sa musique un plaidoyer pour une Afrique fidèle à ses racines.

 

Chez ANAKÉ, le reggae n'est pas une mode. C'est une manière de regarder le monde. Lorsqu'il monte sur scène, il ne cherche pas seulement à faire danser son public. Il veut transmettre une idée, provoquer une réflexion, rappeler qu'une chanson peut encore porter une parole, raconter une histoire et nourrir une conscience. Cette conviction plonge ses racines à Kafountine, en Casamance, où il grandit au rythme des sonorités qui s'échappent des enceintes de ses grands frères. Très tôt, les chansons de Bob Marley, Lucky Dube ou Alpha Blondy accompagnent son quotidien. Elles éveillent chez lui une sensibilité qui ne le quittera plus.

« Le reggae m'a accompagné depuis l'enfance. En grandissant, j'ai compris qu'il était le meilleur moyen d'exprimer mes convictions et de transmettre des messages d'espoir et de paix », confie-t-il. Pourtant, ses débuts artistiques ne se font pas dans le reggae. En 2012, il choisit le hip-hop, un univers qu'il considère aujourd'hui comme une étape naturelle de son parcours. « Hip-hop et reggae sont deux musiques de conscience et de résistance », explique-t-il. Le passage de l'un à l'autre ne relève donc pas d'un changement de cap, mais d'une continuité.

Si le reggae constitue son langage musical, la Casamance en est l'accent. Anaké puise dans les rythmes traditionnels, les chants et les sonorités de sa région pour construire une identité qui lui ressemble. Chez lui, les percussions locales dialoguent naturellement avec la basse du reggae, sans jamais donner l'impression d'un assemblage artificiel. « La Casamance m'a donné une identité, des rythmes, des histoires et une manière de voir le monde que je veux partager », résume-t-il. Cette fidélité à ses origines se retrouve également dans les langues qu'il utilise. Wolof, diola, mandingue, français et anglais cohabitent dans ses chansons. Un choix artistique, mais aussi politique. Pour lui, défendre les langues africaines revient à préserver une mémoire collective et à affirmer une identité culturelle souvent reléguée au second plan.

Chez Anaké, les textes occupent autant de place que les mélodies. Panafricanisme, justice sociale, corruption, droits des femmes, vivre-ensemble ou encore sauvegarde des traditions africaines traversent son répertoire. Des morceaux comme Un monde meilleur, Burn Dem All, Beautiful Women, Casa Moussol ou Maram Kairé témoignent de cette volonté de faire de la musique un espace de réflexion. « Depuis mes débuts, j'ai toujours voulu dénoncer les injustices et éveiller les consciences.

L'Afrique possède une immense richesse culturelle, une jeunesse exceptionnelle et des ressources considérables. Nous devons raconter nous-mêmes notre histoire », affirme-t-il. Une ligne artistique qu'il assume pleinement, convaincu que le reggae demeure l'une des musiques les plus aptes à porter un message universel.

L'année 2026 marque une étape décisive avec la sortie de son premier album, Bukut. Le choix du titre est hautement symbolique. En Casamance, le Bukut renvoie au rite initiatique qui marque le passage vers une nouvelle étape de la vie. Pour Anaké, cet album joue le même rôle. « Il raconte mon parcours, mes racines, mes convictions et mon ouverture au monde. » À travers ce premier opus, l'artiste revendique un équilibre entre spiritualité, héritage culturel et ouverture sur les musiques du monde. Le projet reçoit un accueil favorable lors de son showcase de lancement, confortant un parcours déjà salué quelques mois plus tôt.

Après avoir été nommé dans quatre catégories lors de la première édition des Reggae Awards Sénégal, Anaké décroche le trophée de Révélation Reggae 2026. Une distinction qui s'ajoute à sa nomination, l'année précédente, aux Casamance Music Awards dans la catégorie du meilleur artiste casamançais. Pour lui, cette reconnaissance constitue moins un aboutissement qu'un engagement supplémentaire. « Ce trophée m'encourage à représenter dignement le reggae sénégalais et à faire rayonner notre culture. »

L'artiste poursuit également son ouverture à l'international grâce à plusieurs collaborations, notamment avec les musiciens suédois Ombre Zion et Papa Sound. Ces expériences renforcent sa conviction que les influences extérieures ne prennent leur sens qu'à partir d'un ancrage solide. « J'ai découvert d'autres façons de vivre la musique, mais j'ai surtout compris que nos racines restent notre plus grande force. »

Une génération qui assume ses racines

Sur scène, Anaké cherche avant tout à créer une communion avec son public. Chaque concert devient un espace où les messages de paix, de solidarité et d'unité prennent vie au rythme des basses du reggae. À seulement quelques années de carrière, il s'impose progressivement parmi les nouvelles figures du reggae sénégalais. Son parcours rappelle qu'il est possible de dialoguer avec le monde sans renoncer à ses racines, de mêler les traditions africaines aux sonorités universelles sans perdre son identité.

Lorsqu'on lui demande de résumer sa mission en une phrase, il répond sans hésiter : « Éveiller les consciences par la fusion de nos racines et du reggae, afin de léguer à la jeunesse sénégalaise et africaine la certitude qu'elle possède en elle la richesse, le savoir et la puissance nécessaires pour bâtir son propre avenir. » Cette ambition dépasse le cadre de la musique. Elle dit aussi la volonté d'une génération d'artistes qui voient dans la culture non seulement un espace de création, mais aussi un levier de transmission, de mémoire et d'émancipation.

Fatou Ba

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