Publié le 28 Apr 2016 - 02:31

Mendicité, talibés, enfants de la rue, entre intox et amalgame.

 

Ce Mercredi 20 Avril 2016, on a célébré au Sénégal la journée nationale du Talibé. Ce sujet des enfants-talibés, de la mendicité d’une manière générale  continue toujours de défrayer  la chronique. Beaucoup d’eau a coulé  sous les ponts. Les mauvaises langues qui en veulent aux Daaras ou qui ont une ignorance crasse de ces merveilleux temples de savoirs parlent souvent des talibés sans au préalable prendre le temps d’étudier en profondeur ce sujet sensible ; « objet sociologique très médiatisé mais rarement étudié » qu’est la mendicité, pour paraphraser Pape Momar Niang[1].

On est habitué à voir des observateurs qui imputent le gros de cette problématique aux Daaras. . Ceci m’a poussé à prendre la plume pour lever certaines équivoques qui me paraissent essentielles D’aucuns disent voilà ces enfants-talibés n’apprennent rien. Ils passent tout le clair de leur temps à mendier avec la complicité des marabouts véreux qui se sucrent sur le dos de ces pauvres innocents talibés. Or du peu d’expérience que j’ai des daaras, le maître  coranique ne pouvant pas assurer la charge quotidienne de tous les élèves qu’on lui a confiés, surtout dû par le fait que la majeure partie des parents ne contribue pas à la bonne marche de l’école, dans ces conditions-là le marabout-enseignant est obligé de faire recours à la mendicité. Mais cela de façon modérée, à des heures limitées dans la journée(le plus souvent entre sept heures et neuf heures du matin), contrairement aux mauvaises langues qui prêtent une richesse de crésus aux maitres coraniques qui surexploitent ces pauvres enfants.

Cette mendicité pratiquée ou prônée dans les daaras a aussi un volet pédagogique et participe positivement à la formation de la personnalité de l’apprenant en lui inculquant des valeurs telles que la patience, l’endurance, le courage morale physique et intellectuelle, et tant d’autres ; valeurs utiles mais nécessaires pour une société qui aspire le développement. Comme le dit le doyen Cheikh Hamidou Kane dans l’Aventure ambiguë avec le jeune Samba Diallo qui, malgré sa lignée et ses origines royales, était obligé de demander l’aumône pour les raisons évoquées plus haut.

En fait tous les observateurs avertis de bonne foi, avec toute idéologie mise à part, peuvent confirmer que la plus grande partie des  mendiants  qu’on trouve dans les artères de Dakar, trahis même par leurs caractères physiques ne sont même pas des Sénégalais, à fortiori des talibés.

Je ne nie pas qu’il n’y ait pas de failles dans le système autrement dit des gens malintentionnés qui font leurs affaires dans cette pratique.

Evitons donc cette paresse intellectuelle en poussant l’analyse pour ainsi réellement connaitre ces gens qui s’adonnent à cette pratique dans les rues et artères de Dakar et savoir les raisons qui les font sortir de chez eux et vendre leur dignité.

Je ne suis pas loin de croire qu’une part importante de ces jeunes mendiants, déguisés en talibés  sont issus de famille qui sous le joug de la pauvreté, pour survivre, sont obligées de faire mendier leur enfants, lesquels enfants je me suis approché de certains d’entre eux pour se faire une idée de  leur niveau d’étude et qui par voie de conséquence ne peuvent vous réciter une sourate aussi courte que la sourate Al-kawsar (Le fleuve d’Abondance).

Voilà encore une fois une contre preuve et qui n’est pas mince.

Pour revenir à la question de la mendicité je crois que, avec le projet de modernisation des Daaras lancé par les nouvelles autorités, avec une redistribution rationnelle des 40% de nos pauvres deniers alloués à l’Education Nationale, pourrait  contribuer à réduire cette problématique qui terni l’image de la capitale sénégalaise. Si seulement ce sont les talibés qui s’y collent. Et à partir de ce moment-là même la logique voudrait que l’on penche vers  une reconfiguration systématique de l’Ecole Sénégalaise aujourd’hui malade de ces grèves cycliques perlées.

En outre d’aucuns pensent qu’au lendemain de l’euphorie des indépendances, on  devrait faire un procès de l’école de Jules Ferry ou de Jean dard pour donner une nouvelle mission et des orientations à l’école sénégalaise post-indépendante.

En effet il me semble extrêmement improbable que le type de Sénégalais que prévoyait l’école de Jean Dard soit le même type voulu cinquante ans après

Voilà à mes yeux un point précis de recherche qui peut intéresser les spécialistes.

                                                                                   Serigne Mbaye Dramé

                                                                                                Etudiant à l’UCAD

                                                                            serignembayedrame@gmail.com

 

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