Publié le 16 Jul 2026 - 00:26
SAINT-LOUIS : GOUVERNANCE DES FRONTIÈRES

La zone Nord œuvre pour une paix durable

 

Réunis hier à Saint-Louis dans le cadre de la Commission régionale de gestion des frontières (CRGF), les autorités administratives, les forces de défense et de sécurité, les universitaires et les acteurs territoriaux ont passé en revue la politique nationale de gouvernance des frontières. Une rencontre dont les objectifs visent à renforcer la sécurité, à promouvoir le développement des zones frontalières et à prévenir les tensions avec la Mauritanie.

 

La région de Saint-Louis, porte d’entrée du Sénégal en venant de la Mauritanie, a accueilli hier la réunion de la Commission régionale de gestion des frontières (CRGF). Cette rencontre a permis aux participants d’échanger sur les enjeux de la politique nationale de gouvernance des frontières, avec un accent particulier sur les réalités propres à cette région stratégique.

Présidant les travaux, le gouverneur de Saint-Louis, Al Hassane Sall, a rappelé que la gestion d’une région frontalière obéit à des exigences particulières. « Nous sommes dans une région frontalière avec la Mauritanie. La gestion d’une telle région est différente de celle d’une région qui ne l’est pas, en raison des réalités liées aux trafics illicites, aux flux migratoires, aux échanges commerciaux et parfois aux conflits », a-t-il expliqué.

Face à ces défis, l’État du Sénégal a élaboré une politique nationale de gouvernance des frontières fondée sur une approche globale. Celle-ci repose d’abord sur l’implication des communautés locales afin de consolider les relations entre les populations vivant de part et d’autre des frontières. Elle prévoit également le renforcement des infrastructures dans les localités transfrontalières pour améliorer les conditions de vie des populations.

Selon le gouverneur, cette stratégie vise aussi à garantir le développement territorial grâce à une participation active des collectivités territoriales et des populations. Sur le plan sécuritaire, elle mise sur une présence renforcée des forces de défense et de sécurité, de la police des frontières, de la douane ainsi que des services civils, sanitaires et environnementaux. « L’objectif est que la paix règne, que les échanges soient fluides et que les populations puissent vaquer sereinement à leurs occupations », a insisté le gouverneur Sall.

Les frontières fluviales et maritimes encore méconnues

Consultant de la Commission nationale de gestion des frontières, le professeur Mamadou Mountaga Diallo, enseignant en géographie et aménagement à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, a rappelé que cette politique découle d’une recommandation de l’Union africaine invitant les États membres à se doter d’un cadre de gouvernance des frontières.

Élaborée de manière participative, cette politique ambitionne de mieux connaître les frontières du Sénégal tout en améliorant les conditions de vie économiques, sociales et sécuritaires des populations. À l’horizon 2034, le Sénégal ambitionne de disposer de frontières clairement délimitées, reconnues, sécurisées et propices au développement.

La stratégie s’articule autour de six axes majeurs, dont la délimitation et la démarcation des frontières, le renforcement de la sécurité, la coopération transfrontalière, le développement des zones frontalières, la gestion des mobilités, des migrations et du commerce transfrontalier, ainsi que le renforcement des capacités des acteurs chargés de sa mise en œuvre.

Le professeur Diallo a également souligné la spécificité de Saint-Louis, seule région du pays à cumuler quatre types de frontières : aérienne avec l’aéroport Ousmane Masseck Ndiaye, fluviale avec le fleuve Sénégal, maritime sur l’océan Atlantique et terrestre avec la Mauritanie au niveau de Goxu Mbacc. Si la frontière terrestre est déjà matérialisée depuis les travaux de la commission mixte de 1971, les frontières fluviale et maritime restent encore insuffisamment connues des populations. Une situation qui alimente régulièrement des incompréhensions, notamment entre pêcheurs sénégalais et mauritaniens.

Pour les autorités, la matérialisation de ces limites constitue désormais une priorité afin de prévenir les tensions, de sécuriser les activités économiques et de faire des espaces frontaliers de véritables pôles de coopération et de développement partagé.

IBRAHIMA BOCAR SENE, SAINT-LOUIS

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