Publié le 24 Aug 2026 - 16:06
NATIONS UNIES

Les favoris trébuchent, Macky Sall s’accroche

 

La course à la succession d’Antonio Guterres à la tête des Nations unies est en train de changer de nature. Après le deuxième « straw poll », organisé le 21 août au Conseil de sécurité, les favoris d’hier vacillent, les blocs régionaux se resserrent et aucun candidat ne parvient à créer une dynamique irrésistible. Dans ce jeu de massacre feutré, Macky Sall fait presque figure d’exception : en conservant son score du premier tour, l’ancien président sénégalais fait désormais presque jeu égal avec l’ex-« star » des bookmakers, l’Argentin Rafael Grossi.

 

À New York, la partie est encore loin d’être jouée. Pour rappel, les quinze membres du Conseil de sécurité doivent indiquer s’ils « encouragent », « découragent » ou restent « sans opinion » sur chacune des candidatures. Pour l’emporter, il faudra à terme obtenir au moins neuf voix et, surtout, éviter le veto de l’un des cinq membres permanents (États-Unis, Chine, Russie, France et Royaume-Uni). Or les deux premiers tours n’ont pas encore permis d’identifier leurs bulletins. Un candidat apparemment bien placé peut donc déjà être condamné par un veto invisible.

Le scrutin du 21 août a fait vaciller d’autres certitudes. Rebeca Grynspan, grande gagnante du premier tour, n’est plus intouchable. La Costaricienne avait frappé fort le 30 juillet avec dix encouragements, un seul découragement et quatre sans-opinion. Trois semaines plus tard, elle tombe à sept soutiens et quatre bulletins hostiles. La secrétaire générale de la CNUCED reste l’une des candidates les plus crédibles, mais son statut de nouvelle favorite est déjà sérieusement écorné.

Pour Rafael Grossi, l’alerte est plus sérieuse encore. Le patron argentin de l’AIEA conserve ses sept encouragements, mais les oppositions explosent : deux « discourage » au premier tour, six au deuxième. Quatre des six membres qui hésitaient encore ont donc basculé contre lui. Grossi ne s’effondre pas en nombre de soutiens ; il se heurte à un mur de plus en plus haut. Et derrière ses six oppositions plane surtout l’ombre de Moscou. Son rôle à la tête de l’AIEA, notamment sur l’Ukraine et la centrale de Zaporijjia, rend l’hypothèse d’un veto russe difficile à écarter. Dans la mécanique du Conseil de sécurité, six votes hostiles constituent déjà un lourd handicap ; un seul veto d’un membre permanent pourrait lui être fatal.

Michelle Bachelet, elle, décroche franchement. L’ancienne présidente chilienne passe de six encouragements au premier tour à seulement deux au second. Sa candidature semble prise en étau entre Washington, où des responsables républicains ont publiquement exprimé leur hostilité, et Pékin, qui n’a pas oublié son passage au Haut-Commissariat aux droits de l’homme et le dossier du Xinjiang. Celle qui figurait parmi les poids lourds au lancement de la course apparaît désormais très loin du compte, au point que l’hypothèse d’un retrait commence à se poser.

À mesure que ces candidatures s’érodent, les logiques régionales se renforcent.

Côté latino-américain, Carolyn Rodrigues-Birkett s’impose comme la nouvelle femme à battre. L’ancienne cheffe de la diplomatie du Guyana passe à huit encouragements, trois découragements et quatre sans-opinion. Elle n’est plus qu’à une voix du seuil de neuf. Surtout, elle paraît pour l’instant moins exposée que Grossi ou Bachelet à l’hostilité déclarée d’une grande puissance. Derrière elle, Grynspan reste solide et María Fernanda Espinosa, avec quatre soutiens mais seulement trois oppositions, conserve le profil classique d’une possible candidate de compromis.

Le bloc latino-américain se resserre donc au moment même où le bloc africain cherche, lui aussi, à préserver ses cartes. Olara Otunnu progresse fortement, passant de deux à cinq encouragements. Macky Sall, lui, reste donc figé à six encouragements, sept découragements et deux sans-opinion.

Sénégal-Ouganda, les tractations discrètes

Selon nos informations, des tractations discrètes ont d’ores et déjà débuté entre les parties sénégalaise et ougandaise pour tenter de présenter un front uni susceptible de faire émerger un secrétaire général africain. Mais les discussions s’annoncent serrées.

Pour mémoire, la candidature d’Olara Otunnu avait été suscitée par une alliance hétéroclite entre l’Algérie, l’Afrique du Sud, le Rwanda et l’Ouganda, chacun poursuivant des objectifs différents : saboter, pour les uns, un profil jugé trop proche de la France et du Maroc ; pour les autres, nuire surtout au Burundi voisin, avec lequel ils entretiennent des relations exécrables et qui a officiellement parrainé la candidature de Macky Sall à l’ONU.

Sur le papier, ce dernier reste donc en difficulté. Sept membres du Conseil se prononcent contre lui, la rotation géographique informelle favorise l’Amérique latine et les Caraïbes, et l’idée de porter enfin une femme au secrétariat général demeure puissante.

Cette "stabilité" est toutefois d’autant moins anodine que l’élection d’un secrétaire général n’est pas une course où le premier des premiers tours est automatiquement couronné. « Nous entrons dans une épreuve d’élimination, explique un diplomate familier des couloirs de l’ONU. Il faut survivre suffisamment longtemps pour devenir acceptable, lorsque les candidatures les plus fortes commencent à rencontrer des vetos. L’enjeu pour Macky Sall n’est donc pas nécessairement de passer immédiatement de six à neuf voix. Il est d’abord de savoir si l’un de ses sept “discourage” émane d’un membre permanent. Si Washington, Pékin, Moscou, Paris et Londres peuvent tous vivre avec lui, ses chances, quoique faibles, demeurent intactes. Si l’un d’eux a déjà décidé de lui barrer la route, ses six encouragements ne pèseront plus rien. »

Un retour dans le jeu politique national ?

Voilà tout le paradoxe de la situation. À New York, Macky Sall doit montrer qu’il est encore disponible sans donner le sentiment qu’il s’accroche. À Dakar, c’est presque le mouvement inverse qui se dessine. De nombreux acteurs politiques et économiques sénégalais s’activent en coulisse pour tenter de convaincre l’ancien président de lâcher l’ONU et de reprendre pied dans le jeu national. La perspective d’un retour, même progressif, alimente les conversations dans une partie de son ancien camp et au-delà.

Pour Macky Sall, les deux horizons se télescopent. Une candidature crédible à l’ONU suppose de cultiver l’image d’un ancien chef d’État ayant tourné la page de la politique intérieure et capable d’incarner une fonction internationale. Un retour trop visible dans la mêlée dakaroise brouillerait nécessairement ce récit. À l’inverse, un enlisement ou une élimination à New York pourrait accentuer les pressions de ceux qui veulent le voir réinvestir le terrain sénégalais.

« Il n’a aucune raison de choisir à ce stade. La meilleure stratégie consiste à durer. À New York, attendre que les rapports de force se clarifient. À Dakar, laisser ses soutiens s’organiser sans fermer aucune porte. Les deux calendriers peuvent encore cohabiter », veut croire l’un de ses proches.

AMADOU FALL

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