Publié le 8 Oct 2026 - 11:02
ENTRETIEN - ABDOULAYE BAR DIOUF

“Le bilan de Vieira est positif pour une équipe traumatisée par le Mondial”

 

Trois matchs, deux victoires, un nul : le bilan de Patrick Vieira à la tête des Lions est « positif » pour une équipe « traumatisée » par le Mondial. L’agent de joueurs établi en Italie, Abdou Bar Diouf, analyse les débuts du nouveau sélectionneur, après la fenêtre de septembre-octobre.

 

Après 3 matchs sur le banc des Lions, 2 victoires et 1 nul, quel est votre premier bilan pour l’ère Vieira ?

Pour moi, c'est un bon bilan pour une équipe traumatisée par la Coupe du monde, une équipe qui a changé d'entraîneur et dont certains joueurs sont en train de partir. On a vu le départ du gardien Édouard Mendy, qui faisait partie des cadres de l'équipe. On a aussi l'absence de Jakobs. Je ne sais pas s'il va continuer ou s'il va arrêter. Il y a le fait aussi de jouer trois matchs à l'extérieur. Contre les Comores, c'est un match qui se joue hors de nos bases.

Aller au Mozambique et rentrer avec un point, revenir de l’Éthiopie avec trois points, c'est un bon bilan. Un bon bilan aussi dans le sens où il cherche à voir des joueurs qu'il a convoqués. Sur trois matchs, pour un travail à long terme, il a fait l'essentiel. Il n'a pas perdu. Deux victoires, un match nul. Pour les débuts d'un entraîneur, s’il y avait eu une défaite, ça aurait été catastrophique pour le projet qu'il a déjà entamé. Pour lui, c'est positif.

Lors du nul contre le Mozambique (1-1), on a senti une équipe qui tergiversait. C'était quoi le problème ?

C’était une première sortie avec un nouvel entraîneur, hors de nos bases. Et les réalités de l'Afrique, ce n'était pas facile. Les joueurs sont en début de championnat. Certains sortent du mercato, qui est une période qui perturbe certains joueurs. Ce n'est pas clair dans la tête de plusieurs joueurs en club, à savoir s'ils vont continuer à jouer comme titulaires. Tous ces paramètres sont positifs pour le Mozambique. Le Mozambique a égalisé par son joueur qui a bien débuté au Sporting du Portugal. Il n'a pas été perturbé par le mercato. Il a répondu au but d’Ibrahim Mbaye. Pour moi, c'est un point positif. Ça aurait été catastrophique si on avait perdu au Mozambique.

Pour moi, actuellement, les équipes se valent et les paramètres de l'Afrique pèsent lourd sur les joueurs qui viennent souvent d'Europe. Souvent, les Sénégalais me parlent du beau jeu. Moi, ce qui m’importe, c'est le résultat. Comme disent souvent les Italiens, c'est le résultat qui compte après la rencontre.

On a vu un Sénégal bien meilleur en 4-3-3, lors de la première période contre le Mozambique et face aux Comores. Vieira doit-il adopter ce système ?

Le système dépend des joueurs dont dispose l'entraîneur et de son adversaire aussi. Les entraîneurs, avant les matchs, étudient bien leurs adversaires. Le fait d'étudier ses adversaires lui donne des indications pour qu'il puisse essayer un système. Et les systèmes ne sont pas figés durant les matchs. Au cours du match, l'entraîneur change son système. Il peut arriver avec un 4-3-3 et, à la fin de la rencontre, se retrouver avec un 4-2-3-1.

Il peut arriver avec un 3-4-3 et, à la fin de la rencontre, terminer avec un 4-2-3-1. Tout dépend de la physionomie du match. Il peut essayer. Vous savez que la place des joueurs qui sont là aujourd'hui n'est pas un titre foncier. Vous savez qu’Aliou Cissé a commencé avec plusieurs joueurs, mais qu'en gagnant la Coupe d'Afrique, c’était avec des joueurs qui ne faisaient même pas partie de ses débuts. C'est un travail à long terme. Aujourd'hui, Patrick Vieira, sauf catastrophe, ira jusqu'à 4 ans avec l'équipe nationale du Sénégal. Donc, il a intérêt à regarder tous les schémas ou tous les modules possibles pour que l'équipe du Sénégal puisse faire face à n'importe quel adversaire.

Un seul but marqué sur chacun des 3 matchs contre des adversaires modestes. C'est inquiétant pour un champion d'Afrique ?

L'important, c'est de marquer. Ils ont marqué, ils ont tenu et les équipes qui étaient leurs adversaires se sont bien défendues. Une rencontre gagnée par un but au décompte final peut souvent poser des difficultés, mais, pour un début, c'est positif. Ce n'est pas inquiétant. Aujourd'hui, vous avez vu que le Nigeria, qui a des attaquants parmi les meilleurs du monde, est allé en Guinée-Bissau où l’équipe a pris trois buts sans que ses attaquants ne marquent. La Côte d'Ivoire a joué contre le Cameroun et ses attaquants n'ont pas marqué.

Il n'y a plus d'équipes modestes. Une équipe modeste est un adversaire dangereux. Le Mozambique pouvait nous battre et, dans ce cas, cela aurait été un traumatisme pour plus de dix ans. On a gagné devant les Comores par un but à zéro. Les joueurs ont essayé de jouer ensemble. Ce sera une équipe plus rodée à l'avenir.

Le cas des gardiens : Diouf titulaire deux matchs, puis Diaw contre les Comores. Vieira cherche-t-il encore son N°1 ?

Avec le départ d'Édouard Mendy, le coach ou l'entraîneur des gardiens a un chantier, un vaste chantier pour trouver un numéro un. Il est important qu'il fasse une évaluation des gardiens qu’il a convoqués pour désigner son numéro un.

