Publié le 4 Aug 2023 - 03:31
FRANCE - APRÈS LES ÉMEUTES

Macron appelle à “accompagner les familles et en même temps les responsabiliser”

 

Le chef de l’Etat rejette, dans « Le Figaro magazine », l’hypothèse d’une sanction consistant à supprimer les allocations familiales aux parents de jeunes ayant pris part aux violences.

 

Un mois après les émeutes qui ont secoué la France en réaction à la mort de Nahel M., tué par un policier le 27 juin, Emmanuel Macron a livré son analyse dans des propos rapportés par Le Figaro magazine mercredi 2 août. « Je me suis gardé de réagir à chaud », « à dessein », revendique le chef de l’Etat, car « dans les moments d’émotion on est sommé de choisir son camp, et donc on dit toujours des bêtises ». Réactivant la notion de « décivilisation » qu’il a développée au printemps, M. Macron estime que les violences ont révélé une « crise de civilisation » et un « dérèglement dans nos sociétés ».

« Près de 75 % des jeunes déférés à la justice étaient soit à l’aide sociale à ­l’enfance, soit des jeunes de familles monoparentales, sans compter les mineurs non accompagnés – mais ceux-ci étaient très peu nombreux dans les émeutes. C’est un immense défi pour nous, parce que c’est la société de demain », assure le président, qui dit refuser de « choisir son camp » entre ceux qui appellent à aider les familles à éduquer les enfants et ceux qui recommandent de les sanctionner.

« On doit accompagner ces familles, donner beaucoup plus de moyens, mieux les préparer, et en même temps les responsabiliser », plaide le président de la République. Selon lui, il faut des « politiques de sanction » quand des parents « sont vraiment dans l’irresponsabilité », mais sans « supprimer les allocations familiales » – une proposition qui « idéologise le débat » et risquerait d’« aggraver le problème », estime-t-il.

Face aux oppositions de droite et d’extrême droite qui ont établi un lien entre les violences et l’immigration, Emmanuel Macron appelle à « ne pas confondre immigration et intégration », en reconnaissant « très clairement un problème » à propos de la seconde. « Ces émeutes ne sont pas un sujet d’immigration actuelle. C’est un sujet plus large de difficultés de certaines villes, de difficultés socio-économiques, de difficultés d’intégration dans certains cas et de fonctionnement de la démocratie à l’heure des réseaux sociaux », a considéré le chef de l’Etat.

Emmanuel Macron, toujours à la recherche de moyens de dynamiser son second quinquennat en l’absence de majorité absolue à l’Assemblée, annonce qu’il prendra « à la fin du mois d’août une initiative politique d’ampleur » afin d’« essayer de réunir autour d’un projet clair et simple tous ceux qui veulent s’y retrouver, sans leur demander d’adhérer à tout ».

« Eclater certains tabous »

Le chef de l’Etat précise que cette initiative ne visera pas à « créer des coalitions ». Elle doit prendre place « au moment où la France va accueillir de grands événements sportifs », la Coupe du monde de rugby, en septembre, puis les Jeux olympiques et paralympiques, à l’été 2024, ajoute-t-il. L’Elysée a dit à l’Agence France-Presse que l’initiative présidentielle porterait sur des thèmes tels que l’écologie, les services publics, le travail, l’ordre, le progrès, l’immigration.

Le chef de l’Etat proposera « aux forces politiques de l’arc républicain une série de rencontres pour déterminer des projets sur lesquels cheminer ensemble », a ajouté la présidence. En se référant à cette expression d’« arc républicain », l’Elysée montre qu’il entend exclure de cette démarche le Rassemblement national, parti de Marine Le Pen, et La France insoumise, de Jean-Luc Mélenchon.

« Je ferai tout ce que je peux faire jusqu’en mai 2027. Et je vais faire beaucoup, croyez-moi », poursuit le chef de l’Etat dans ces déclarations tenues lors de son voyage en Océanie la semaine dernière. « C’est comme ça que l’on arrête les extrêmes », ajoute-t-il en appelant à « un temps nouveau qui doit s’ouvrir dans la vie du pays ».

« J’ai été élu sur une promesse d’émancipation, de modernisation de la France, d’éclater certains tabous, ce qu’on a fait avec des résultats, surtout sur la partie économique et sociale, ajoute le chef de l’Etat. Maintenant, on voit bien que quelque chose se joue, qui est de l’ordre non pas du vivre-ensemble – je n’aime pas ce terme –, mais de faire nation. »

Le Monde avec AFP

 

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