Le nouveau souffle de Blaise Senghor

Nommée à la tête du Centre culturel régional Blaise Senghor en février 2024, Fatou Sène entend redonner à cette institution historique toute sa place dans la vie artistique dakaroise. Entre accompagnement des créateurs, ouverture aux jeunes et actions de proximité, la jeune administratrice défend une conception résolument vivante de l'action culturelle.
Pour Fatou Sène, un centre culturel ne se résume pas à une salle de spectacle ou à un lieu d'exposition. C'est un espace de rencontres, d'apprentissage, de création et de dialogue avec la société. Une vision qui guide chacune des actions qu'elle mène depuis sa nomination, le 22 février 2024, à la direction du Centre culturel régional Blaise Senghor (CCBS), l'une des institutions culturelles les plus emblématiques de Dakar.
À première vue, son parcours pourrait ressembler à celui d'une administratrice promise à une carrière dans la haute fonction publique culturelle. Mais derrière les diplômes et les responsabilités se dessine une professionnelle convaincue que la culture ne peut remplir sa mission que si elle reste proche des artistes et des citoyens.
Originaire de Mbour, Fatou Sène découvre très tôt son intérêt pour les métiers de la culture. Après un baccalauréat obtenu au lycée Demba Diop en 2012, elle s'inscrit d'abord à la Faculté des sciences juridiques et politiques avant de changer de voie. Son choix se porte sur l'École nationale des arts et métiers de la culture (ENAMC), où elle se spécialise en animation culturelle.
Elle y termine major de sa promotion, confirmant un goût prononcé pour la gestion des projets culturels autant que pour le travail de terrain. Cette première étape lui ouvre les portes de l'Orchestre national du Sénégal, où elle exerce comme animatrice culturelle entre 2019 et 2021. Au contact des artistes, des techniciens et du public, elle découvre les réalités d'un secteur où la passion ne suffit pas toujours à compenser le manque de moyens.
Désireuse d'élargir ses compétences, elle poursuit ensuite un master en gestion du patrimoine culturel à l'Université Senghor d'Alexandrie, en Égypte. Diplômée avec la mention Très bien, elle revient au Sénégal avec une conviction renforcée : le patrimoine culturel ne relève pas seulement de la mémoire ; il constitue aussi un levier de développement économique, d'éducation et de cohésion sociale. Avant de rejoindre Blaise Senghor, elle passe par la Direction du Patrimoine culturel puis par la Direction des Arts. Deux expériences qui lui permettent de maîtriser les rouages de l'administration tout en affinant sa réflexion sur les industries culturelles et créatives.
À son arrivée au Centre culturel régional Blaise Senghor, Fatou Sène ne cache pas son ambition : faire de cette institution bien davantage qu'un simple lieu de programmation artistique. Pour elle, le Centre doit devenir un espace où se croisent artistes confirmés, jeunes créateurs, scolaires, étudiants et habitants des quartiers environnants. Autrement dit, un lieu qui vive tous les jours et pas seulement au rythme des spectacles.
Cette vision se traduit par une programmation davantage tournée vers la jeunesse, avec des ateliers participatifs, des résidences artistiques, des showcases, des festivals étudiants ou encore des formations aux métiers du numérique. L'objectif est double : attirer un nouveau public et offrir aux jeunes créateurs des espaces où expérimenter, apprendre et produire. « Les jeunes ne doivent pas seulement assister aux activités culturelles ; ils doivent participer à leur conception », résume-t-elle régulièrement dans ses prises de parole.
Le livre comme porte d'entrée
Parmi les chantiers qu'elle revendique avec le plus de satisfaction figure la rénovation de la bibliothèque du Centre. À son arrivée, les lieux souffraient d'un mobilier vieillissant, d'un fonds documentaire peu renouvelé et de plusieurs insuffisances techniques. Avec l'appui de la Direction du Livre et de la Promotion de la lecture, la bibliothèque a été modernisée afin de devenir un véritable espace de lecture et de documentation. Dans le même esprit, le lancement des « Jeudis littéraires » permet désormais aux élèves et aux étudiants de rencontrer des écrivains, de débattre avec eux et de découvrir la littérature autrement qu'à travers les programmes scolaires. Pour Fatou Sène, le livre demeure un outil essentiel pour développer l'esprit critique et favoriser le dialogue entre les générations.
La directrice du CCBS est également convaincue que le développement de la création passe par une meilleure structuration du secteur. Beaucoup d'artistes disposent du talent nécessaire, estime-t-elle, mais peinent encore à monter un projet, à rechercher des financements ou à maîtriser les questions juridiques liées à leur activité. Le Centre propose ainsi des ateliers consacrés au montage de projets, à la gestion budgétaire, au droit d'auteur, à la communication culturelle, à l'écriture de scénario, au jeu d'acteur ou encore aux techniques du spectacle vivant. L'ambition est de permettre aux porteurs de projets de transformer leurs idées en réalisations concrètes et de mieux vivre de leur métier.
Sortir des murs
L'action culturelle ne s'arrête pas aux portes du Centre. Sous son impulsion, le CCBS multiplie les activités hors les murs, notamment à travers des camps de vacances pour enfants, des interventions dans les établissements pénitentiaires ou encore des animations dans les quartiers périphériques de Dakar. Une manière d'affirmer qu'une institution publique ne doit pas attendre que les citoyens franchissent son seuil, mais aller vers eux, là où ils vivent. Cette proximité constitue l'un des fils conducteurs de son projet pour Blaise Senghor.
À plus long terme, Fatou Sène souhaite faire du Centre culturel régional Blaise Senghor un véritable pôle culturel pour l'ensemble de la région de Dakar. Son ambition est d'y développer davantage de résidences artistiques, de formations, de coproductions, de rencontres professionnelles et de partenariats avec les collectivités territoriales, les établissements scolaires et les institutions culturelles nationales comme internationales.
À travers cette stratégie, elle entend accompagner les artistes dans toutes les étapes de leur parcours, de la création à la diffusion des œuvres.Aux jeunes qui rêvent d'une carrière dans la culture, elle adresse un conseil qui ressemble à un manifeste personnel : « Soyez ambitieux, engagez-vous dans une quête permanente du savoir, dépassez-vous malgré les contraintes et surprenez ceux qui doutent de vous. »
Cette phrase résume sans doute le mieux le parcours de Fatou Sène. Celui d'une femme qui a choisi de faire de la culture non seulement une profession, mais aussi un engagement. À la tête du Centre culturel régional Blaise Senghor, elle tente aujourd'hui de démontrer qu'une institution patrimoniale peut se réinventer sans renier son histoire, à condition de rester ouverte aux artistes, aux jeunes et aux mutations de son époque.
Par Fatou Ba






