Publié le 19 Jun 2026 - 10:25
CONCILIER LES AMBITIONS SOUVERAINES DU PEUPLE AVEC LES EXIGENCES DE RIGUEUR DU FMI

Un exercice cornélien pour le nouveau gouvernement ?

 

Ils ont beau vouloir nous faire croire qu’ils investissent le champ politique, pour sa cause noble : « l’art de gérer la cité », mais ils n’arrivent pas à se départir du ‘’côté égoïste’’ du pouvoir. « Chassez le naturel, il revient au galop ». Toutes les ambitions de rendre notre pays émergent synonyme d’amélioration des conditions de vie de ses populations, jusqu’ici déclarées par les régimes qui se sont succédé ont fini par être sacrifiées sous l’autel des intérêts particuliers.

Constat réaffirmé par la Banque Mondiale à travers un de ses rapports sur la dette des 25 pays les plus pauvres dont le nôtre, intitulé : « Capture de la dette par les élites africaines». Aussi, relativement aux dissensions nées entre les désormais « ex-têtes de l'exécutif » le Président de la République, Bassirou Diomaye Faye, et le Premier ministre, Ousmane Sonko, il faut être un néophyte en politique pour croire que celles-ci relèvent d’un problème d’égo plutôt que d’idéologie. Des sous-entendus insidieusement glissés dans le discours du nouveau Premier Ministre à l’occasion la présentation des membres du gouvernement, préfigurent une augmentation des prix des produits de grande consommation et annoncent l’avènement d’un nouveau projet dénommé Diomaye-Président, en substitution à celui pour lequel les Sénégalais avaient voté à 54 %.

Le glissement sémantique du Premier Ministre Al Aminou LO, est révélateur de l’opposition entre deux visions : le camp du pouvoir dont le discours actuel laisse présager la reprise d’un dialogue avec le Fonds Monétaire International en vue de conclure un nouveau programme et le camp du partisan d’un financement endogène adossé aux principes et idéaux du projet originel de Pastef. Une confrontation qui semble pour le moment tournée à l’avantage du camp du présidentiel avec l’éviction d’Ousmane SONKO, l’incarnation d’un financement endogène. Cependant, il revient au camp présidentiel de comprendre que leur victoire laisse perplexes les sénégalais qui, face à cette perspective ne manqueront pas de veiller au grain.

S’agit-il d’une chance ou d’une malchance pour nos hommes politiques que d’avoir en face d’eux un peuple mature qui comprend les enjeux de pouvoir et sait comment  évaluer et apprécier l’impact des politiques publiques.  Il est évident que l’on peut conquérir le pouvoir dans le bluff mais sa conservation obéit à la seule satisfaction des attentes des populations.

Vouloir circonscrire les patriotes de ce pays aux seuls militants du Pastef, est assez réducteur et pourrait se révéler fâcheux pour le camp présidentiel en cas de prise de mesures dictées par le FMI qui iraient à l’encontre des sénégalais déjà très éprouvés par un coût de la vie trop élevé. Les Sénégalais n'attendent pas moins du nouveau projet que la satisfaction des aspirations déjà déclinées dans le projet initial. Pour métaphoriser cette attente des populations, nous allons emprunter à la logistique sa définition : « satisfaire les besoins du client (que nous sommes) à moindre coût, dans les meilleurs délais et dans les conditions de qualité, d’hygiène et de sécurité par le producteur que vous êtes .» A bon entendeur salut !

Aussi, nous invitons « ces supposés victorieux » à comprendre que la forte adhésion des populations au projet pastifien, incarné par l’ex premier ministre, Ousmane SONKO relève de son soubassement souverainiste et patriotique. Soubassement qui implique une profonde rupture systémique, une réappropriation de nos ressources naturelles (minières, gazières et halieutiques), une bonne gouvernance de nos maigres ressources sans oublier subséquemment, le refus d’une restructuration de la dette.

