Le symbole de l’intégration

Sur la base de ces fondements, les Marocains au Sénégal comme les Sénégalais au Maroc peuvent, en principe, étudier, travailler, entreprendre, sans beaucoup d’entraves.
Chaque année, ils sont des dizaines, voire des centaines de ressortissants marocains qui choisissent Dakar, en particulier sa faculté de Médecine, pour poursuivre leur cursus. La trentaine, Dr Mehdi Hatim est témoin de ces flux importants de ses compatriotes depuis environ 10 ans. Ancien secrétaire général de l’Association des étudiants marocains au Sénégal, il s’explique sur l’attrait de certains Marocains pour la faculté de Médecine de l’Ucad. ‘’L’école sénégalaise de médecine, de pharmacie et de médecine dentaire, dit-il, est connue pour être une référence. Les diplômes qui y sont délivrés font partie des rares reconnus officiellement par les autorités marocaines. La faculté de Médecine est une institution centenaire qui a eu à former des sommités du monde médical’’.
Déjà en cours de formation, les lauréats marocains qui retournent au pays pour des stages ruraux facilités par les autorités universitaires sénégalaises, laissent une très bonne impression sur place, renseigne Hatim. ‘’Cette qualité de la formation fait que même des médecins marocains formés au Maroc se ruent vers le Sénégal pour décrocher une place dans l’une des formations spécialisées proposées par l’Ucad. Vraiment, les médecins spécialistes formés au Sénégal n’ont rien à envier à leurs collègues formés au pays. Dans certaines spécialités, ils sont même mieux formés et plus aguerris’’, ajoute le jeune médecin qui est à la fin de sa spécialisation en ophtalmologie.
Au-delà de la qualité de la formation, les conditions sont nettement plus favorables par rapport à d’autres destinations, notamment européennes. En raison des conventions signées entre les deux pays, les étudiants marocains au Sénégal ont accès à tous les services sociaux des universités sénégalaises. Au même titre que leurs camarades sénégalais. Ils paient les mêmes frais d’inscription, ont accès aux bourses de l’Etat du Sénégal (40 000 F CFA qui passent à 60 000 F CFA à partir de la 5e année par mois, plus une trousse annuelle de 35 000 F CFA), ils ont aussi accès à la couverture médicale. Ils peuvent manger dans les restaurants universitaires (250 F CFA pour les trois repas quotidiens) et ont un quota de chambres au niveau de la cité universitaire.
‘’Ceci, sans compter l’accueil très chaleureux des Sénégalais qui nous font oublier l’éloignement de nos familles’’, tient à souligner M. Hatim, non sans préciser que le ministère de l’Enseignement supérieur octroie chaque année 150 bourses à des élèves marocains désireux de poursuivre leurs études au Sénégal. Ce, compte non tenu des autres qui viennent sans bourse de l’Etat.
Si Dakar (90 % de l’effectif) et la faculté de Médecine accueillent le gros du lot, d’autres choisissent de déposer leurs baluchons dans les universités de l’intérieur : Thiès, Saint-Louis, Ziguinchor et Bambey. En sus des études en médecine, il y en a aussi qui viennent suivre d’autres filières comme l’agronomie.
En outre, conformément à l’accord entre les deux pays, à la fin de la formation, ceux qui le désirent peuvent bien guetter des opportunités sur leur terre d’accueil. Le ministère de la Santé et de l’Action sociale, dit-on, a même recruté des médecins marocains affectés dans certaines régions souvent présentées comme des déserts médicaux et ils y font un travail remarquable. Ils sont à Ziguinchor, à Touba, à Thiès, à Dakar, pour ne citer que ces exemples, renseigne notre interlocuteur.
Il n’empêche, précise Mehdi Hatim, la majorité préfère retourner au Maroc, pour se rapprocher notamment de leurs familles, mais aussi parce que certains comme les pharmaciens n’ont pas la possibilité d’ouvrir des officines au Sénégal.
C’est là un des rares domaines qui résistent à l’ouverture presque sans limite. Pourquoi ? Nous avons essayé de joindre le Dr Assane Diop, Président du Syndicat des pharmaciens privés du Sénégal, pour de plus amples éclairages sur ce qui ressemble à une ‘’anomalie’’ par rapport à l’esprit de la coopération entre les deux pays. Il explique : ‘’Ce que je sais, c’est que pour ouvrir une pharmacie au Sénégal, il faut être de nationalité sénégalaise. Maintenant, il peut arriver que le Sénégal signe un accord avec un autre pays, pour que les ressortissants des deux pays puissent s’établir dans n’importe lequel des deux pays. Par exemple, que les Sénégalais puissent s’établir au Maroc et vice-versa. Mais aujourd’hui, à mon humble avis, peut-être l’ordre pourra y répondre de manière plus précise ; ce n’est pas encore le cas. Un Sénégalais ne peut pas ouvrir une pharmacie au Maroc. Et vice-versa.’’






