Publié le 6 May 2026 - 09:10
AFFAIRE BOFFA BAYOTTE

René Capain Bassène, la thèse de l’erreur judiciaire s’épaissit

 

Incarcéré à perpétuité pour la tuerie de Boffa Bayotte, René Capain Bassène est soutenu par de nombreuses voix, dont celle du chef rebelle César Atoute Badiate. Le Comité pour la protection des journalistes (CPJ) lance une campagne pour sa libération, tandis que des preuves émergent, remettant en question la légitimité de sa condamnation.

 

René Capain Bassène, journaliste et expert reconnu du conflit en Casamance, fait face à une détention jugée injuste. Condamné à perpétuité pour sa prétendue implication dans la tuerie de 14 coupeurs de bois en 2018, son cas suscite un vif débat sur la justice au Sénégal.

César Atoute Badiate, leader d'une faction du Mouvement des Forces Démocratiques de la Casamance (MFDC), a récemment pris la parole pour contester les accusations portées contre Bassène. Dans une déclaration envoyée au Comité pour la protection des journalistes (CPJ), il affirme : « René Capain Bassène n'est pas mandataire du MFDC ni un chef pour me donner des ordres [de tuer]. Il n’a jamais été porte-parole ni membre du MFDC. Je l'ai connu comme journaliste et écrivain. »

Cette prise de position renforce l’idée que Bassène, loin d’être un militant, est un professionnel engagé dans la recherche de la vérité. Mark Boulware, ancien envoyé spécial américain auprès de la Casamance, a également exprimé son choc face à cette condamnation, qualifiant Bassène de « ressource inestimable » pour le processus de paix. « L'accusation d'être le cerveau d'une telle opération me semblait risible. Ça n'avait pas de sens », réagit-il.

En effet, le CPJ considère les poursuites contre Bassène comme l'une des pires erreurs judiciaires du Sénégal. Selon eux, un journaliste qui a consacré sa vie à comprendre et à mettre fin au conflit est maintenant emprisonné pour un crime qu'il n'aurait jamais pu commettre. D’autant qu’il est reconnu comme un expert de premier plan sur le conflit en Casamance, ayant consacré sa carrière à documenter ses racines et ses dynamiques.

Ses œuvres sont essentielles pour préserver la mémoire historique du Sénégal. Paul Diédhiou, professeur de sociologie à l’Université de Ziguinchor, déclare : « René a été une victime de diabolisation dans les médias. Son œuvre objective était cruciale pour préserver une partie de la mémoire historique du Sénégal. » Il ajoute : « Il était d’une grande objectivité; quand on lit son œuvre, il est impossible de dire qu'il favorise un camp plutôt qu'un autre ». L’universitaire de marteler : « Le travail de René – et j'espère qu'il continue d'écrire depuis là où il est – fait partie de la mémoire du Sénégal, qui disparaîtra si ces témoignages ne sont pas préservés ». 

De sérieuses questions sur l'intégrité du procès

Le 13 juin 2022, un tribunal de Ziguinchor a reconnu Bassène coupable de complicité de meurtre, mais des preuves récemment révélées dans un podcast du CPJ soulèvent de sérieuses questions sur l'intégrité du procès. Ce podcast présente des interviews de plusieurs anciens coaccusés, tous acquittés en 2022, qui ont déclaré avoir été contraints à incriminer faussement Bassène. Un des témoins a affirmé : « J’ai été déshabillé, battu jusqu'à perdre l'audition d'une oreille, et électrocuté aux parties génitales lors de l'interrogatoire. »

De plus, des témoins affirment avoir vu Bassène à Ziguinchor au moment des meurtres, ce qui remet en question la validité des accusations. L'un d'eux a déclaré : « J'ai regardé un match de football avec lui l'après-midi des meurtres. »

Son épouse, Odette Victorine Coly, exprime son désespoir face à cette situation. « Ses enfants ont besoin de l'amour de leur père… Sa détention injuste dure depuis bien trop longtemps. »

Ainsi, la détention de René Capain Bassène continue de soulever des questions cruciales sur la liberté de la presse et l'intégrité du système judiciaire. Les efforts du CPJ et le soutien d'experts comme Mark Boulware pourraient jouer un rôle déterminant dans la révision de cette condamnation.

AMADOU FALL

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