Macky Sall officiellement dans la course

Le processus de sélection du prochain Secrétaire général des Nations unies vient de franchir une étape décisive. Ce lundi 2 mars 2026, la candidature de l'ancien président sénégalais, Macky Sall, a été formellement déposée par le Burundi, pays qui assure actuellement la présidence de l'Union africaine.
Longtemps sussurée dans les couloirs, la candidature de Macky Sall est désormais actée. L'ancien président de la République du Sénégal, entre officiellement dans la danse pour devenir ainsi le troisième Africain à la tête de l'ONU. Fait notable dans les usages diplomatiques : ce n'est pas le Sénégal, mais le Burundi qui a officiellement porté le dossier de Macky Sall devant l'Assemblée générale. Ce parrainage extérieur souligne la dimension panafricaine de sa candidature, alors que l'Union africaine cherche à peser de tout son poids dans cette succession. « C'est le Président du Burundi, président de l'Union africaine, qui a déposé cette candidature. Donc c'est le candidat de l’UA. Et il y a de très fortes chances qu'il soit aussi soutenu par le monde musulman, car il serait le premier musulman à devenir Secrétaire général des Nations unies. Et il pourrait être le candidat du Sud global », commente l'ancien ministre Yoro Dia.
Selon lui toujours, malgré le soutien sans faille de l'Afrique, l'ancien Chef d'État accorde beaucoup de crédit à celui que pourrait lui apporter son pays. « Naturellement, il va avoir le soutien de son pays, le Sénégal, nous sommes très optimistes. Le président de la République, qui est aussi le chef de la diplomatie sénégalaise, va le soutenir. Il sera aussi probablement son directeur de campagne. Ce n'est pas la personne de Macky qui est en jeu, c'est la gloire et l'honneur du Sénégal. Pour une fois, il faudra que l'on taise nos clivages partisans, nos sénégalaiseries, etc. Le président Macky Sall accorde beaucoup d'importance au soutien que le Sénégal va lui apporter. » Malgré son expérience (présidence de l'UA en 2022, envoyé spécial pour le Pacte de Paris pour la planète), le chemin vers le 38e étage du "Glass House" est semé d'embûches.
Car, d’abord, selon la tradition non écrite de l'ONU, le poste devrait normalement revenir à la région Amérique latine et Caraïbes. Des noms comme celui de l'Équatorienne Ivonne Baki ou de la Mexicaine Alicia Bárcena circulent avec insistance. Et après neuf secrétaires généraux masculins, de nombreuses voix s'élèvent pour qu'une femme soit enfin nommée. Au delà de tout cela, au Sénégal, la candidature divise. Si ses partisans louent sa stature internationale, ses détracteurs rappellent les tensions politiques de la fin de son second mandat. Macky Sall devra désormais se soumettre aux « dialogues interactifs » devant l'Assemblée générale pour présenter sa vision. Le choix final résultera d'un compromis délicat entre les cinq membres permanents du Conseil de sécurité, avant une élection prévue d'ici la fin de l'année 2026 pour une prise de fonction le 1er janvier 2027.
Macky pas prophète chez lui
En attendant, nombreux sont ceux qui cherchent à contrecarrer cette ambition de M. Sall viennent paradoxalement du Sénégal. Comme quoi nul n'est prophète chez soi. Pour l’ONG Horizon Sans Frontières, porter Macky Sall à la tête de l’institution mondiale serait une trahison des valeurs fondamentales de paix, de justice et de protection des droits humains que l’Onu est censée incarner. Dans un communiqué, l’ONG estime que sa candidature « soulève de sérieuses inquiétudes sur le respect des valeurs fondamentales de l’Organisation des Nations unies ». Or, poursuit le président de HSF, Boubacar Sèye, « l’histoire récente du Sénégal sous le régime de Macky Sall contredit ces principes de manière flagrante ». M. Sèye va encore plus loin en soutenant que « la candidature de Macky Sall, compte tenu de son bilan national, ternit l’image de l’ONU », qui pourrait perdre sa « crédibilité auprès des populations ». Selon Boubacar Sèye, la responsabilité de Macky Sall dans la répression violente des événements politiques (2021-2024) milite en sa défaveur.
« Sous le mandat de Macky Sall, de nombreux rapports d’organisations internationales et locales font état d’arrestations arbitraires, de détentions prolongées et de torture de citoyens sénégalais. La violence d’État, qu’elle soit dirigée contre des manifestants pacifiques, des opposants politiques ou des journalistes, représente une violation directe des droits humains. » Par conséquent, martèle le président de HSF : « permettre à un tel dirigeant de briguer la direction des Nations unies envoie un signal dangereux : que la répression peut coexister avec la légitimité internationale ». Au-delà de M. Sèye, il y a aussi Seydi Gassama. On ne compte plus les sorties effectuées par ce vétéran de la société civile sénégalaise afin de s'insurger contre une probable arrivée de Macky Sall au sommet des Nations unies.
Mamadou Diop







