Macky Sall veut remettre l’ONU au centre du jeu

Face à ses cinq concurrents, hier à New York, Macky Sall a défendu une ONU plus efficace et capable de renouer le dialogue entre des puissances profondément divisées. À l’approche des premières consultations au Conseil de sécurité, le candidat sénégalais a également porté son plaidoyer pour un financement du développement et un traitement de la dette plus équitables.
À l’approche d’une première épreuve déterminante, Macky Sall affine son offre. L’ancien président sénégalais a participé, hier jeudi 23 juillet, au « UN Town Hall : The Next Secretary-General », un débat public organisé dans la salle de l’Assemblée générale des Nations unies, à New York. Pendant 90 minutes, les six candidats à la succession d’António Guterres ont répondu aux questions de diplomates, de membres du personnel de l’ONU et de représentants de la société civile. Macky Sall était aux côtés de Michelle Bachelet, María Fernanda Espinosa, Rafael Grossi, Rebeca Grynspan et Carolyn Rodrigues-Birkett.
Invité, comme ses concurrents, à expliquer en deux minutes pourquoi il serait le mieux placé pour diriger l’Organisation, Macky Sall a notamment fait valoir son expérience à la tête du Sénégal et dans les relations internationales. Douze années de présidence durant lesquelles il a eu à gérer des crises, conduire des négociations et participer aux grandes rencontres internationales. Mais son argumentaire repose surtout sur un constat : prise dans les rivalités entre puissances, l’ONU peine à peser pleinement sur le règlement de plusieurs crises. Pour le candidat sénégalais, restaurer son autorité passe d’abord par le rétablissement de la confiance entre les États membres.
Macky Sall défend ainsi la conception d’un secrétaire général qui ne se limiterait pas à administrer l’institution. Il devrait exercer une diplomatie active, parler à toutes les parties, prévenir les conflits et contribuer au rapprochement des positions, notamment au sein du Conseil de sécurité. C’est le fil conducteur de son projet, intitulé « Refonder le multilatéralisme pour un monde meilleur ».
L’ancien chef de l’État veut une Organisation recentrée sur ses trois piliers : la paix et la sécurité, les droits humains et le développement durable. Ce plaidoyer intervient dans un contexte difficile pour les Nations unies, confrontées à des contraintes financières et aux profondes divisions entre certains membres permanents du Conseil de sécurité. Des rivalités qui réduisent les marges de manœuvre de l’Organisation dans plusieurs conflits. Macky Sall se dit favorable à une rationalisation du fonctionnement de l’institution, sans remise en cause de ses missions fondamentales. Son projet prévoit notamment une réduction des doublons entre agences, une évaluation des mandats et une utilisation plus rigoureuse des ressources disponibles.
La dette dans l’équation
L’ancien président a également profité de cette tribune pour remettre en avant un sujet qu’il avait beaucoup porté durant son passage à la tête du Sénégal et sa présidence de l’Union africaine : les conditions de financement des pays en développement. Macky Sall plaide pour un traitement plus équitable de la dette et considère que les conditions actuelles d’accès aux ressources financières pénalisent de nombreux États. Le poids de l’endettement réduit, selon lui, leurs capacités à investir dans l’éducation, la santé, les infrastructures et l’emploi, tout en compromettant l’atteinte des Objectifs de développement durable.
Il préconise notamment une mobilisation accrue des investissements et des partenariats économiques ainsi qu’un meilleur accès au crédit. Dans son approche, cette question est indissociable de la sécurité. Le chômage, l’exclusion, la pauvreté et la faiblesse des services publics peuvent constituer des facteurs de fragilisation des États. En mettant ces préoccupations en avant, le candidat sénégalais cherche à porter dans la compétition certaines revendications des pays en développement, particulièrement africains.
La prestation de New York offre une vitrine aux candidats, mais l’issue de la compétition se jouera d’abord au Conseil de sécurité. Ses quinze membres doivent entamer leurs consultations pour mesurer les soutiens dont dispose chacun des prétendants. Ces votes indicatifs, organisés à huis clos, permettent progressivement d’identifier les candidatures susceptibles de réunir un consensus. Le processus peut nécessiter plusieurs tours. À terme, c’est le Conseil de sécurité qui devra recommander un candidat à l’Assemblée générale. Cette recommandation doit recueillir au moins neuf voix et ne faire l’objet d’aucun veto de l’un des cinq membres permanents : Chine, États-Unis, France, Royaume-Uni et Russie. Pour Macky Sall, l’équation est donc autant diplomatique que programmatique.
Il lui faudra convaincre au-delà des soutiens africains et, surtout, éviter l’opposition de l’un des cinq détenteurs du droit de veto. L’ancien président aborde cette séquence avec le soutien officiel du Sénégal. Le président Bassirou Diomaye Faye a demandé au gouvernement et au réseau diplomatique national de se mobiliser en faveur de sa candidature, désormais portée comme celle « du Sénégal au service de l’Afrique ». Après avoir exposé sa vision à New York, Macky Sall entre ainsi dans la partie la plus délicate de la compétition. Désormais, il ne s’agit plus seulement de convaincre par un programme. Il faut réunir des voix et, surtout, franchir l’obstacle des cinq membres permanents du Conseil de sécurité.






