Publié le 8 Apr 2026 - 18:51
ARNAQUE AUX PRÊTS EN LIGNE

Le préjudice est estimé à 3 milliards F CFA

 

La Division spéciale de la Cybersécurité a démantelé le réseau d’arnaque aux prêts en ligne utilisant la plateforme HICASH. Le préjudice est estimé à plus de 3 milliards FCFA. Cinq suspects ont été interpellés dans cette affaire.

 

La Division spéciale de lutte contre la Cybersécurité (DSC) a démantelé un réseau de prêts en ligne frauduleux opérant notamment à travers l’application HICASH, une plateforme numérique qui aurait traité plus de trois milliards de francs CFA de demandes de crédit, au détriment de milliers d’internautes sénégalais attirés par des promesses de prêts rapides diffusées sur les réseaux sociaux, au terme d’une enquête technique particulièrement sophistiquée.

L’enquête, selon nos sources, a été ouverte à la suite de plusieurs plaintes déposées entre décembre 2025 et avril 2026 par des victimes affirmant avoir été piégées par des applications de prêt exploitées par la société Level Technologie, notamment l’application HICASH. Les plaignants, renseignent nos sources, ont dénoncé des pressions, des menaces et des exigences de remboursement largement supérieures aux montants réellement perçus.

Un prêt de 10 000 FCFA… pour seulement 6 500 FCFA remboursables en 7 jours

Les investigations ont permis de révéler un mécanisme particulièrement défavorable aux emprunteurs. Des publicités diffusées sur Facebook invitaient les internautes à télécharger l’application HICASH afin de solliciter un prêt en quelques minutes. Ainsi, pour un prêt annoncé de 10 000 FCFA, l’utilisateur ne percevait en réalité que 6 500 FCFA, après déduction de 3 500 FCFA présentés comme frais de service. Malgré cette retenue, l’emprunteur devait rembourser la totalité des 10 000 FCFA en seulement sept jours.

En cas de retard de paiement, les agents de recouvrement multipliaient les appels et utilisaient les données personnelles collectées lors de l’inscription pour contacter également les proches des emprunteurs, afin d’exercer une pression pour obtenir le remboursement. Selon les analyses techniques, précisent nos sources, ce mécanisme correspond à un taux réel d’environ 53,8 % en une semaine, soit près de 28 % sur une base annuelle, très loin du taux de 35 % officiellement annoncé par la plateforme HICASH.

Des milliers de victimes et des milliards en circulation

Les investigations ont permis aux enquêteurs de mesurer l’ampleur du phénomène. Ils ont identifié plusieurs dizaines de milliers d’utilisateurs inscrits, ayant généré plus de cent mille demandes de prêts, pour un volume global dépassant trois milliards de francs CFA. D'après nos informations, des investigations ont permis de localiser la structure à Liberté 6, dans un immeuble abritant les bureaux de la société.

Sur place, les enquêteurs ont découvert une organisation structurée comprenant près de soixante-dix employés, dont plus d’une soixantaine d’agents de recouvrement chargés de contacter les emprunteurs afin d’exiger le remboursement des prêts contractés via la plateforme HICASH. L’enquête a également mis en évidence l’utilisation de services de paiement mobile largement utilisés au Sénégal, notamment Wave et Orange Money, pour le règlement des remboursements.

Les responsables de la structure ont également eu recours à des agrégateurs de paiement agissant comme interface technique entre la plateforme et ces services, permettant de traiter les transactions en dehors des circuits habituels de contrôle.

Lors des perquisitions, les enquêteurs ont saisi plusieurs dizaines de millions de francs CFA en espèces, du matériel informatique et plusieurs téléphones portables. Ils ont également découvert un dispositif SIMBOX utilisé pour contourner les systèmes internationaux d’acheminement de SMS.

Une activité de crédit exercée sans autorisation

Les investigations ont aussi révélé que l’entreprise ne disposait d’aucune autorisation pour exercer une activité de prêt ou de financement. Selon les premières estimations, le préjudice provisoire pourrait avoisiner un milliard (1 000 000 000) de francs CFA. Plusieurs responsables de la structure, dont la directrice générale, ont été interpellés et conduits dans les locaux de la DSC pour audition. À l’issue des investigations, cinq suspects ont été déférés devant le Procureur du Pool Judiciaire Financier.

À travers cette affaire, la Division spéciale de lutte contre la cybercriminalité (DSC) appelle les citoyens à faire preuve d’une vigilance accrue face aux applications de prêts en ligne promettant des crédits rapides, informent nos sources. Certaines plateformes exploitent la vulnérabilité financière des internautes en appliquant des frais dissimulés, des taux d’intérêt excessifs et des méthodes de recouvrement abusives, pouvant porter atteinte à la vie privée des utilisateurs.

Pour se prémunir contre ce type d’arnaque, la DSC recommande de vérifier la fiabilité et la légalité de toute plateforme de prêt avant utilisation, d’éviter de télécharger des applications de crédit diffusées uniquement via les réseaux sociaux, de se méfier des offres de prêts instantanés sans garanties ni procédures formelles, de ne pas autoriser l’accès à ses contacts et données personnelles lors de l’installation d’applications inconnues, et de signaler immédiatement aux autorités toute tentative de pression ou de menace liée à un prêt en ligne.

La DSC réaffirme, concluent nos interlocuteurs, son engagement à lutter contre les arnaques numériques et à protéger les citoyens contre les formes émergentes de cybercriminalité financière.

CHEIKH THIAM

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