Publié le 22 Nov 2024 - 12:18

BAISSE DE LA PRODUCTION NATIONALE D’ARACHIDE ET TENSION SUR LE MARCHE DES OLEAGINEUX

 

En dépit de l’augmentation de 20% du budget alloué par les pouvoirs publics à la préparation de la présente campagne agricole, passant de 100 milliards en 2023 à 120 milliards pour 2024, la production nationale d’arachide attendue, devait être sensiblement inférieure à celle de l’hivernage dernier. Ce paradoxe qui marque une décroissance de la production nationale d’arachide pouvant affecter une bonne partie d’un secteur névralgique à travail intensif, provient de la conjugaison de deux facteurs défavorables assez contraignants : nous avons d’une part, l’effet des aléas climatiques qui ont été particulièrement éprouvants sur les cultures cette année et, d’autre part, la mauvaise qualité des semences  dénoncée à l’époque par les organisations paysannes.

Si l’on peut valablement s’interroger sur les écarts assez importants relevés sur les prévisions de récolte autour de 1,7 million de tonnes pour la campagne 2023-2024 et les réalisations autour de 800 000 tonnes pour cette même campagne, soit presque la moitié des prévisions, il n’en demeurera pas moins vrai que les réalisations pour cette année seront indubitablement inférieures à celles de l’année dernière au vu des contraintes citées plus haut.800 000 tonnes  constituent le seuil critique pour satisfaire les besoins internes tant pour la consommation diffuse que celle relative à la capacité de trituration des huiliers .

C’est dire que nous allons assister à une diminution de l’offre nationale d’arachide et, concomitamment, une augmentation naturelle de la demande intérieure et internationale pour ce bien stratégique, provoquant une tension sur le marché national. Cette tension déjà perceptible lors de la campagne précédente ira crescendo. C’est dire que les pouvoirs publics devraient tenir compte des conditions actuelles du marché  d’insuffisance de l’offre pour fixer un prix plancher du kilogramme d’arachide qui devrait somme toute connaitre une hausse significative autour de 10%  à minima  par rapport au prix antécédent de 280F le kilogramme, soit 308F pour ne pas obérer les revenus monétaires des paysans producteurs au regard des couts engagés et des cours mondiaux. Cette fixation du prix plancher du kilogramme d’arachide à 308F permettra également de compenser les pertes implicites subies par le monde paysan consécutives à la mesure de suspension des exportations d’arachide prise cette année. Dans les conditions où il y a une baisse de la production et une prohibition des exportations, nous ne pourrions pas comprendre que le prix du kilogramme d’arachide ne subisse pas une augmentation assez sensible.

S’il est vrai que la mesure de suspension des exportations d’arachide  va dans le sens de protéger nos industries de transformation pour une plus grande valeur ajoutée et d’assurer la sécurité alimentaire des populations, il est aussi vrai que les revenus des paysans subiront des baisses assez significatives avec le départ des importateurs chinois qui proposaient des prix plus rémunérateurs.

Toutefois, pour les mêmes objectifs de protection des industries de transformation, les pouvoirs publics pouvaient bien opter, non pas à une suspension  des exportations d’arachide, mais, à l’instauration d’une taxe à l’exportation sur l’arachide assez prohibitive pour décourager les sorties et, d’une surtaxe sur l’importation des produits oléagineux pour une meilleure compétitivité-prix des produits concurrents internes. Cette double taxation plus productive aurait permis en même temps, de renforcer la production nationale d’huile d’arachide, de favoriser le consommer local à des prix compétitifs et d’accroitre les recettes de l’état dans une situation de tension de trésorerie, mais aussi et surtout, de ne pas amoindrir les revenus monétaires des producteurs paysans qui constituent 65% de la population active du Sénégal. Il s’y ajoute que la double taxation à l’exportation et à l’importation aurait l’avantage de respecter les règles de l’OMC interdisant aux membres d’introduire ou de maintenir toute forme de prohibition ou de restriction à l’exportation autres que des droits de douane, taxes ou autres impositions.

Kadialy Gassama, Economiste

Rue Faidherbe  X Pierre Verger

Rufisque

Section: 
Le mépris du peuple est aussi est un symptôme de l’aliénation systémique
L’AJUSTEMENT PROGRESSIF : La seule vraie solution économique au contexte sénégalais
DE LA DÉMISSION DE LA PENSÉE : Quand l’intellectuel se fait courtisan
RÉGULER POUR TRANSFORMER : Les sept priorités d’une ARTP au service du Sénégal numérique
LETTRE OUVERTE AU PRÉSIDENT DE LA RÉPUBLIQUE, M. BASSIROU DIOMAYE FAYE, ET AU DG DE L'APIX, M. BAKARY SÉGA BATHILY 600 hectares de Toubab-Dialaw : vous n’avez pas le droit de sacrifier un peuple
Chroniques pour un Sénégal souverain et juste N° 01 · Août 2026 De la croissance aux citoyens : Pour une transformation territoriale de la performance économique du Sénégal
Le Parti socialiste n’est pas à vendre
AGETIP : Qu’en est-il en termes de procédure ?
DISCOURS DU PR PAPA FARY SEYE : QUAND LA PAROLE ÉDUCATIVE DEVIENT UNE PENSÉE DE LA RÉPUBLIQUE Un discours pour penser l’excellence, l’école et la République
Comment mettre le savoir au service du pouvoir au Sénégal ?
LES FONDS SPÉCIAUX AU SÉNÉGAL : Une catégorie fantôme dans la République ?
MOBILISER LA DIASPORA SCIENTIFIQUE : De l’opportunité à la stratégie pour le Sénégal et l’Afrique
RECOMPOSITION POLITIQUE POST-ALTERNANCE : Le débat initié par le ministre Abdou Fall sur les mutations en cours du système partisan sénégalais, mérite désormais d'être regardé comme un véritable exercicPréparer une succession ou réinventer une espérance ?
LE GRAND MAGAL DE TOUBA : Un puissant levier de souveraineté économique pour le Sénégal
POLITIQUES ENVIRONNEMENTALES AU SÉNÉGAL : Entre urgence climatique, gouvernance internationale et réalités locales
QUINQUENNAT OU SEPTENNAT : Ne créons pas un problème là où la Constitution a déjà tranché
ENJEUX DE LA RÉVISION DE LA CONSTITUTION DANS UN CONTEXTE DE SCISSION AU SEIN DE PASTEF-LES PATRIOTES : Wërwërloo beek wiiri wiiri bi, du ko teree jaari ndaari !
SONKO / DIOMAYE : La rupture définitivement consommée
SÉNÉGAL : Le grand théâtre de la fidélité sélective
KIIRAY, OU L’EXIGENCE DE REFAIRE LA RÉPUBLIQUE : Quand un parti politique choisit de placer la Nation au-dessus de lui-même