Publié le 10 Mar 2026 - 13:13
POLICE NATIONALE - JOURNÉE DE LA FEMME

Le double défi des policières

 

À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes célébrée le 8 mars, le Service régional de la Sécurité publique de Dakar a organisé un masterclass consacré au rôle et aux défis de la femme policière. Animée par le Commissaire principal de police Tabara Ndiaye, la rencontre a permis d’aborder les difficultés auxquelles les femmes évoluant dans ce corps sont confrontées, ainsi que les pistes pour mieux concilier carrière professionnelle et responsabilités familiales.

 

La Direction de la Formation de la Police nationale a servi de cadre à cette rencontre d’échanges et de réflexion qui a réuni le personnel féminin du Service régional de la Sécurité publique de Dakar autour du thème : « La femme policière : entre obligations professionnelles et charges familiales ». Dans sa communication, le Commissaire principal Tabara Ndiaye a rappelé que les femmes occupent aujourd’hui des postes de responsabilité dans presque tous les secteurs d’activité, tout en continuant d’assumer un rôle central au sein du foyer. Selon elle, le travail constitue un vecteur essentiel d’émancipation et d’autonomie financière pour les femmes, qui s’investissent de plus en plus dans des activités rémunératrices afin de contribuer au bien-être des ménages.

Toutefois, a-t-elle souligné, cette évolution ne s’est pas accompagnée d’une redistribution équitable des tâches domestiques et parentales, encore majoritairement assumées par les femmes. Cette division sexuelle du travail place souvent la femme face à un double défi : réussir sa carrière tout en assumant ses responsabilités familiales. La panéliste du jour a insisté sur la place fondamentale de la femme au sein de la cellule familiale, qu’elle considère comme un espace d’éducation, de partage et de stabilité. Selon elle, la femme joue un rôle déterminant dans la gestion du foyer, l’éducation des enfants et la préservation de l’harmonie familiale.

« La sphère domestique est donc le premier lieu de travail de la femme. La femme est avant tout une mère et une épouse », a-t-elle déclaré, soulignant la complexité de la mission qui incombe aux femmes exerçant un métier exigeant comme celui de policière. Face à un environnement professionnel en constante mutation, la femme policière doit relever plusieurs défis. Elle doit notamment réussir sa carrière sans faillir à ses responsabilités familiales, assurer la sécurité des personnes et des biens tout en répondant aux exigences de la vie conjugale et parentale. La ponctualité, la disponibilité au service et la capacité à maintenir un bon équilibre mental figurent parmi les exigences du métier. À cela s’ajoute la nécessité de distinguer les rôles de policière et d’épouse, de gérer le foyer au quotidien et de préserver la confiance de la famille tout en satisfaisant les attentes de la hiérarchie.

Selon la Commissaire Ndiaye, les femmes policières se retrouvent souvent confrontées à deux univers aux exigences différentes : le travail et la famille. « Elle est devant deux sacerdoces qui ne doivent nullement se repousser et encore moins s’opposer », a-t-elle expliqué. La maternité constitue également un moment déterminant dans la carrière d’une policière. L’arrivée d’un enfant peut affecter sa disponibilité professionnelle et entraîner des retards dans son parcours, notamment lorsqu’elle doit s’absenter pour un congé de maternité ou renoncer à certaines formations. Les tensions peuvent également apparaître dans la vie conjugale lorsque la charge professionnelle devient trop importante ou lorsque la femme occupe un poste de responsabilité supérieur à celui de son conjoint.

Pour la conférencière, exercer le métier de policière exige souvent davantage de temps et d’efforts, ce qui peut modifier l’équilibre du couple. Les exigences professionnelles peuvent amener certaines policières à prolonger leur travail à domicile. Dans ces conditions, a-t-elle averti, l’absence de compréhension au sein du couple peut entraîner des conflits. « Si l’homme n’est pas patient et compréhensif, il peut être tenté, en cas de déséquilibre, de divorcer ou de prendre une autre épouse », a-t-elle regretté. Inversement, une policière qui privilégierait excessivement la vie familiale pourrait s’exposer à des sanctions professionnelles susceptibles de freiner sa progression de carrière.

Des mesures d’adaptation nécessaires

Face à ces défis, la Commissaire Tabara Ndiaye estime indispensable de mettre en place des mécanismes d’adaptation. Sur le plan institutionnel, elle a salué les efforts de la Police nationale pour promouvoir la participation des femmes dans les missions de maintien de la paix, tout en appelant à l’adoption de mesures permettant une meilleure conciliation entre vie professionnelle et vie familiale. Elle a notamment plaidé pour l’aménagement d’infrastructures adaptées, telles que des salles d’allaitement, des crèches ou encore des espaces de repos pour les policières. Elle a également évoqué la possibilité d’allonger la durée du congé de maternité, citant l’exemple de la Côte d’Ivoire où celui-ci est désormais fixé à six mois pour les femmes fonctionnaires.

Par ailleurs, elle a suggéré d’éviter d’affecter une policière dans un service particulièrement exigeant immédiatement après son retour de congé de maternité. La panéliste a également appelé à davantage de solidarité au sein du corps policier. Selon elle, les collègues masculins devraient, par exemple, permettre aux femmes de rester auprès de leurs familles pendant certaines fêtes religieuses importantes.

Au niveau familial, elle préconise un dialogue permanent au sein du couple, le recours à l’aide parentale ou à une assistance domestique lorsque cela est possible, ainsi que l’utilisation d’équipements ménagers permettant de réduire la charge de travail. Commissaire Tabara Ndiaye a insisté sur la nécessité pour la femme policière de trouver un équilibre entre vie professionnelle et vie personnelle. Elle a encouragé les femmes à développer leurs propres stratégies d’adaptation, chaque couple ayant sa réalité particulière.

« La gestion de la maternité, de la garde des enfants et des contraintes domestiques reste un obstacle majeur. Ces charges peuvent générer du stress, de l’anxiété et de l’épuisement psychique. Il est donc essentiel que la femme policière veille également à son épanouissement personnel et à sa santé mentale », a-t-elle conclu sous une salve d’applaudissements.

CHEIKH THIAM

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