Publié le 16 Jun 2026 - 14:32
LUTTE CONTRE LE TABAGISME

La SSP réclame l’accès aux traitements de sevrage

 

Malgré les progrès enregistrés dans la lutte contre le tabagisme, les pneumologues sénégalais estiment que le pays accuse un retard dans la prise en charge des fumeurs dépendants. À l'occasion de la Journée mondiale sans tabac, la SSP a formulé trois recommandations pour faciliter l'accès au sevrage et prévenir les maladies liées au tabac.

 

À l'occasion de la Journée mondiale sans tabac, la Société sénégalaise de pneumologie (SSP) a appelé les autorités à franchir une nouvelle étape dans la lutte contre le tabagisme. Sa présidente, le Pr Yacine Dia, plaide pour l'intégration des substituts nicotiniques dans les médicaments essentiels, leur subvention et la décentralisation des consultations d'aide au sevrage. À ses yeux, les politiques de prévention et les mesures législatives, bien qu'importantes, ne suffisent plus à répondre au défi de l'addiction au tabac. « Nous demandons une action immédiate structurée autour de trois piliers indispensables », a déclaré la présidente de la Société sénégalaise de pneumologie (SSP), à l'occasion de la Journée mondiale sans tabac célébrée hier. Premier axe : l'inscription des substituts nicotiniques sur la liste nationale des médicaments essentiels.

Pour le Pr Dia, ces produits doivent être considérés comme des outils thérapeutiques à part entière et être disponibles dans l'ensemble des structures sanitaires du pays. Deuxième priorité : la subvention des traitements de sevrage. Selon elle, l'arrêt du tabac ne doit pas être réservé aux seuls patients disposant de moyens financiers suffisants. « L'accès aux patchs et aux gommes de nicotine doit être gratuit ou fortement subventionné afin d'être accessible à tous », a-t-elle soutenu. La troisième recommandation porte sur la décentralisation des consultations d'aide au sevrage tabagique à travers la formation des médecins généralistes, infirmiers et sages-femmes sur l'ensemble du territoire national.

Pour la pneumologue, le tabagisme ne saurait être réduit à une simple habitude ou à un choix individuel. Il s'agit d'une addiction qui touche souvent les jeunes dès l'adolescence et dont les conséquences pèsent lourdement sur le système de santé. « Chaque jour, dans nos consultations et dans nos services hospitaliers, nous voyons les conséquences dramatiques du tabac », a-t-elle déploré. Le cancer du poumon, la broncho-pneumopathie chronique obstructive (BPCO) ou encore les insuffisances respiratoires chroniques figurent parmi les pathologies les plus fréquemment observées. Si elle salue les avancées permises par la loi anti-tabac adoptée au Sénégal, le Pr Dia estime que la prévention et l'interdiction ne permettent pas, à elles seules, de traiter les personnes déjà dépendantes.

Selon elle, les études montrent que les tentatives d'arrêt sans accompagnement médical n'aboutissent que dans 3 à 5 % des cas. À l'inverse, les substituts nicotiniques permettent de doubler, voire de tripler, les chances de réussite. Pourtant, regrette-t-elle, ces traitements restent largement indisponibles dans les structures publiques et demeurent financièrement inaccessibles pour une grande partie de la population. « Nous soignons les conséquences du tabac à coups de millions de francs CFA, mais nous refusons encore de financer la prévention thérapeutique qui coûte beaucoup moins cher », a-t-elle dénoncé.

Présidant la cérémonie, le Directeur général de la Santé, le Médecin-colonel Dr Youssouph Tine, a mis en avant les progrès enregistrés ces dernières années. Selon les résultats de l'Enquête mondiale sur le tabagisme chez les adultes (GATS), la prévalence tabagique est passée de 6 % à 4,4 % entre les deux dernières évaluations, soit une baisse de 25 %. Malgré ces résultats encourageants, les autorités sanitaires s'inquiètent de la progression des nouveaux produits du tabac et de la nicotine, notamment les cigarettes électroniques. Le DGS a rappelé que les données de l'enquête GYTS 2020 révèlent qu'un élève sénégalais sur cinq a déjà expérimenté le tabac et que l'âge moyen d'initiation est désormais estimé à sept ans. « C'est une réalité alarmante qui menace les acquis obtenus dans la lutte contre le tabagisme », a-t-il averti.

Face à cette évolution, le Gouvernement entend renforcer son dispositif de lutte à travers plusieurs mesures. Il s'agit notamment d'encadrer les produits émergents comme les cigarettes électroniques et les sachets de nicotine, de renforcer l'application de l'interdiction de fumer dans les lieux publics, d'intensifier les campagnes de sensibilisation auprès des jeunes et de développer les services d'aide au sevrage tabagique. Les autorités prévoient également de mettre en place un système de traçabilité des produits du tabac conforme aux recommandations de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), afin de lutter contre le commerce illicite. Pour le Dr Tine, la lutte contre le tabac demeure un investissement stratégique pour la santé publique. « Réduire la prévalence tabagique, c'est réduire la charge des cancers, des maladies cardiovasculaires et des maladies respiratoires chroniques, tout en allégeant le poids qui pèse sur notre système de santé », a-t-il conclu.

CHEIKH THIAM

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