L’affaire de tous

La société civile appelle à un consensus national pour une réforme durable des institutions
À l’Assemblée nationale, la révision constitutionnelle s’est invitée au cœur d’un échange entre société civile et parlementaires. Une délégation de la Coalition de la société civile pour l’application des conclusions des Assises nationales, des recommandations de la CNRI et du Pacte national de bonne gouvernance démocratique a été reçue par le groupe parlementaire Takku Wallu Sénégal. Une nouvelle étape dans une série de consultations destinées à promouvoir une réforme constitutionnelle inclusive, consensuelle et durable.
Face à la délégation conduite par la Coalition, le groupe parlementaire Takku Wallu Sénégal était représenté par sa présidente, Me Aïssata Tall Sall, accompagnée des députés Lamine Thiam et Abdou Mbow. Côté société civile, Paul Corréa, Youssouph Ndiaye, Arame Ndoye Gaye, Denis Ndour et Papis Thiabou ont porté le plaidoyer d’une réforme institutionnelle fondée sur un large consensus national.
L’enjeu dépasse, selon la Coalition, les clivages politiques du moment. Depuis près de quatre ans, celle-ci mène un travail citoyen autour de la mise en œuvre des conclusions des Assises nationales et des recommandations de la Commission nationale de réforme des institutions (CNRI). Cette démarche a notamment abouti à l’élaboration du Pacte national de bonne gouvernance démocratique, signé par treize des dix-neuf candidats à l’élection présidentielle de mars 2024.
Aujourd’hui forte de quarante-sept organisations de la société civile, la Coalition entend poursuivre cette dynamique en se positionnant comme un acteur de dialogue et de veille, loin des logiques partisanes. Son message est clair : une Constitution ne peut être considérée comme la propriété d’une majorité politique, d’un parti ou d’une période donnée. « La Constitution est l’affaire de tous les citoyens », rappelle en substance la Coalition, pour qui toute réforme fondamentale doit être précédée d’une concertation suffisamment large pour dégager un socle minimal d’accord national.
L’objectif affiché est également de mettre fin au cycle des modifications constitutionnelles dictées par les circonstances politiques. Il s’agit, à terme, de construire des règles suffisamment stables, équilibrées et légitimes pour traverser les alternances et renforcer durablement la confiance entre les citoyens et les institutions. La Coalition souhaite notamment placer le citoyen au centre de l’action publique et promouvoir davantage la démocratie participative. Elle plaide également pour une garantie effective des libertés publiques et des droits humains, ainsi que pour la préservation des acquis démocratiques, notamment ceux concernant les droits des femmes.
Autre axe majeur : le renforcement de la redevabilité des élus et des institutions envers les citoyens. La Coalition appelle également à un rééquilibrage effectif des pouvoirs et à une véritable indépendance de la justice. La protection du bien public, des ressources nationales et des institutions républicaines, dans la transparence et la responsabilité, figure aussi parmi ses principales préoccupations.
Entreprise nationale vs affrontement partisan
Du côté de Takku Wallu Sénégal, la démarche a été accueillie favorablement. Les parlementaires ont reconnu le rôle de veille, d’alerte et d’interpellation joué par la société civile. Ils ont surtout rappelé que la Constitution appartient à l’ensemble des Sénégalais et que la République, l’État de droit et l’intérêt général doivent rester au-dessus des divergences partisanes. Me Aïssata Tall Sall a, pour sa part, insisté sur la Constitution comme « ciment national ». Pour la présidente du groupe parlementaire, toute réforme majeure doit être précédée d’un vaste processus de concertation.
Elle a également appelé à examiner avec attention les recommandations issues des Assises nationales, tout en veillant à préserver les acquis démocratiques et sociaux, particulièrement ceux relatifs aux droits des femmes. Les échanges ont aussi abordé des questions liées à l’éducation citoyenne, à la cohésion nationale et au maintien du caractère laïc de l’État. Des sujets qui, au-delà de la seule architecture institutionnelle, renvoient à la conception même du vivre-ensemble sénégalais.
Au terme de la rencontre, la Coalition s’est félicitée de la qualité et de la franchise des discussions. Elle retient surtout une convergence autour d’un principe, la réforme constitutionnelle doit être pensée comme uneentreprise nationale et non comme un affrontement partisan. La consultation avec Takku Wallu Sénégal constitue ainsi une nouvelle étape dans le processus engagé par la société civile.
La Coalition entend désormais poursuivre ses rencontres avec les institutions de la République, les groupes parlementaires, les acteurs politiques et les différentes forces vives du pays. À travers cette démarche, son ambition est de contribuer à l’émergence d’un consensus national minimal autour de réformes capables de consolider la démocratie, l’État de droit, la participation citoyenne et la stabilité du Sénégal. Dans un contexte où les débats institutionnels peuvent rapidement se transformer en confrontations politiques, la Coalition veut installer une autre méthode : celle du dialogue, de l’écoute et de la recherche d’un compromis durable.
La Constitution, au fond, ne serait donc pas seulement un texte juridique. Elle demeure, pour les acteurs réunis autour de cette initiative, le cadre commun qui organise la vie de la Nation et engage les générations futures. D’où l’exigence, défendue par la société civile, de la traiter avec suffisamment de recul pour qu’elle puisse résister aux changements de majorité et aux soubresauts de la vie politique.
En mettant la société civile et les représentants politiques autour de la même table, la Coalition entend rappeler que la construction institutionnelle du Sénégal ne peut être durable que si elle associe l’ensemble des composantes de la Nation. Le chantier de la réforme constitutionnelle reste ouvert. Et la société civile entend bien continuer à y prendre part.






