Publié le 12 Jul 2013 - 05:10
LIBRE PAROLE - Une pensée pour Winnie Mandela

L’autre visage du héros sud-africain Nelson Mandela

 

J’étais encore tout jeune séminariste, quand, déjà, l’homme Nelson Mandela me fascina. Or, au même moment, mais je ne sais guère par quel truchement contrastif, Winnie Mandela, alors son épouse, me fascina tout autant. Voire plus ! En effet, son mari était condamné à mourir en prison. Mais, malgré ses forces et faiblesses humaines réunies, ou à cause même de ces dernières, Winnie Mandela avait cru devoir rester la femme de Nelson Mandela, pour le meilleur et pour le pire.

C’est alors que, dès lors qu’il était comme déjà mort dans mon entendement, je posai les questions ci-après à qui voulait m’écouter ou m’entendre ; des questions qui, en réalité, n’en font qu’une : ‘‘Pourquoi est-ce que Nelson Mandela, qui se sait condamné à mourir en prison, ne libère pas sa femme ? Pourquoi ne demande-t-il pas le divorce ? Et pourquoi, le cas échéant, ne la répudie-t-il pas, purement et simplement, afin qu’elle puisse recouvrer sa liberté pleine et entière de femme ?...’’ Ayant saisi la balle au rebond, un sage suggéra,  à l’intention d’un auditoire aussi distrait qu’incrédule, je cite en substance : ‘‘Imaginons qu’un « miracle » se produise un jour et que, ainsi, Nelson Mandela recouvre sa liberté. Peut-être, trouvera-t-il, à ce moment-là, assez de reproches à l’endroit de son épouse, pour alors demander le divorce d’avec elle...’’

Il se trouve que le « miracle » s’est produit, en ce que, précisément, Nelson Mandela, par la grâce de Dieu, a recouvré sa liberté depuis le 11 février 1990, après vingt sept années passées en prison, dans les pires conditions. Il se trouve, aussi, que, peu de temps après, il a demandé et obtenu le divorce d’avec Winnie Mandela.

Entre-temps,  l’homme Nelson Mandela, devenu président de la République sud-africaine, le tout premier président Noir post apartheid, et tel une colombe blanche, avait offert son pardon à toutes celles et tous ceux qui incarnaient jusqu’alors le système d’apartheid en Afrique du Sud. Il avait également appelé toutes les victimes de l’apartheid à en faire autant. Mais il s’agissait d’un pardon « politique », qui trancha, alors, pour en être le contraste par excellence, avec son refus (de) ou son incapacité à offrir un pardon « affectif » ou « social », ou simplement « humain », à celle qui, depuis, est devenue son ex-épouse : Winnie Mandela.

C’est que, à la vérité, un héros, ça n’est jamais qu’un humain. Ou, plus exactement, un héros n’est tel que parce qu’éminemment humain. Qui plus est, pendant que Nelson Mandela lutte avec courage et dignité contre la mort (au moment où j’écris ces lignes, il est hospitalisé et son état de santé est déclaré « critique mais stable »), sa famille étale ses divergences, légitimes soient-elles, à la place publique, au faux étonnement du monde entier.

En effet, tout le monde le sait, la famille de Nelson Mandela est une famille au moins triplement recomposée. Il faut donc faire preuve d’une ingénuité primaire pour espérer, de cette famille, un temps soit peu, quelque unanimité intime ou silencieuse autour de je ne sais quelle « valeur » ayant quelque rapport avec la disparition prochaine, quoique seulement prochaine, du héros sud-africain.

Aussi, y a-t-il, là, et c’est bien ce qui importe à mes yeux, comme quelque chose de salubre, sinon de salutaire, à savoir : la révélation de l’humanité profonde de Nelson Mandela, que tant et tant de victoires politiques, largement méritées de sa part, auront dissimulée jusqu’alors à la face du monde. En effet, il y a, là, disais-je, comme quelque chose de salubre ou de salutaire, en ce sens que les futurs pèlerins, auprès de la future dernière demeure de Nelson Mandela,  devront en l’occurrence s’acquitter de leur « devoir », tout au plus en tant que « pèlerins politiques ». Et seulement en vertu de cela.

Autrement dit, avec l’humanité de Nelson Mandela, telle qu’elle nous est révélée, il n’y a point de risque d’idolâtrie dédiée à sa mémoire. C’est du moins le vœu que je forme, aux tréfonds de mes entrailles, pour que les générations futures comme celles de nos jours, quand elles tâcheront de s’inspirer de Nelson Mandela, puissent notamment s’y exercer, non seulement selon le vécu-politique du héros sud-africain, mais dans la perspective heureuse de l’émergence puis de la promotion, à son image, d’une nouvelle élite politique. Et qu’elles puissent le faire en ayant toujours – mais alors toujours ! – à l’esprit l’image de Winnie Mandela, l’autre visage du héros sud-africain qu’est Nelson Mandela.

Dakar, le 9 juillet 2013.

Jean-Marie François BIAGUI
Président du Mouvement pour le Fédéralisme
et la Démocratie Constitutionnels (MFDC)

 

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