Publié le 8 Jun 2026 - 13:38
ÉCHÉANCE EUROBONDS

Dakar anticipe pour convaincre

 

En payant par anticipation les nouvelles échéances liées aux eurobonds de 2037 et de 2031, le Sénégal tente de donner des gages aux partenaires, à quelques jours de l’arrivée d’une nouvelle mission du Fonds monétaire international.

 

Le Sénégal ne badine pas avec le paiement des eurobonds. Alors que certains continuent de s’interroger sur ses capacités à s’acquitter de sa dette colossale en monnaie étrangère, le pays se démène comme il peut pour ne pas être en défaut. Hier, un nouvel acte fort a été posé dans ce sens. Selon Bloomberg reprise par la RTS, l’État a procédé au paiement par anticipation de deux échéances liées à ces obligations en devises étrangères.

Il s’agit d’un coupon de 53,75 millions d’euros sur une obligation libellée en euro arrivant à échéance en 2037 et d’un autre de l’ordre de 38,8 millions de dollars sur une obligation en dollars dont l’échéance est fixée à 2031. Ces paiements interviennent dans un contexte marqué par l’arrivée prochaine d’une nouvelle mission du Fonds monétaire international (FMI).

De nouveaux gages pour le FMI

L’objectif du gouvernement est clair. Rassurer le Fonds et les partenaires pour finaliser le plus rapidement possible la signature d’un nouveau programme. Des jalons ont été posés dans ce sens il y a quelques semaines à Nairobi, lors d’un échange entre le président de la République et la directrice générale du Fonds Kristalina Georgieva.

Selon le ministère de l’Économie, des Finances et du Plan, il est prévu de reprendre les discussions (avec le FMI) la semaine du 08 juin et d’essayer d’amoindrir les écarts qui éloignent les deux parties. “Nous comptons au moins nous accorder sur les grands axes de ce que devrait être le nouveau programme avant le 30 juin 2026”, expliquait Cheikh Diba, lors de la dernière session des questions d’actualité avec le désormais ex Premier ministre Ousmane Sonko.

Le principal point de divergence entre le FMI et l’Etat du Sénégal porte sur le traitement de la dette. Selon le Gouvernement du Sénégal, le fait d’être contre la restructuration n’a rien d’une question de fierté. C’est surtout parce que l’alternative posée par le Sénégal est moins onéreuse que la restructuration. “Nous estimons que la solution alternative que nous portons est plus efficace et moins onéreuse. Voilà la raison pour laquelle nous n’avons pas opté pour la restructuration”,  soutenait Cheikh Diba.

Ce que coûte l’absence de programme

À noter que depuis l’éclatement de ce qu’il est convenu d’appeler le scandale de la dette cachée, le Sénégal court derrière l’institution de Bretton Woods pour un nouveau programme. Plusieurs réformes ont été réalisées dans ce sens mais sans trop convaincre le FMI. Le coût est simplement énorme pour les finances publiques. À titre d’exemple, de 2012 à 2024, soit les deux mandats de Macky Sall, le service de la dette publique était de 7,3 milliards de dollars (uniquement pour la dette extérieure). Rien que sur la période 2024-2026, le régime de Diomaye va payer 9,5 milliards de dollars, expliquait Dr Ndongo Samba Sylla. Sur l’ensemble du mandat, c’est 15 milliards de dollars qui devront être payés, dans l’hypothèse où il n’y aurait pas de nouvelles dettes, expliquait l’économiste.

Chaque année, l’Etat paie au total plus de 4 300 milliards de francs CFA dont environ 2 700 milliards de francs CFA cette année au titre de la dette extérieure contre plus de 2 800 milliards pour la dette intérieure. Après les tensions du mois de mars 2026, beaucoup attendaient le Sénégal sur les échéances de juin et de juillet, avec des montants respectifs de plus de 220 milliards et 256 milliards à débourser. Pour le mois de juin, c’est réglé. Pour le mois d’août, ce n’est pas moins 226 milliards que l’Etat devra payer au titre de la dette extérieure. Les mêmes tendances sont à observer presque sur tout le reste de l’année. Des économistes comme Ndongo Samba Sylla ont toujours attiré l’attention par rapport à cette dette extérieure jugée insoutenable.

Le casse-tête de la dette extérieure

Le problème des pays en développement, selon le spécialiste, c’est surtout de s’endetter en monnaie étrangère et non en monnaie nationale. “Quand vous vous endettez dans votre monnaie, il n’y a pas trop de contraintes de solvabilité si vous avez une bonne banque centrale. Mais quand c’est en monnaie étrangère, vous pouvez avoir des contraintes parce que vous avez un risque de taux d’intérêt et un risque de refinancement”, soulignait Dr Sylla.

Par ailleurs, alors que le gouvernement peine à regagner la confiance des partenaires internationaux et du FMI, le Plan de redressement économique et social tarde à produire tous les effets escomptés. Le ministre des Finances rassurait récemment les députés sur la mobilisation des recettes prévues dans ce cadre. “Nous espérons atteindre la vitesse de croisière d’ici la fin de l’année sur toutes les lignes de retraites et rattraper les retards que nous avons”, avait promis Diba.

MOR AMAR

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