Publié le 27 Jan 2026 - 21:53
NÉCROLOGIE

Christian Valantin : mémoire de notre histoire institutionnelle et diplomatique et emblème de l’unité culturelle du Sénégal

 

Christian Valantin est décédé à Paris à l’âge de 96 ans. Il était un des derniers grands hommes, témoins de l’époque où Léopold Sédar Senghor eut à diriger le Sénégal.

Le Sénégal lui rendra un hommage c’est certain, du fait de sa prégnance dans une partie de notre Histoire, de Senghor à Abdou Diouf, aux côtés d’hommes qui auront travaillé à fonder cette République Sénégalaise que nous avons en commun, et à façonner son admirable administration.

Christian Valantin a participé à l’évolution et à la construction de ma vie d’homme et c’est pour cette profonde raison que je lui dois hommage, en témoignant de la stature immense de cet homme, de l’amour qu’il avait pour notre pays, le Sénégal, et de la passion qu’il éprouvait pour sa ville natale Saint-Louis.

Sa trajectoire exceptionnelle l'a conduit à mener de front une carrière administrative et politique de premier plan. Dès l'aube des indépendances, il a servi comme chef de cabinet de Léopold Sédar Senghor, alors que ce dernier présidait l'Assemblée Fédérale du Mali entre 1959 et 1960. Il a ensuite exercé les fonctions de Gouverneur de la Région de Thiès de 1961 à 1962, avant de retrouver la Présidence de la République du Sénégal en tant que directeur de cabinet du Chef de l'État de 1966 à 1968.

L’homme que nous perdons aujourd’hui, était une belle mécanique intellectuelle, qui portait en lui une grande idée de l’Etat et de la République, dont il fut tout de même un des pères fondateurs, avant d’être un brillant animateur de ce foisonnement intellectuel que fut le Club Nation et Développement aux côtés de Babacar Ba et d’Alioune Sène, Louis Alexandrenne, Mamadou Touré, entre autres. Les échanges y étaient féconds, les débats de haute facture, portés par des hommes au leadership aiguisé. Ce Think Thank avant l’heure, où des Sénégalais, souvent jeunes et patriotes, venaient s’abreuver aux exigences de la politique et du développement économique, fut le lieu où je connus Christian Valantin, en compagnie d’autres jeunes congénères emplis de curiosité et de talents.  Ces hommes moulés dans des principes Républicains nous ont guidés et convaincus de la haute valeur de notre pays.

Cet investissement affectif envers cette génération dont Christian Valantin pressentait l’éclosion, le conduisit, convaincu de cela par l’iconoclaste député Feu Edouard Diatta, à souhaiter qu’à côté de Ousmane Blondin Diop, Bruno et Benjamin Diatta, je m’engage dans la fonction publique. Seul Bruno Diatta le suivit dans cette voie, avec le bonheur que l’on sait pour notre République.

Christian Valantin est sorti de l’ENFOM, comme Abdou Diouf, avec Cheikh Hamidou Kane ou encore Daniel Cabou, et il en tira une grande maîtrise de la Constitution et du Droit. Cet homme d’une grande rigueur fut une des pierres angulaires du fameux B.O.M, Bureau Organisation et Méthodes, socle immuable et encore vivace de l’Administration Sénégalaise.

Figure centrale du parlementarisme sénégalais, Christian Valantin a siégé comme député sans interruption de 1968 à 2000, occupant notamment le poste de premier vice-président de l'Assemblée Nationale au cours de ses sept dernières années de mandat. C’était le temps béni d’une Assemblée Nationale où les débats étaient stratosphériques, tant par leurs contenus que par les arguments rhétoriques évoqués pour les valider. C’était l’époque aujourd’hui révolue, où le sémillant Abdourahim Agne, à la tête du Groupe Parlementaire du PS, avait comme adversaire de l’opposition, le Brillant Fara Ndiaye du PDS, procurant alors aux Sénégalais les joies d’un débat politique aussi dense que respectueux.

Nul au Sénégal n’ignorait l’affection que lui portait Léopold Sédar Senghor, dont il rédigeait les discours, et dont il fut chef de Cabinet au temps de la Fédération du Mali et au côté duquel il a contribué à bâtir un Sénégal indépendant. Il a d’ailleurs à son actif une bibliographie qui tourne autour de notre Président-Poète, publiant « 30 ans de vie politique avec Senghor » et « L’Histoire de la Francophonie ».

Cet homme, croyant et fervent Catholique ne manquait jamais une messe le dimanche. Christian Valentin était le neveu de l’Ambassadeur André Guillabert, parent de la famille Bancal à Saint-Louis. Orphelin précoce, éduqué par sa grand-mère Suzanne, qu’il appelait affectueusement « Bonne Maman », et qui elle-même descendait de la Famille Royale du Djolof, très liée à la confrérie Tidjane.

« Je suis un Domou Ndar » aimait-il à affirmer avec fierté, ponctuant cette appartenance d’un vigoureux « TIGI » !!!. Il aimait bien l’idée d’être né dans une société où l’on aime la liberté, où il n’y a pas de discrimination. « Saint-Louis est une ville sans Médina, où tous vivent ensemble » disait-il. Et c’est pourtant au sein de cette dynastie politique et culturelle, que naquit sa prise de conscience politique à travers « Le massacre de Thiaroye ». Il dira à ce propos : « Cela a été un déclencheur et une prise de conscience de ce qu’était la colonisation ». Son humanisme élégant lui fit même penser que la « différence qui existait entre les citoyens français des quatre communes et les sujets français qui vivaient en brousse, présentait des connotations extrêmement discriminantes et ce n’était pas normal ».

« LA POLITIQUE A TRAVERS SON MODE D’EXPRESSION EST DEVENUE FUTILE. L’INTERET GENERAL EN EST ABSENT »

Nostalgique de cette époque Senghorienne, il regretta que « l’argent ait détruit le Sénégal », racontant que « Senghor ne donnait pas d’argent. Nous ne souhaitions pas être riches, l’argent ne comptait pas et le Président disait que le Sénégal devait vivre selon ses moyens. Aujourd’hui, l’argent a détruit le Sénégal et la politique, à travers son mode d’expression, est devenue futile. L’intérêt général en est absent.

Christian Valantin, toujours nimbé dans un halo d’élégance délicatement Saint-Louisienne, aimait dire que « Terre Natale est synonyme de celle qui vous tient et qu’on ne peut pas oublier ».

Saint-Louis l’attend, Ndar-la-belle, c’est notre ville commune où Christian Valantin a décidé d’être inhumé. Signe évident de la passion qu’il nourrissait pour sa terre natale où il va désormais reposer en paix.

Merci Christian.
Merci d’avoir existé.
Mamadou Diagna Ndiaye

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