Publié le 1 Jun 2026 - 17:28
LUTTE CONTRE LE TABAGISME  

La LISTAB milite pour la création d'un fonds d’appui

 

Chaque année, plus de 4 500 décès sont liés au tabagisme et à l’exposition à la fumée du tabac, selon le rapport ATLAS Afrique 2023. Pour juguler ce phénomène, la LISTAB lance un appel pour la création d'un Fonds d’Appui à la Lutte Antitabac (FALA).

 

"Démasquer l’attrait, lutter contre la dépendance à la nicotine et au tabac". Tel est le thème de la journée mondiale de lutte contre le tabac célébrée hier. Pour marquer l’événement, la Ligue Sénégalaise contre le Tabac (LISTAB) a lancé un appel urgent aux autorités sénégalaises afin de les exhorter à renforcer la protection des populations, notamment les jeunes, cibles privilégiées de l’industrie du tabac, contre le tabac et les nouveaux produits nicotiniques ainsi que leurs conséquences sur la santé et le développement humain.

En effet, la LISTAB exprime sa profonde préoccupation face au retard enregistré dans la programmation du projet de loi antitabac révisée en Conseil des ministres depuis l’arrivée du nouveau régime.

Introduit depuis novembre 2023, ce nouveau texte vise à combler les insuffisances de la loi actuelle en réglementant les produits émergents du tabac et de la nicotine et en renforçant les mesures de protection des populations. « Nous attendons des autorités que ce texte soit adopté rapidement pour mieux protéger la santé des Sénégalais, en particulier celle des jeunes. Dans ce contexte, la LISTAB renouvelle son plaidoyer pour l’institutionnalisation d’une taxe parafiscale au profit d’un Fonds d’Appui à la Lutte Antitabac (FALA) », peut-on lire dans le communiqué parvenu à EnQuête.

La Listab précise que cette proposition est issue des échanges entre les acteurs étatiques, les partenaires techniques et financiers ainsi que les organisations de la société civile engagées dans la lutte antitabac. Ces derniers considèrent que le Sénégal ne peut plus continuer à supporter seul le lourd fardeau sanitaire, social et économique du tabagisme.

Alors que les coûts liés aux maladies causées par le tabac se chiffrent à plus de 98 milliards de FCFA chaque année, les ressources mobilisées pour la prévention, la prise en charge et le sevrage tabagique restent extrêmement faibles, souligne-t-on. Or, lors du lancement du plan de redressement fiscal, l’ancien Premier ministre avait annoncé que l’augmentation de la fiscalité sur le tabac à hauteur de 100 % pourrait générer près de 100 milliards de FCFA de recettes pour l’État.

« Pourtant, malgré ces perspectives de recettes importantes, le Sénégal ne dispose toujours pas d’un centre national de référence de sevrage tabagique capable d’accompagner efficacement les milliers de personnes dépendantes à la nicotine », constate la LISTAB. Qui est d’avis que cette situation illustre l’urgence de mettre en place un mécanisme de financement durable et transparent à travers une taxe parafiscale dédiée au Fonds d’Appui à la Lutte Antitabac (FALA), afin que les recettes générées par le tabac puissent également servir à réparer les dommages qu’il cause à la santé des populations sénégalaises.

Selon la même source, la création du FALA permettrait d’assurer un financement pérenne et autonome de la lutte antitabac, de renforcer les campagnes de prévention et de sensibilisation, de soutenir l’application effective de la loi antitabac, de financer la prise en charge des victimes des maladies liées au tabac, de lutter contre l’ingérence de l’industrie du tabac, de protéger les jeunes contre les stratégies de séduction des fabricants et de disposer de centres de sevrage tabagique, entre autres.

Mettre en lumière les stratégies de manipulation de l’industrie du tabac

En effet, souligne la Listab, le thème de cette année met en lumière les stratégies de manipulation de l’industrie du tabac visant à rendre attractifs les produits du tabac et de la nicotine à travers des emballages séduisants, des arômes sucrés, le marketing numérique et la banalisation de produits dangereux comme les cigarettes électroniques, les puffs, le tabac chauffé et la chicha.

"Au Sénégal, le tabac continue de tuer silencieusement. Chaque année, plus de 4 500 décès sont liés au tabagisme et à l’exposition à la fumée du tabac, selon le rapport ATLAS Afrique 2023. Derrière ces chiffres se cachent des familles endeuillées, des maladies cardiovasculaires, des cancers, des accidents vasculaires cérébraux, des maladies respiratoires chroniques et un lourd fardeau économique pour les ménages et le système de santé », prévient l’organisation dans une note parvenue à EnQuête.

La Listab souligne ainsi que les dernières données de l’enquête sur le tabagisme chez les adultes (GATS) 2023 montrent une baisse de la prévalence tabagique chez les adultes, passée de 6 % en 2015 à 4,4 % en 2023. Cependant, cette évolution positive, prévient-elle, ne doit pas masquer les nombreux défis persistants, comme l’exposition des jeunes aux nouveaux produits nicotiniques, l’insuffisance de l’application de la loi, la faiblesse des moyens de contrôle, les interférences de l’industrie du tabac et l’absence de financement durable dédié à la lutte contre le tabagisme.

D’où la nécessité pour la LISTAB que le Sénégal dispose d’un centre national de référence de sevrage tabagique. Car, les jeunes consomment et sont aussi exposés quotidiennement à ces produits, alors que les textes réglementaires tardent à être adoptés.

Cette absence de réponse forte de l’État, regrette la Listab, favorise l’expansion de l’industrie du tabac et compromet gravement la santé publique. "L’inertie actuelle ne peut plus être justifiée alors que les conséquences sanitaires, économiques et sociales du tabagisme sont connues et documentées", assène-t-elle.

Les limites du cadre juridique actuel

En effet, la Listab considère qu’il est inacceptable que l’État continue de percevoir d’importantes recettes sur le tabac sans réinvestir de manière visible et structurée dans la prévention, la surveillance et le contrôle, le sevrage tabagique et la protection des jeunes. Cette situation traduit un déséquilibre profond entre les intérêts de santé publique et les considérations économiques.

Au-delà de la fiscalité, les limites du cadre juridique actuel sont également pointées du doigt. La loi antitabac de 2014, bien qu’ayant introduit des avancées importantes telles que les avertissements sanitaires, l’interdiction de fumer dans certains lieux publics et les restrictions de publicité, ne prend pas suffisamment en compte les nouveaux produits du tabac et de la nicotine comme les cigarettes électroniques, le tabac chauffé ou encore la chicha, regrette la Listab.

Qui se désole que l’application de cette loi reste incomplète dans plusieurs espaces publics où l’interdiction de fumer est encore peu respectée, exposant ainsi les populations, notamment les femmes et les enfants, au tabagisme passif.

CHEIKH THIAM

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