Publié le 12 May 2022 - 10:00
EXPLOITATION ET VENTE DE BOIS MORT

 Le secteur bien régulé en Casamance

 

Il pourrait inspirer tous ceux qui s’activent autour de la gestion des ressources forestières en Casamance et ailleurs.  Le Parc eaux et forêts de la capitale sud du pays, puisque c’est de lui qu’il s’agit, constitue, véritablement, un exemple presque réussi d’organisation, d’exploitation et de vente de bois mort.

 

C’est désormais connu de tous ! Les produits naturels qui devaient contribuer à maintenir bas les prix sont devenus des denrées rares qui renchérissent le coût de la vie dans la région de Ziguinchor. Parmi ces produits, le bois mort. La ruée vers la ressource et sa rareté suscitent de nombreuses convoitises à partir desquelles naissent des tensions exacerbées par la volonté farouche des uns et des autres, les populations autochtones notamment et les services de l’État, d’en faire une chasse gardée.

Lorsque cet État, dans le cadre de la gestion de ces ressources forestières, y va avec ses nombreux codes, les populations, elles, tentent de s’organiser à travers la création, par-ci et par-là, de comités dits de protection, de surveillance, de veille et d’alerte des réserves forestières qui résistent, encore et encore, à l’exploitation sauvage et anarchique. Pis, la mise en application de mesures normatives par l’État et parfois non réglementaires par ces comités qui, à priori, devaient être complémentaires, parce que visant les mêmes objectifs de protection, de transparence et de bonne gouvernance de la ressource, constitue, parfois, les principales sources de conflits sociaux qui, du coup, menacent la recherche d’une paix définitive en Casamance.

La tragédie de Boffa-Bayottes qui a fait 14 morts, sept blessés et trois blessés en janvier 2018, en est la parfaite illustration. Et pourtant, dans un passé récent, des coopératives organisées, bien identifiées, connues et reconnues par l’État s’occupaient de la distribution et du bois mort et du bois devant servir à la menuiserie. Tout cela sous l’œil vigilant de l’agent forestier qui délivrait, à partir des scieries, le permis de circuler. Depuis, ces coopératives ont disparu.

Désormais, n’importe qui peut accéder aux produits forestiers, d’où ces convoitises et tensions citées plus haut.

Il urge, donc, de réorganiser mieux ce secteur vital, pourvoyeur d’emplois et de plus-value, à l’image de ce qui se faisait dans le cadre du projet forestier dit ‘’canadien’’ qui, en plus de la protection, de la gestion et du développement de la ressource, s’employait à la distribution, par le biais des coopératives, des profits tirés des ressources forestières.

C’est d’ailleurs tout le sens de la naissance du Parc des eaux et forêts de Ziguinchor qui n’est rien d’autre qu’un dépôt organisé de vente de bois mort. Sis au quartier Korentas, en centre-ville de Ziguinchor, ce dépôt a vu le jour au lendemain de la fin de ce projet forestier. Nous étions entre 1981 et 1982. S’étant retrouvés au chômage, les travailleurs de ce projet avaient décidé de se lancer dans l’exploitation et la vente de bois mort.

Ainsi naquit le Parc des eaux et forêts de Ziguinchor qui est devenu, au fil des ans, un dépôt incontournable de vente de bois mort, à l’occasion de certaines manifestations comme les cérémonies et fêtes religieuses ou certains événements à caractère privé ou public. Ils sont une quinzaine de femmes et d’hommes organisés en groupement d’intérêt économique (GIE) qui disposent d’un registre de commerce et d’un Ninea à s’activer autour de ce parc. Le produit provient, notamment, au niveau des forêts des Kalounayes, dans le département de Bignona. 

‘’En récupérant du bois mort, nous participons à la lutte contre les feux de brousse et à la destruction de nos forêts. Mieux, une des missions qui nous sont confiées est de participer au reboisement’’, informe le responsable du dépôt de Korentas, Landing Kambi.

Selon lui, les services des eaux et forêts et chasses leur demandent de se conformer à la règle, c’est-à-dire au ramassage strict du bois mort. ‘’Nous nous limitons qu’au bois mort’’, souligne M. Kambi qui, à la retraite, a préféré se lancer dans la vente de ce produit.

Toutefois, les membres de ce dépôt préfèrent ne pas parler argent et gains. ‘’On se débrouille. Cette activité nous permet, juste, de subvenir à nos besoins’’, relève-t-il sans déplorer leur non-accès au financement des organismes financiers mis en place par l’État. Parmi ceux-là, le Fongip, avoue-t-il.

HUBERT SAGNA (ZIGUINCHOR)

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