L'Afrique veut donner une valeur économique au travail de soins

Près de 200 experts africains et internationaux sont réunis à Saly pour réfléchir à une meilleure prise en compte du dividende démographique et de l'économie des soins dans les politiques publiques. Les organisateurs plaident pour des décisions davantage fondées sur les données scientifiques.
Saly accueille, du 28 au 30 juillet, près de 200 chercheurs, décideurs publics et partenaires techniques venus d'Afrique et d'ailleurs à l'occasion de la quatrième Conférence du Réseau africain des Comptes de transfert nationaux (NTA-Africa). Placée sous le thème « Économie générationnelle et économie des soins au cœur des politiques publiques en Afrique », cette rencontre entend apporter des réponses à deux défis majeurs du continent : la valorisation de son potentiel démographique et la reconnaissance du travail de soins, encore largement invisible dans les indicateurs économiques.
Organisée avec l'appui de la Commission économique des Nations unies pour l'Afrique (CEA) et de l'UNFPA, cette conférence biennale s'est imposée comme un espace de référence pour la production de données destinées à éclairer les décisions publiques. Présidant la cérémonie d'ouverture au nom du ministre de la Famille et de l'Action sociale, le directeur de cabinet, Amadou Diaw, a insisté sur l'urgence d'adapter les politiques publiques à une Afrique en pleine transition démographique.
Selon lui, le continent compte aujourd'hui près de 1,5 milliard d'habitants, soit environ 18 % de la population mondiale, et devrait atteindre 2,5 milliards d'ici à 2050. Plus de six Africains sur dix ont moins de 25 ans. « Cette jeunesse constitue une formidable opportunité à condition d'investir dans le capital humain, l'éducation, la santé, l'emploi des jeunes et l'autonomisation des femmes », a-t-il souligné, rappelant que les Comptes de transfert nationaux permettent précisément de mesurer les effets économiques de cette transition.
Au cœur des travaux figure également l'économie des soins, un domaine longtemps ignoré par les statistiques économiques alors qu'il constitue un levier essentiel du développement. Les organisateurs estiment que le travail domestique et les activités de soins, assurés principalement par les femmes, restent insuffisamment pris en compte dans les politiques publiques, malgré leur contribution déterminante au fonctionnement des économies africaines.
Au Sénégal, les données présentées à la conférence illustrent l'ampleur du phénomène. Près de 90 % des femmes accomplissent quotidiennement des tâches domestiques ou de soins non rémunérées, contre 54 % des hommes. Elles y consacrent en moyenne cinq heures par jour, contre deux heures pour les hommes. Cette répartition inégale pèse directement sur leur participation au marché du travail.
Le taux d'activité des femmes s'établit à 47,7 %, contre 68,7 % pour les hommes. Le chômage élargi touche près d'une femme sur trois, tandis que 44 % des jeunes femmes sont classées parmi les NEET, c'est-à-dire ni en emploi, ni en études, ni en formation. Amadou Diaw a rappelé que la valeur économique du travail domestique et de soins non rémunéré représente environ 17,5 % du produit intérieur brut du Sénégal, plaidant pour une meilleure reconnaissance de cette contribution dans les politiques économiques.
Durant trois jours, les participants examineront les transferts économiques entre générations, le financement du dividende démographique, les mécanismes de budgétisation sensibles au genre et aux générations ainsi que les moyens d'intégrer l'économie des soins dans les stratégies nationales de développement. Les échanges réunissent des représentants des ministères de l'Économie, des Finances, de la Santé et du Genre, des parlementaires, des universitaires, des organisations de la société civile ainsi que plusieurs partenaires internationaux, parmi lesquels la Banque mondiale, la Banque africaine de développement, ONU Femmes, l'Organisation mondiale de la santé, les fondations Hewlett et Gates.
À travers cette quatrième édition, le réseau NTA-Africa entend promouvoir des politiques publiques davantage fondées sur les données scientifiques, afin de permettre aux pays africains de transformer leur dynamique démographique en véritable moteur de développement, tout en donnant enfin une valeur économique au travail de soins longtemps resté invisible.
Pape Mbar Faye






