Publié le 6 Aug 2026 - 20:12
EXPOSITION « IL ÉTAIT UNE FOIS GAZA »

Gaza, l'exposition qui veut réveiller les consciences

 

À partir du 23 octobre prochain, le Monument de la Renaissance africaine accueillera « Il était une fois GAZA », une exposition monumentale de l'artiste sénégalo-suisse Ousmane Dia. Entre installations, sculptures, peintures et œuvres d'artistes palestiniens, le projet entend faire de l'art un espace de mémoire, de dialogue et d'engagement.

 

Le Monument de la Renaissance africaine accueillera, du 23 octobre 2026 au début de l'année 2027, une exposition hors norme. Baptisée « Il était une fois Gaza », elle réunira les œuvres de l'artiste plasticien sénégalo-suisse Ousmane Dia et celles de plusieurs artistes palestiniens autour d'une même ambition : faire de l'art un langage universel capable d'interroger les consciences face aux drames contemporains. Le projet a été officiellement présenté, mercredi à Dakar, lors d'une conférence de presse réunissant l'artiste, le commissaire scientifique et artistique de l'exposition, le professeur Babacar Mbaye Diop, l'ambassadeur de l'État de Palestine au Sénégal, le Dr Nasser Jadallah, ainsi que les scénographes et les membres de l'équipe artistique.

À travers cette exposition, Ousmane Dia affirme vouloir porter un regard artistique sur la tragédie que traverse Gaza. « Depuis toujours, ma pratique artistique n'est pas seulement une recherche esthétique. C'est une nécessité. Mon travail a pour vocation d'être le relais de la voix des sans-voix », a expliqué l'artiste. S'il revendique une démarche engagée, le plasticien tient toutefois à la distinguer d'une lecture politique. Selon lui, « Il était une fois Gaza» est avant tout une œuvre de témoignage. Le titre détourne volontairement la formule du conte pour rappeler qu'à Gaza, « l'histoire est encore en train de s'écrire ». Ousmane Dia a également insisté sur le fait que son travail ne vise aucun peuple, mais dénonce la violence. Ayant séjourné aussi bien en Palestine qu'en Israël, il dit nourrir l'espoir d'une paix durable entre les deux peuples dans le cadre d'une solution à deux États.

Une immersion artistique

L'exposition investira les espaces du Monument de la Renaissance africaine à travers un parcours composé de sculptures monumentales, d'installations, de peintures et de dessins. Parmi les œuvres majeures figure une vaste installation inspirée de la géographie de la Palestine, ponctuée de sculptures métalliques surmontées de chaises, symbole récurrent dans le travail d'Ousmane Dia L'artiste présentera également « À la mémoire des innocents », une installation composée de 365 sculptures, une pour chaque jour de l'année, évoquant la permanence de la violence lorsqu'elle s'inscrit dans la durée. Une autre création monumentale de plus de six mètres établira un parallèle entre les blessures de l'Afrique, marquées par l'esclavage et la colonisation, et les souffrances du peuple palestinien. D'autres œuvres rendront hommage aux femmes victimes des conflits armés et célébreront l'hospitalité palestinienne.

Une création collective

Au-delà de l'œuvre personnelle d'Ousmane Dia, l'exposition accueillera les créations de huit artistes palestiniens issus de disciplines diverses, parmi lesquelles la peinture, la broderie, la calligraphie, la photographie, l'installation et le dessin. Pour le commissaire de l'exposition, le professeur Babacar Mbaye Diop, le projet dépasse toute lecture géopolitique. Il s'agit avant tout d'offrir au visiteur une expérience sensible où l'art devient un espace de mémoire, de réflexion et de dialogue. Selon lui, la création artistique demeure l'un des derniers lieux capables de préserver la mémoire lorsque les discours politiques montrent leurs limites.

Présent à la conférence de presse, l'ambassadeur de l'État de Palestine au Sénégal, le Dr Nasser Jadallah, a salué une initiative qui témoigne, selon lui, de la profondeur des liens entre le Sénégal et la Palestine ainsi que de l'engagement historique de Dakar en faveur de la cause palestinienne. Les organisateurs ont également annoncé la projection du film « Qui vit encore ? » du cinéaste suisse Nicolas Bérimont, qui viendra enrichir la programmation culturelle. À travers « Il était une fois Gaza », Ousmane Dia ambitionne de faire du Monument de la Renaissance africaine un lieu où la création artistique devient un acte de mémoire, de responsabilité et d'espérance, rappelant que derrière chaque conflit se trouvent avant tout des vies humaines.

 Les cinq œuvres phares de l'exposition 

Le parcours de « Il était une fois Gaza » s'articulera autour de plusieurs installations monumentales conçues par Ousmane Dia. Parmi les œuvres les plus attendues figure une immense installation inspirée de la géographie de la Palestine, jalonnée de sculptures métalliques surmontées de chaises.

Objet devenu emblématique de son travail, la chaise symbolise ici la présence humaine, le droit d'habiter sa terre, mais aussi la résistance silencieuse face à l'exil et à la violence.

Autre pièce maîtresse, « À la mémoire des innocents », composée de 365 sculptures, une pour chaque jour de l'année. À travers cette œuvre, l'artiste rappelle que la guerre cesse d'être un événement exceptionnel lorsqu'elle s'inscrit dans le quotidien. Le public découvrira également une sculpture monumentale de plus de six mètres établissant un parallèle entre les blessures de l'Afrique, marquées par l'esclavage et la colonisation, et les souffrances du peuple palestinien. Une installation sera consacrée aux femmes victimes des conflits armés, tandis que « Assise palestinienne » rendra hommage à l'hospitalité du peuple palestinien que l'artiste dit avoir lui-même expérimentée lors de ses séjours sur place.

  Huit artistes palestiniens invités à Dakar  

L'exposition ne sera pas uniquement celle d'Ousmane Dia. Huit artistes palestiniens prendront part à cette aventure artistique collective, offrant des regards complémentaires sur la mémoire, l'identité, la résistance et l'espoir. Les œuvres de Maha Aldaya, Mohammed Al-Hawajri, Ahmad Dari, Ayman Essa, Raed Issa, Liza Madi, Dina Mattar, May Murad et Taimaa Salama seront présentées à travers différents médiums : peinture, photographie, broderie, calligraphie, installation et dessin. Pour les organisateurs, cette diversité artistique permettra d'offrir une lecture plurielle de la Palestine contemporaine et de faire dialoguer les sensibilités africaines et palestiniennes autour d'une même interrogation sur la dignité humaine.

  Ousmane Dia, un artiste entre Dakar et Genève  

Installé à Genève depuis près de trente ans, Ousmane Dia est diplômé de l'École nationale des Beaux-Arts de Dakar puis de l'École supérieure d'arts visuels de Genève. Reconnu sur la scène internationale, le plasticien développe depuis plusieurs années une œuvre où la sculpture, le métal et la célèbre chaise, devenue sa signature artistique, interrogent la mémoire, les migrations, les injustices et la condition humaine.

À travers « Il était une fois Gaza », l'artiste poursuit cette démarche en faisant de la création un espace de témoignage et de réflexion. « Mon travail a pour vocation d'être le relais de la voix des sans-voix », a-t-il rappelé lors de la conférence de presse de présentation.

Fatou Ba

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