Les révélations sur le clan Fawaz et ses ramifications au Sénégal

Une étude menée par l'Institut international de lutte contre le terrorisme (ICT) sur l'utilisation des réseaux claniques au sein de la diaspora par le Hezbollah a montré une implication du clan Fawaz et des ramifications au Sénégal. Selon l'étude, 6 milliards de dollars de fonds ont été transférés en 2023.
Une étude de l'Institut international de lutte contre le terrorisme (ICT) analyse comment le Hezbollah exploite les réseaux claniques chiites libanais au sein de la diaspora en Afrique de l'Ouest, en utilisant le clan Fawaz, présent au Sénégal, pour illustrer les efforts de financement mondiaux du groupe.
Ces recherchent s'appuient sur des sources ouvertes et des documents du Trésor américain pour retracer les origines du clan Fawaz au Sud-Liban, son expansion en Afrique de l'Ouest et ses liens avec le Hezbollah, tant au Liban qu'au sein de la diaspora. L’étude examine le fonctionnement des entreprises familiales en Afrique de l'Ouest aux côtés d'individus impliqués dans le financement et les opérations du Hezbollah.
Le clan Fawaz, selon le document, illustre comment le Hezbollah exploite les réseaux familiaux étendus de la diaspora pour soutenir son infrastructure financière et organisationnelle. En combinant liens de parenté, activités commerciales légales et rôles au sein du Département des relations extérieures (FRD), la famille relie, dit-on, les communautés chiites de l'étranger à la direction du Hezbollah au Liban.
Ce cas, selon le document, montre que le financement du terrorisme est souvent ancré dans les structures sociales et familiales, rendant difficile la distinction entre activité légale et soutien illicite.
Le modus operandi du clan Fawaz
Selon le document, ces clans agissent comme facilitateurs financiers, acheminant des fonds à travers les frontières et se livrant à un large éventail d'activités légales et illégales, telles que le trafic de stupéfiants et d'armes, ainsi que le blanchiment d'argent via l'immobilier, l'art, les produits de luxe, etc.
La question centrale abordée dans ce rapport est celle de l'organisation, de la gestion et de l'intégration des réseaux claniques du Hezbollah à l'étranger. Cette étude examine le clan Fawaz et démontre que, si certains clans fonctionnent principalement comme des familles finançant des activités criminelles, d'autres jouent un rôle plus stratégique au sein de l'infrastructure de financement et de logistique du Hezbollah dans la diaspora, par le biais du Département des relations extérieures (FRD) et de l'Organisation de sécurité extérieure (ESO), également connue sous le nom d'Organisation du Jihad islamique (IJO) ou liée à celle-ci.
Cette étude, centrée sur des individus du clan Fawaz désignés par les États-Unis, examine leur rôle au sein de réseaux liés au Hezbollah et met en évidence des schémas structurels plus larges. Elle situe également ces individus dans le contexte plus large du clan en analysant les origines de la famille et son écosystème social au Liban, ainsi que ses structures de propriété d'entreprises et ses principaux centres d'activité en Afrique de l'Ouest.
Clans et familles au Liban
Au Liban, la notion de clan est particulièrement complexe. Les liens familiaux et claniques façonnent presque toujours les interactions entre l’État, les citoyens et les partis politiques. La famille constitue le principal pilier de l’identité sociale et politique, l’État venant en second plan. Les chercheurs désignent souvent ce phénomène sous le terme de familisme politique.
Au Liban, le familisme politique influence l’accès à l’emploi, aux services publics, à la protection juridique et aux ressources, car ceux-ci sont souvent distribués par le biais de réseaux familiaux et sectoriels. Le système politique est structuré autour de familles et de dynasties influentes.
Pour beaucoup, être Libanais signifie appartenir à une famille dans une région spécifique, plutôt qu’avoir un lien direct avec l’État.
Depuis le début du XXe siècle, d'importants migrants libanais, notamment chiites originaires du Sud-Liban, ont émigré en nombre vers l'Afrique de l'Ouest, l'Amérique latine et d'autres régions (principalement pour trouver du travail). Au fil du temps, même avec l'émergence des communautés de deuxième et troisième génération, les liens de solidarité et de parenté avec les familles restées au Liban se sont maintenus, devenant particulièrement forts lors de périodes de crise, comme la guerre de 2006 avec Israël, la pandémie de COVID-19 et la guerre de 2024 avec Israël.
Ce lien a perduré malgré les barrières linguistiques, l'ancrage territorial et la vie sociale quotidienne au sein de la diaspora, qui s'est largement localisée.
