Publié le 30 Jul 2026 - 15:58
SECRÉTARIAT GÉNÉRAL DES NATIONS UNIES

Les choses sérieuses démarrent

 

Sept candidats, dont Macky Sall, sont désormais fixés sur leur sort réel : le Conseil de sécurité entame ce jeudi le premier tour d'un scrutin secret qui, tour après tour, dessinera les rapports de force véritables autour de la succession d'António Guterres.

 

Quinze ambassadeurs se réunissent ce jeudi 30 juillet à huis clos au siège des Nations unies pour le premier « straw poll », un vote secret et sans valeur juridique destiné à jauger le soutien réel dont bénéficie chacun des sept candidats à la succession du Secrétaire général sortant. Un mécanisme discret, mais souvent plus déterminant que les discours prononcés à la tribune de l'Assemblée générale.

Le principe est simple. Chaque membre du Conseil reçoit un bulletin sur lequel il coche l'une des trois mentions : « Encourage », « Discourage » ou « No opinion ». Dans les premiers tours, les bulletins sont identiques pour tous, de sorte qu'un « Discourage » ne peut être attribué à un membre en particulier. Lors des tours suivants, des bulletins de couleurs différentes distinguent les voix des cinq membres permanents — Chine, États-Unis, France, Royaume-Uni, Russie — de celles des dix membres élus, révélant ainsi, sans qu'il soit jamais formellement exprimé, l'existence d'un veto potentiel. Un seul « Discourage » émanant d'un P5 suffit en pratique à écarter une candidature, même solidement soutenue par ailleurs.

Pour être recommandé à l'Assemblée générale, un candidat devra à terme réunir au moins neuf voix favorables, sans opposition d'aucun membre permanent. Le processus devrait se poursuivre sur plusieurs tours dans les semaines à venir. La personne finalement choisie prendra ses fonctions le 1ᵉʳ janvier 2027, à la tête d'une organisation confrontée à une grave crise de liquidités et à des tensions multilatérales exacerbées par les conflits en Ukraine, au Moyen-Orient et dans plusieurs foyers africains.

Sept lignes de campagne

Le débat public organisé le 23 juillet à l'Assemblée générale avait déjà permis à chacun des candidats d'exposer sa vision devant les États membres. Macky Sall, qui se présente comme un « bâtisseur de ponts », a promis de laisser à terme une ONU « plus confiante, plus efficace et profondément réformée », misant sur la transformation numérique et l'intelligence artificielle comme leviers de modernisation de l'Organisation.

Face à lui, Rafael Grossi, directeur général de l'Agence internationale de l'énergie atomique, souvent cité comme favori sans avoir pour autant verrouillé la course, plaide pour un secrétaire général capable de s'interposer dès qu'un État déclenche un conflit. Rebeca Grynspan, secrétaire générale de la Cnuced, met en avant la nécessité de restaurer la confiance dès les cent premiers jours de mandat, tandis que l'ambassadrice guyanienne Carolyn Rodrigues-Birkett revendique une diplomatie de l'action, citant l'Iran, Haïti, le Soudan et la République démocratique du Congo parmi les dossiers qu'elle entend porter personnellement.

L'ancienne présidente chilienne Michelle Bachelet continue de faire valoir son expérience à la tête du Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l'homme, en dépit du retrait du soutien de son propre gouvernement depuis l'arrivée au pouvoir du président José Antonio Kast. L'Équatorienne María Fernanda Espinosa s'appuie quant à elle sur son passage à la présidence de l'Assemblée générale.

Enfin, l'Ougandais Olara Otunnu, septième et dernier candidat entré en lice le 25 juillet, n'est pas dépourvu d'arguments malgré une candidature tardive : c'est lui qui, en 1981, alors qu'il présidait le Conseil de sécurité, avait introduit le mécanisme du straw poll. Plusieurs observateurs le considèrent aujourd'hui comme le candidat le moins exposé au risque de veto.

Aucun favori net ne s'est encore dégagé de cette campagne feutrée. C'est dans le silence des bulletins de ce jeudi, plus que dans les discours de tribune, que commenceront à se dessiner les premiers arbitrages réels du Conseil de sécurité.

AMADOU FALL

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