On a retrouvé Goïta, mais le régime vacille toujours

Après les attaques coordonnées du 25 avril et la mort du ministre de la Défense, la juinte fait face à une crise sécuritaire et politique sans précédent. Alors que Kidal est tombée et que Gao est menacée, le JNIM annonce un blocus total de la capitale, Bamako. Mais entre-temps, le président Assimi Goïta a fait signe de vie ce mardi.
Le Mali est plongé dans une onde de choc dont l’ampleur semble menacer les fondements mêmes de la Transition. Ce mardi 28 avril 2026, le général Assimi Goïta est enfin réapparu publiquement à Koulouba, brisant trois jours d'un silence pesant qui alimentait toutes les interrogatoires. Cette réapparition intervient après les attaques simultanées du samedi 25 avril, qui ont visé des points névralgiques du pays, dont la ville-garnison de Kati, et ont coûté la vie au ministre de la Défense, le général Sadio Camara.
Le chef de l'État a reçu l'ambassadeur de la Fédération de Russie, Igor Gromyko. Selon la communication officielle de la présidence, les échanges ont eu lieu sur « la situation actuelle » et sur les relations de partenariat entre Bamako et Moscou. Dans un contexte de débâcle militaire au Nord, le diplomate russe a réaffirmé l'engagement de son pays en évoquant « l'action conjointe des Forces armées maliennes et des forces russes ».
Malgré cette mise en scène diplomatique, la réalité du terrain est alarmante. Assimi Goïta s'est également rendu au chevet des blessés, alors qu'un bilan hospitalier provisoire fait état d'au moins 23 morts, civils et militaires, suite aux assauts de samedi.
La déroute au Nord : Kidal perdue, Gao encerclée
L'autorité de l'État s'effondre dans les régions septentrionales. La ville stratégique de Kidal est à nouveau tombée aux mains des groupes armés, après avoir été reprise par l'armée en novembre 2023 avec l'appui du groupe Wagner (devenu Africa Corps). Plus inquiétant encore, l'armée malienne abandonne désormais des positions clés dans la région de Gao.
« Les militaires ont abandonné leur position à Labbezanga située près de la frontière du Niger. Ils se sont répondus vers Ansogo », a indiqué à l'AFP un élu local sous couvert d'anonymat. Privées de soutien aérien et confrontées aux accords de retrait signés par les partenaires russes, les troupes maliennes se répondent, laissant la ville de Gao encerclée.
Bamako sous la menace d'un blocus total
L'offensive ne se limite plus aux confins du pays. Le Groupe de soutien à l'islam et aux musulmans (JNIM), allié à Al-Qaïda, a franchi une étape majeure en annonçant l'asphyxie de la capitale. « À partir d'aujourd'hui (mardi), un blocus est imposé à Bamako sur tous les axes », a déclaré Bina Diarra, porte-parole du JNIM. « La seule mesure de tolérance est accordée à ceux qui se trouvent déjà à Bamako pour leur permettre de repartir. En revanche, il est désormais interdit de s'y rendre jusqu'au nouvel ordre. Toute personne qui enfreindra ce blocus en prenant la route vers Bamako ou Kati en assumera les conséquences. Qu'il s'agisse de personnes ou de véhicules. Personne ne sera épargné. »
Cette offensive coordonnée entre les djihadistes du JNIM et les indépendantistes touaregs du Front de libération de l'Azawad (FLA) répond à la rhétorique de la junte. Le Premier ministre malien, Abdoulaye Maïga, a reconnu la gravité de la situation : « le but de l'ennemi était de conquérir le pouvoir, en démantelant les institutions de la République ».
L’échec de la stratégie de rupture pose la question de l’avenir du pays. Alors que les accords militaires avec la France ont été révoqués par Bamako, Paris n'a plus aucune obligation d'intervention. Face à l'inefficacité apparente du nouveau dispositif sécuritaire, le Mali semble plus que jamais dans l'impasse, coincé entre une junte affaiblie et des groupes armés dont l'objectif final est désormais la prise du pouvoir central.
MAMADOU DIOP