Six milliards de dollars de fonds transférés en 2023
L'une des principales caractéristiques des relations entre la diaspora et la famille au Liban est l'afflux de transferts de fonds de la diaspora, destinés principalement à assurer la subsistance des parents restés au Liban. De fait, les transferts de fonds de la diaspora vers le Liban ont atteint environ 6 milliards de dollars en 2023 (montant documenté). Cela témoigne de la dépendance du Liban à l'égard des transferts de fonds des migrants, notamment en provenance des importantes communautés d'Afrique de l'Ouest.
Pendant et après la guerre de 2024 entre le Hezbollah et Israël, les flux financiers provenant de la diaspora ont considérablement diminué. Après le cessez-le-feu entre le Liban et Israël le 27 novembre 2024, l'aéroport international de Beyrouth a été placé sous étroite surveillance, notamment par les autorités américaines, ce qui a rendu plus difficile le transfert d'argent liquide dans les bagages.
La diaspora et leurs proches au Liban ont continué de dépendre de la banque Al-Qard al Hasan (liée au Hezbollah et sanctionnée pour cela par le département du Trésor américain en 2016) pour leurs transferts bancaires, souligne l’étude. Qui renseigne que cette banque avait été créée dans le but d'inciter la communauté chiite à soutenir le Hezbollah et de contourner le système bancaire réglementé. Cette situation a perduré jusqu'à ce qu'Israël cible de nombreuses agences et paralyse leurs opérations pendant la guerre de 2024. Après le cessez-le-feu fin 2024, la banque a annoncé la réouverture de ses agences et ses activités ont repris.
L’étude souligne qu’en raison des liens sociaux et organisationnels étroits entre les clans du Sud-Liban, les communautés de la diaspora chiite et le Hezbollah, les personnes détenant des comptes à Al-Qard al-Hasan sont souvent considérées avec suspicion, car l'institution est largement perçue comme étant associée aux activités du Hezbollah.
Ainsi, renseigne-t-on, suite à l'effondrement temporaire d'Al-Qard al Hasan et à la limitation du système de transfert de fonds, le recours aux virements bancaires et autres circuits officiels s'est accru. Parallèlement, on observe une augmentation de l'utilisation des canaux numériques non réglementés, tels que les cryptomonnaies et les applications de transfert d'argent, notamment Wish Money (dans un cas précis, le compte caritatif Wata'awanu, lié au Hezbollah, a été fermé par le prestataire de paiement numérique Wish Money après des avertissements des autorités de régulation concernant ses liens avec le Hezbollah).
Dans les deux cas, indique l’étude, la supervision libanaise est limitée, ce qui permet des transferts via des intermédiaires non enregistrés, rendant difficile l'identification des bénéficiaires et la localisation finale des fonds.
Le rôle des réseaux familiaux dans les opérations de financement du Hezbollah au sein de la diaspora
Pour gérer les relations avec la diaspora, le Hezbollah dispose d'une unité dédiée, le Département des relations étrangères (FRD). Le FRD place des représentants officiels ou semi-officiels au sein des communautés chiites du monde entier (notamment en Afrique de l'Ouest, en Amérique du Sud et en Europe).
Certains de ces représentants ont été décrits comme des ambassadeurs du Hezbollah ; ils collectent des fonds, recrutent des agents, coordonnent les visites officielles du Hezbollah, se rendent au Liban et servent de relais de renseignement.
Selon l’avertissement du FinCEN de 2024, le FRD est la composante « semi-ouverte » de l’Organisation du Jihad islamique (OJI) ou de l’Organisation de sécurité extérieure (OSE) du Hezbollah : il est responsable de la présence publique, du recrutement, de la collecte de fonds et du recueil de renseignements au sein des communautés de la diaspora.
Les réseaux liés au Hezbollah, renseigne l’étude, utilisent divers mécanismes de transfert d'argent, notamment les comptes de transfert auprès d'Al-Qard al-Hasan, le transport physique d'argent liquide dans des valises, les cryptomonnaies et les applications de transfert d'argent numérique. Au Sud-Liban, les familles proches du Hezbollah possèdent souvent des comptes à Al-Qard al-Hasan, qui constituent un important canal financier en dehors du système bancaire traditionnel.
Au vu de ce qui précède, le clan Fawaz se distingue dans cette étude par ses liens sociaux étroits avec les communautés proches du Hezbollah au Sud-Liban et par son ancrage historique dans la diaspora ouest-africaine. Contrairement aux clans qui opèrent principalement comme réseaux criminels locaux, la famille Fawaz illustre comment les liens familiaux, les activités commerciales légales et les fonctions officielles peuvent se conjuguer pour relier les communautés de la diaspora au Hezbollah, notamment par le biais du Département des relations extérieures (FRD).
CHEIKH THIAM







