Publié le 27 May 2021 - 14:48
LONGUES HEURES DE TRAVAIL

Un risque mortel

 

Il est très dangereux de travailler 55 heures ou plus par semaine. Ces longues heures de labeur entrainent des risques d’AVC et des cardiopathies.

 

Les longues heures de travail augmentent la mortalité liée aux maladies cardiaques et aux accidents vasculaires cérébraux. C’est le résultat sorti de l’enquête menée et publiée, hier, 26 mai, par l’Organisation mondiale de la Santé (OMS) et l’Organisation Internationale du Travail (OIT). L’étude révèle que le fait de travailler 55 heures ou plus par semaine entraine une hausse estimée à 35 % du risque d’AVC et de 17 % du risque de mourir d’une cardiopathie ischémique par rapport à des horaires de 35 à 40 heures de travail par semaine. En outre, le nombre de personnes travaillant de longues heures est en augmentation et représente actuellement 9 % du total de la population mondiale. Cette tendance expose encore plus de personnes à un risque de handicap ou de décès prématuré liés au travail.

‘’Travailler 55 heures ou plus par semaine représente un grave danger pour la santé ‘’, précise Dre Maria Neira, Directrice du Département Environnement, changements climatiques et santé à l’OMS. A son avis, il est temps que tous, gouvernements, employeurs et salariés, admettent enfin que de longues heures de travail peuvent entraîner des décès prématurés. ‘’Les gouvernements, les employeurs et les travailleurs peuvent adopter, mettre en œuvre et faire appliquer des lois, des règlements et des politiques générales qui interdisent les heures supplémentaires obligatoires et fixent des limites maximales au temps de travail. Des conventions bipartites ou collectives conclues entre les employeurs et les associations de travailleurs peuvent garantir un assouplissement du temps de travail, tout en convenant d’un nombre maximal d’heures de travail. Les employés pourraient se répartir les horaires pour faire en sorte qu’une semaine de travail ne fasse pas plus de 55 heures’’, recommande-t-elle.

En 2016, soulignent les institutions, les longues heures de travail ont entraîné 745 000 décès imputables à un accident vasculaire cérébral (AVC) ou à une cardiopathie ischémique. Soit une hausse de 29 % depuis 2000, selon les dernières estimations que l’OMS et l’OIT ont publiées. Dans une première analyse mondiale des pertes de vies humaines et des atteintes à la santé associées aux longues heures de travail, l’OMS et l’OIT estiment qu’en 2016, 398 000 personnes sont mortes d’un AVC et 347 000 d’une maladie cardiaque. Ce, pour avoir travaillé au moins 55 heures par semaine. Entre 2000 et 2016, le nombre de décès dus à des cardiopathies liées aux longues heures de travail a augmenté de 42 %, un chiffre qui s’établit à 19 % pour les AVC.

‘’Le télétravail est devenu la norme dans de nombreux secteurs d’activité’’

Cette charge de morbidité liée au travail est particulièrement importante chez les hommes : 72 % des décès les concernent. Cela concerne les personnes vivant dans les régions du Pacifique occidental et de l’Asie du Sud-Est, ainsi que les travailleurs d’âge moyen ou plus âgés. Selon l’enquête, la plupart des décès enregistrés concernaient des personnes âgées de 60 à 79 ans. Elles avaient travaillé pendant 55 heures ou plus par semaine, lorsqu’elles avaient entre 45 et 74 ans. ‘’Maintenant que l’on sait qu’environ un tiers du total de la charge de morbidité estimée liée au travail est imputable aux longues heures de travail, cela en fait le premier facteur de risque de maladie professionnelle. Il s’agit donc d’envisager la réflexion sur un facteur de risque professionnel pour la santé humaine sous un angle relativement nouveau, davantage psychosocial’’, soutient le Directeur général de l’OMS, Dr Tedros Adhanom Ghebreyesus.

Cette nouvelle analyse intervient alors que la pandémie de Covid-19 met en lumière la gestion du temps de travail et qu’elle accélère les évolutions susceptibles de renforcer la tendance à travailler pendant de plus longues heures. ‘’La pandémie de Covid-19 a considérablement changé la façon dont de nombreuses personnes travaillent. Le télétravail est devenu la norme dans de nombreux secteurs d’activité, estompant souvent les frontières entre la maison et le travail. Par ailleurs, de nombreuses entreprises ont été contraintes de réduire ou d’interrompre leurs activités pour économiser de l’argent et les personnes qu’elles continuent d’employer finissent par avoir des horaires de travail plus longs. Aucun emploi ne vaut que l’on prenne le risque d’un accident vasculaire cérébral ou d’une maladie cardiaque. Les gouvernements, les employeurs et les travailleurs doivent collaborer pour convenir de limites permettant de protéger la santé des travailleurs’’, conseille le Dr Tedros.

VIVIANE DIATTA

 

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