Il ne fait l’ombre que les dépositaires d’un pouvoir étatique ont la faculté d’user de tous les leviers pour gouverner, y compris de prendre langue avec le FMI, une institution financière dont la seule évocation fait trembler tout un peuple. Toutefois, une question taraude les esprits des sénégalais : un nouveau programme sera-t-il conclu avec le FMI quitte à sacrifier les intérêts du peuple ? En tout état de cause, les prescriptions du FMI, et subséquemment les conséquences sociales y relatives, sont un secret de polichinelle. A propos, nous reproduisons textuellement, un témoignage de Monsieur Alpha Oumar Konaré, ancien président démocratique élu du Mali : « Nous avons subi les programmes d’ajustement structurel du FMI et de la Banque Mondiale, qui ont été catastrophiques qui nous ont conduits, sous couvert de privatisation à des liquidations, à l’affaiblissement de la fonction publique, qui nous ont amenés à brader certains avoirs nationaux. Mais le problème, c’est que nous étions dans un pays fragilisé par les conflits. Nous étions dans un pays, si nous voulions affronter ces organisations internationales pour mieux négocier le prix de l’or, le prix du coton ; il nous fallait un consensus national. »

A cet égard, le Président Diomaye devra nécessairement intégrer le consensus national avant de conclure  un accord avec le FMI. Au-delà, du sous-entendu sur une inflation des prix, le discours du nouveau Premier Ministre reste muet sur le sort réservé aux renégociations sur les contrats dont la plupart sont qualifiés de léonins. De ce point de vue, quoi qu’en disent nos économistes en chef au premier desquels, le nouveau Premier Ministre, sans une économie compétitive, toute promesse d’amélioration des conditions de vie des populations est chimérique. Une économie compétitive suppose un pays qui exporte plus qu’il importe. Un pays sachant prendre son destin en main et non le laisser entre les mains des autres (souverainisme). Cela est d’autant plus vrai que notre pays continue de porter les  stigmates consécutifs à ‘’la détérioration des termes de l’échange’’. Un biais dans le système commercial international maintes fois dénoncé par le Président SENGHOR. Il en usait à juste raison pour indexer le déséquilibre économique que cela induisait et continue d’induire. Tenue pour responsable des causes de la pauvreté endémique qui tient notre pays, ‘’la détérioration des termes de l’échange’’ renvoie à un échange déséquilibré entre le produit de la vente à vil prix de nos ressources naturelle et l’acquisition des produits manufacturés à fort prix. L’histoire nous enseigne que déjà en 1962, du haut de la tribune des Nations Unies, le Président SENGHOR dénonçait à travers ce fameux slogan, ce déséquilibre économique qui a appauvri nos pays. Il a été suivi en cela par deux des figures les plus emblématiques de la scène politique de notre pays, Messieurs Majmouth DIOP et Cheikh Anta aux rythmes de : « Mom Sa Rew » et « S'unir ou périr » sans succès.

Malheureusement, l’espoir porté par les sénégalais patriotes de voir cette ambition de se concrétiser, réaffirmé dans le  texte préliminaire de la présentation de l’agenda de transformation nationale semble s’envoler avec la perspective d’une rencontre avec le FMI.

Quoi qu’il en soit, il serait dommageable de voir le nouveau projet Diomaye – Président se détourner des objectifs de son désormais devancier, qui était censé venir gommer les stigmates laissés sur notre économie par les épisodes douloureux que sont la détérioration des termes de l’échange et le plan d'ajustement structurel et sortir notre pays de cette liste des 25 pays les moins avancés du monde.  Un double objectif qui ne saurait être atteint sans un affranchissement du diktat du FMI et de la Banque Mondiale qui devrait se traduire par  une réappropriation de nos ressources naturelles et s’en ‘’libérer’’ à juste prix.

Cette contribution traduit le cri du cœur d’un citoyen dont les premiers pas à l'école ont été rythmés par le slogan précité, cher à notre Premier Président de la République, mais également habité par la psychose de l’éventualité d’une reprise de contact avec le FMI, dont les affres des thérapies administrées à notre économie, rudement éprouvée par les années de sécheresse de 1973 à 1990 combinées à la crise pétrolière, sont toujours présentes dans sa mémoire.

Mamadou FAYE
Grand-Yoff 

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