Le Sénégal face à ses contradictions

Les violences basées sur le genre (VBG) affichent une tendance haussière, ces dernières années au Sénégal. La 4ème édition du forum international sur les violences machistes et la promotion de l’égalité de genre a exploré les pistes menant à l’élimination de ces discriminations et violences.
"Contribuer à la réduction de l'écart entre le cadre légal et les réalités sociopolitiques". C’est le thème de la 4ème édition du forum international sur les violences machistes et la promotion de l’égalité de genre qui s’est tenu à Dakar.
Venue présider la rencontre, la directrice de la famille au ministère de la Famille, de l'Action sociale et des Solidarités a cité les données de l’enquête nationale de référence réalisée en 2024 par l’ANSD qui rappellent une triste réalité : les violences basées sur le genre (VBG) affichent une tendance haussière.
Cette réalité, souligne Rokhaya Diakhaté, impose un constat lucide : il existe une déconnexion profonde, une fracture persistante entre notre arsenal juridique national et son application concrète au niveau communautaire. C’est précisément pour corriger ce dysfonctionnement, dit-elle, que l'action publique doit désormais s’incarner au niveau des communes et des départements, là où vivent les citoyennes.
Ainsi, elle souligne que le Sénégal a franchi des étapes historiques sur le plan juridique à travers la loi sur la parité, la loi de 2020 criminalisant le viol et la pédophilie, et la loi 99-05 interdisant la pratique de l’excision.
Face à l’urgence de prévenir, combattre et éradiquer ce fléau des VBG, l’État du Sénégal, fait remarquer Mme Diakhaté, est partie prenante des principaux instruments internationaux et régionaux promouvant l’égalité entre les hommes et les femmes et la non-discrimination.
« Créer un environnement où les violences faites aux femmes et aux filles n’ont plus leur place »
Cet engagement résolu se matérialise par la mise en œuvre, au plan interne, de divers programmes, politiques, stratégies et projets allant dans le sens de l’amélioration de l’environnement légal, politique et institutionnel, qui est de plus en plus favorable à l’élimination des discriminations et des violences.
Elle cite, entre autres, la mise en œuvre de la Stratégie nationale pour l’équité et l’égalité de genre (SNEEG), la Stratégie pour l’autonomisation économique de la femme (SNAEF), la Stratégie nationale pour l’abandon des mutilations génitales féminines, l’agenda national de la fille, l’élaboration du deuxième Plan d’action national pour l’éradication des violences faites aux femmes et aux filles et la promotion des droits humains, le développement de la Plateforme Wallu Allo 116 pour le signalement gratuit des cas de violences, la formation des acteurs de la chaîne de prise en charge sur des outils tels que les procédures opérationnelles standards (POS), le Paquet de services essentiels (PSE), le guide de prise en charge des VBG par les forces de sécurité, ainsi que l’implantation d’un centre national à Dakar et de centres régionaux à Kaolack, Fatick et Kaffrine pour garantir aux victimes et survivantes de violences une prise en charge holistique à travers une offre de services adaptés.
Mais, « en dépit des nombreux efforts consentis ces dernières années, les défis à relever demeurent importants, car il est unanimement reconnu que les femmes et les filles continuent de subir des actes de violence sous toutes leurs formes", indique la directrice. Qui ajoute : "Nous avons déjà fait des progrès significatifs, mais il reste encore beaucoup à faire. Ensemble, nous pouvons créer un environnement où les violences faites aux femmes et aux filles n’ont plus leur place. Ensemble, nous pouvons offrir à chaque femme et à chaque fille la possibilité de réaliser son plein potentiel sans entrave."
"Renforcer nos mécanismes de protection"
Pour la présidente du Réseau Siggil Jigéen, Safiétou Diop, le Sénégal n'en est pas à son premier engagement en faveur des droits des femmes, car il a ratifié de nombreuses conventions internationales et régionales, notamment la Convention sur l'élimination de toutes les formes de discrimination à l'égard des femmes (CEDEF), le Protocole de Maputo, ainsi que plusieurs instruments de protection des droits humains.
Selon elle, le Sénégal a accompli des avancées importantes à travers la parité, la criminalisation du viol et de la pédophilie, ainsi que la ratification de nombreux instruments de protection des droits des femmes. La véritable question, à ses yeux, est de savoir comment faire en sorte que ces acquis soient pleinement vécus par les femmes et les filles dans les familles, quartiers, villages et institutions.
"Les thématiques de ce forum, dit-elle, répondent précisément à cette préoccupation. La gouvernance territoriale nous rappelle que l'égalité doit se traduire dans les budgets, les politiques locales et les décisions qui impactent directement la vie des populations. Le cadre multisectoriel nous rappelle qu'une survivante de violence n'a pas besoin d'institutions qui travaillent côte à côte, mais d'institutions qui travaillent ensemble, dans l'écoute, la coordination et le respect de sa dignité ».
A ses yeux, la réflexion sur les violences institutionnelles invite à renforcer les mécanismes de protection afin que chaque citoyenne puisse accéder à ses droits sans obstacle ni discrimination.
CHEIKH THIAM