C'est logique partout. Un numéro un se définit par des évaluations, et ce que le gardien fait en club compte aussi. L'Italie a eu la chance d'avoir toujours de bons gardiens. Mais avant la fin de la carrière de Buffon, on avait vu l'arrivée de Donnarumma, un gardien titulaire à 16 ans et demi. Aujourd'hui, Yehvann Diouf, avec l'OGC Nice, peut prétendre à être notre numéro un, mais c’est à lui aussi de montrer ce qu'il sait faire en club et en équipe nationale. On a aussi d'autres gardiens qui sont derrière. Il faut travailler pour mériter d'être en sélection. Si un gardien reste en forme dans la continuité, il sera le numéro un.

C'est Édouard Mendy qui est parti, c'est une grosse perte. Une équipe ne doit pas s'arrêter à la carrière d'un footballeur ou d'un homme. Il faut continuer à travailler avec tout ce qui gravite autour de cette équipe nationale pour qu'on puisse avoir deux bons gardiens ou un bon gardien capable de remplacer Édouard Mendy pour être le numéro un de cette équipe.

Koulibaly et Gana Gueye mis sur le banc contre le Mozambique et l'Éthiopie, puis titularisés contre les Comores. Quel est le message que Vieira veut passer à ses joueurs ?

Ils sont là et aptes à jouer. Ce sont des leaders et ils sont là pour accompagner son projet. J’emprunte les mots de Gianluigi Buffon qui disait : « Je ne regarde pas la carte d'identité, j'écoute mon corps. » C'est ce que Buffon disait quand il approchait de ses 40 ans. Une équipe se construit sur des hommes qui arrivent, des hommes qui partent et des anciens qui accompagnent la génération à venir.

C'est tout. Koulibaly et Gana sont utiles pour cette équipe et sont importants aussi pour l'environnement du groupe. Leur présence dans le vestiaire, à l'hôtel et sur le terrain reste positive. C'est important qu'ils soient là. Patrick a déjà regardé d'autres profils et ces jeunes qui arrivent ont montré ce qu'ils savaient faire. Il n’a pas besoin de message pour montrer que les anciens vont partir ou que les jeunes vont rester. Non, il est en train de construire entre ces anciens et les nouveaux arrivants.

Bara Sapoko, titulaire 2 fois, Ibrahim Mbaye passeur décisif au Vélodrome, Lamine Sy, Mamadou Diakhon percutant. Vieira a-t-il réussi son pari de la jeunesse ?

Moi, je parle de projets construits autour de ceux qui étaient là et de ceux qui arrivent. Ils cherchent des profils, ils ne cherchent pas un âge. Ces jeunes ont donné de la satisfaction, mais ce n'est pas pour leur âge qu'on parlera de satisfaction, car avec leur âge et tout ce qui gravite autour d'eux, il y a ces anciens qui font leur force aujourd'hui. Bara Sapoko m'a impressionné, Diakhon aussi, Lamine aussi. Tous ces garçons-là sont importants, mais ils le sont grâce à ceux qui étaient là.

Ces anciens vont les accompagner jusqu'à ce qu'ils arrivent à maturité. En Italie, certains joueurs étaient partis, mais aujourd'hui Mancini les a rappelés pour que l'équipe retrouve son ADN. Chaque coach a besoin de certains joueurs qui puissent aider les plus jeunes à comprendre et à bien tracer leur chemin. C'est bénéfique pour l'équipe, c'est bénéfique pour l'entraîneur. Il a réussi son pari parce qu'il les a évalués. Il a eu des satisfactions avec eux. Il est en train d'ajouter de la qualité dans son groupe. Il ne faut pas faire table rase de ceux qui étaient là.

Aujourd'hui, avec ce qu'on a vu sur ces 3 matchs, voyez-vous une vraie rupture dans le jeu proposé par Vieira par rapport à ses prédécesseurs ?

Rupture, c'est un mot trop utilisé actuellement au Sénégal. Les gens veulent tout écraser pour reprendre à zéro. Ce qui est important, c'est que c'est une équipe qui est toujours là. Moi, ce que je veux, c'est faire revenir cette équipe-là pour qu'on puisse dépasser le traumatisme du Mondial. Seul le résultat compte pour moi. Si on joue bien et qu'on ne gagne pas, ça n'a pas d'importance.

L'important est que l'équipe soit une équipe réaliste, une équipe qui gagne sur le terrain, voilà. C'est ça qu'on dira demain si cela arrive et qu'on continue à gagner, jusqu'à gagner une CAN et atteindre une demi-finale en Coupe du monde. La rupture, c’est peut-être sur certains aspects qui gravitent souvent autour de la Tanière et qui font parfois passer le Sénégal à côté. En ce moment, on ne peut pas utiliser le mot rupture, qui est devenu un terme bien trop récurrent.

Le prochain rassemblement est en novembre. Selon vous, quels sont les chantiers prioritaires pour Vieira avant la CAN 2027 ?

Avant tout, se qualifier pour la Coupe d'Afrique, continuer de travailler, continuer de construire et continuer d'élargir l'équipe en allant partout regarder tous les profils sélectionnables pour notre équipe nationale. Ce n'est que ça. Une qualification en Coupe d'Afrique, c'est le premier objectif, c'est son chantier. Après, c’est de bâtir une équipe pour la Coupe d'Afrique des Nations. Pour cela, il faut chercher partout, regarder partout, aller partout observer les Sénégalais qui sont sélectionnables et former une équipe performante pour la prochaine CAN, avant de penser aux éliminatoires de la Coupe du monde ou à la prochaine Coupe du monde.

LOUIS GEORGES DIATTA

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