Zizou est (encore) une fête, profitons-en !

Quatre matchs, quatre démonstrations d'amour total et inconditionnel, les débuts de Zinédine Zidane comme sélectionneur ont été un véritable torrent d'euphorie populaire. Pour ne rien gâcher, son équipe de France a refermé cette fenêtre internationale en étant invaincue. Bref, tout va très bien Madame la Marquise. Profitons-en, ça ne durera pas.
Celles et ceux qui ont eu la chance d'assister à l'un des quatre matchs de l'équipe de France lors de cette fenêtre internationale ont pu s'en rendre compte : la nomination aussi récente qu'attendue de Zinédine Zidane au poste de sélectionneur a été accompagnée d'une euphorie caractéristique des grands moments de l'histoire du sport.
À chaque petit geste, chaque prise de parole, chaque réaction, voire chaque clignement d'yeux ou grattage de crâne, le stade a fait exploser les décibels, comme pour rappeler la joie qui habitait les tribunes de constater que c'est désormais bien réel : l'ancien joueur le plus populaire du football français toutes époques confondues est désormais à la tête d'une sélection qui compte pléthore de joueurs de classe internationale et pratique l'un des jeux les plus attractifs du monde. Autrement dit, il y a de quoi se réjouir et donc, pas question de bouder son plaisir.
Invincibles à leur manière
Cela étant, on pourrait trouver un côté presque effrayant à toute l'idolâtrie qui entoure ZZ. Tout joueur de légende et entraîneur de talent qu'il est, il reste avant tout un homme dont l'extravagance n'a jamais compté parmi les qualités premières et préfère mettre en avant ce qu'il connaît le mieux – la vérité du rectangle vert – plutôt que de multiplier les prises de parole à rallonger et les discours enflammés. Cela fait une différence majeure avec son homologue d'outre-Rhin Jürgen Klopp, mais les deux hommes ont tout de même le point commun d'avoir été attendus comme le Messie sur le banc de leur sélection respective.
Maintenant qu'ils sont bien installés et que leur première sortie vient de se terminer, l'heure est (déjà) au premier bilan. En Allemagne, Klopp est brutalement redescendu sur terre après avoir fait les frais de débuts expérimentaux, en convoquant 44 joueurs répartis en deux groupes distincts pour ses quatre matchs à disputer. Avec un bilan en demi-teinte : une victoire, une défaite et deux nuls.
Zidane, lui, termine sur une note bien plus positive : trois victoires et un seul nul. Cela dit, l'objectivité requiert de retirer cette paire de lunettes qui fait voir la vie en rose, pour constater que l'équipe de France next gen est encore en plein rodage : le succès face à la Turquie l'a été à l'arraché, le premier face à la Belgique aussi. Quant au second, il aurait pu tourner au fiasco si les trois hommes les plus en forme du moment n'étaient pas venus donner la leçon au meilleur ennemi des Bleus dans l'espace d'un quart d'heure.
Enfin, le match nul obtenu contre l'Italie est venu révéler les nombreuses lacunes encore présentes en défense et a mis en lumière l'un des nombreux chantiers qui attendent ZZ sur la route, non pas du Final Four de la Ligue des nations, mais bien de l'Euro 2028.
Vivement la défaite !
Il n'y a pas qu'en France que l'aspect « laboratoire » de cette trêve internationale s'est fait ressentir. Mais au contraire du Portugal, en plein CR7-Gate, de la Belgique, qui avance encore à petits pas vers sa transition post-génération dorée, de l'Allemagne, toujours en proie au doute quant à ses capacités réelles, comme l'Italie d'ailleurs, l'équipe de France ressort sans anicroche visible et laisse un sentiment à la fois globalement positif et rafraîchissant. Plutôt bienvenu pour combattre la sinistrose ambiante qui habite le reste du pays. « L'effet Zidane » serait-on tenté de dire. « Qui ne durera pas éternellement » se sent-on obligé d'ajouter, avec un réalisme tout à fait franchouillard.
Pourquoi ? Parce que c'est précisément dans la difficulté – donc la défaite – que Zinédine Zidane aura l'occasion de révéler pleinement son potentiel en tant que sélectionneur et de sortir de cette image un peu naïf qui l'entoure, dans le sens où le grand public est encore en train de s'émerveiller devant une personnalité ô combien sympathique, mais qui n'est toujours pas rentrée dans le dur de son nouveau métier.
Ainsi, c'est après le verdict de ce juge de paix qu'est l'Euro 2028 qu'il sera temps de conclure un premier vrai bilan de Zidane en équipe de France. Celui-ci sera positif ou négatif, il est encore trop tôt pour s'avancer et considérer l'hypothèse inconcevable que, malgré sa capitale sympathie débordant, son passage sur le banc bleu pourrait s'avérer être un échec dans la durée. Mais il reste encore pas mal de mois et de matchs avant d'en arriver à une telle éventualité.
La prochaine sortie des Bleus est prévue dans un mois, avec un match à Bordeaux et un déplacement en Italie. Deux matchs lors desquels on montera de nouveau en épingle des chapitres du roman de la vie de Zizou. Certains frôleront l'indigestion, d'autres auront la gorge encore suffisamment dilatée pour avaler ce supplément de bonne humeur et d'euphorie. En attendant les échéances auxquelles la France fera face en 2027, on serait plutôt tenté de rejoindre le camp des secondes.
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